C’est une Hija Djenicka Philippe, 21 ans, désespérée qu’on a rencontrée ce dimanche 25 juillet à la prison civile pour femmes de Cabaret, située à 34 km au nord de la capitale. « On m’a oubliée ici », a-t-elle dit à notre reporter sur place. « Ils ont tous été libérés. Sauf moi », s'est plaint celle qui est considérée comme prisonnière politique, la tristesse dans la voix. 

Djenicka Philippe est la seule parmi les accusé.e.s de la tentative de coup d’Etat à n’avoir pas été libérée. Une erreur dans son nom aurait été à la base de cette situation, à en croire les avocats qui défendaient les prisonnier.ère.s politiques. Si son nom apparaît avec un double ‘’n’’ dans la presse locale et dans les rapports d’organismes de défense de droits humains, il prend un seul ‘’n’’ dans ses papiers officiels. Là, n’était toutefois pas le problème. 

Elle nous a fait part de ses griefs dans une lettre dans l'espoir de relancer son dossier. « Je faisais partie des personnes arrêtées le 7 février 2021 avec le juge Yvickel Dabrésil. Yo pa janm fè anyen pou mwen», écrit-elle dans cette correspondance. Lors des visites dans les prisons, il est coutume que les écrouées passent des bouts de papier. Certains sont des appels à l’aide de justice, d’autres sont des demandes d’argent

Passée à l’oubli, elle crie sa peine

« J’appelle à votre aide. S’il-vous-plaît aidez-moi parce que je souffre beaucoup à la prison », lit-on dans cette lettre qu’elle nous a confiée. Un dossier chasse l’autre. De ce dossier on n’en parle plus. La presse et l’opinion publique sont passées à autre chose. Pas moins de cinq mois après, la jeune femme est oubliée dans les méandres de la prison civile de Cabaret.

« Aucune des démarches effectuées par mes proches n’a pu aboutir. J’ai 21 ans, je suis étudiante – je veux aller à l’école. Je vous en prie, aidez-moi », crie-t-elle. A la prison Civile de Cabaret l’écrasante majorité des femmes sont en détention préventive prolongée. Certaines ont déjà 5-7 ans sans jamais passer par devant un juge. On a rencontré des femmes sous le coup d’accusations diverses et variées: kidnapping, vol, assassinat, recel, etc.

Le24 mars 2021, les juges de la Cour d’appel de Port-au-Prince après avoir délibérer, ont ordonné la libération immédiate des 17 personnes incarcérées dans les prisons de Croix-des-Bouquets et de Cabaret pour complot contre la sûreté intérieure de l’État.

15 sur les 17 ont été libérés, environ 48 heures après l’ordonnance. Cependant, deux des inculpés n'ont pas été libérés ce jour-là. 

Il s'agit de Roosevelt Cinéus et de Djenicka Hija Philippe. Si le nom du premier n'a pas été porté sur l'acte d'appel, pour Djenicka Philippe, il s’agit d’une erreur matérielle qui s'est glissée dans l'acte. Au lieu d’écrire Djenicka Hija Philippe, il a été plutôt mis Génika Philippe.

Roosevelt Cinéus a été libéré quelques temps après au cabinet d’instruction du tribunal de première instance de la Croix-des-bouquets, apprend le média d’information et d’investigation en ligne Enquet’Action.

Le fil des évènements 

Dans la nuit du 6 au 7 février 2021, 18 personnes ont été arrêtées avec la charge de tentative de coup d’Etat dans la Résidence Petit Bois, sise à Tabarre (municipalité située au nord-est de Port-au-Prince).

Ils ont été arretés en présence du ministre de la Justice Rockfeller Vincent, le Directeur Général a.i. de la Police Nationale, Léon Charles, le responsable de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN) le commissaire de police Dimitri Hérard, le commissaire du gouvernement près le Tribunal de Première Instance de la Croix-des-Bouquets, Maître Elder Guillaume, un juge de paix, tous accompagnés de plusieurs agents de l’USGPN.

« Sauf en cas de flagrant délit, aucune arrestation sur mandat, aucune perquisition ne peut avoir lieu entre six (6) heures du soit et six (60 heures du matin », a rappelé le Réseau National de Défense des droits Humains (RNDDH) dans son rapport rendu public le lendemain.

Le RNDDH a condamné l’arrestation illégale et la rétention arbitraire de ces prisonnier.ère.s politiques et exigé leur libération immédiate, sans condition. Il a fallut attendre le mois de mars pour que cela arrive. Mais Djenicka Philippe ignore quand elle aura la même chance.