« La majorité des patientes arrivent en consultation à un stade avancé de la maladie », poursuit cette étude avançant des statistiques pour les moins alarmants. 53,8 % des femmes atteintes du cancer arrivent en consultation en stade III. « Cela pourrait s’expliquer par le manque de campagne de sensibilisation sur la maladie, aussi que le manque de campagne de dépistage sur le territoire », a fait remarquer le rapport publié dans le volume 7, no 38, d’avril 2022 de l’Info-Chir, la revue haïtienne de Chirurgie et d’anesthésiologie. 

Dans certains dossiers de ces patientes, il est mentionné : « Patiente ne peut pas faire le traitement oncologique pour problème économique ». Haïti a l’incidence la plus élevée de cancer col de l’utérus, selon le dernier rapport de l’OMS. Pour le cancer du col, le taux de contamination est de 93,2 pour 100.000 et le taux de mortalité est de 53 pour 100 mille. Ces chercheurs s’efforcent d’en savoir plus. Sur une période de cinq années, un échantillon de 880 cas de cancers a été recensé à l’Institut haïtien d’oncologie (IHDO). 509 cas cliniques de cancer du col de l’utérus ont été diagnostiqués, parmi lesquels 374 ont été retenus suivant les critères d’inclusions.

Ce cancer débute, en général, par des lésions précancéreuses asymptomatiques et s’accroît graduellement pendant un grand nombre d’années, souligne d’entrée de jeu, Jean Renaud Accilus et Emmanuel J. Simeus, les deux étudiants-chercheurs qui ont dirigé l’étude. Plus loin, ils précisent que «les cancers du col utérin les plus fréquents sont les cancers épidermoïdes (70 %), alors que les adénocarcinomes représentent 18 % à 20 %. Pas moins de 5 % sont des carcinomes adénosquameux et 5 % des cancers du col utérin sont de type indéterminé». 

Le cancer du col de l’utérus représente à lui seul 57,8 % des 880 cas de cancers recensés à l’IHDO, suivi du cancer du sein avec 15,23 %. Par ailleurs, 38 % des patientes retenues sont âgées de plus de 60 ans. 

Le cancer du col de l’utérus constitue un problème de santé publique en Haïti, confirme l’étude. « Les patientes arrivent tardivement en consultation et n’ont pas les moyens de faire soigner correctement », lit-on. Par rapport à cette situation alarmante, afin de diminuer la prévalence et l’incidence de la maladie, les chercheurs plaident pour la mise en place « d’un institut d’État de prise en charge du cancer du col, un centre de radiothérapie, un programme de dépistage massif et des campagnes de sensibilisation ». 

Car, «la majorité des cas de cancers du col de l’utérus pourraient être évités avec un frottis [cervico-vaginaux] », rappellent-ils, ajoutant que « la vaccination anti-HPV pour les jeunes filles pourrait conduire à une diminution significative de l’incidence du cancer utérin » quand on sait que dans 99 % des cas, ce cancer est associé à une infection par les papillomavirus humains (HPV). 


Jeff ORESNA