« Aujourd’hui, parler de la question du respect des droits des enfants est extrêmement difficile. C’est une situation malheureuse et difficile. C’est la réalité à tous les niveaux », déclare Joseph Richard Fortuné, responsable de communication de la Fondation Zanmi Timoun, une structure qui promeut et défend les droits de l’enfant dans un pays où les autorités en font le contraire. En effet, il existe en Haïti un ensemble de lois qui protègent les enfants contre toutes les formes d’abus, de maltraitance et de violences. Mais leur respect n’est jamais à l’ordre du jour au plus haut niveau de l’État. 

« La situation dans le pays est de plus en plus fragile pour les enfants. Nous ne pouvons toujours pas parler d’inclusion », avance-t-il alors que l’inclusion de tous les enfants a été le thème de la célébration de la Journée des enfants de cette année. Une journée qui commémore l’adoption par les Nations Unies de la Déclaration des droits de l’enfant et 30 ans après la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par tous les pays du monde, dont Haïti, qui définit une cinquantaine de droits des enfants. 

Pour que l’inclusion soit effective et efficace, les droits des enfants doivent être respectés dans les situations de crise et d’urgence. Aussi, doivent-ils pouvoir vivre sans violence, avoir les mêmes opportunités, avoir un accès à la technologie et le pays doit avoir une justice adaptée à leur âge. Pour sa part, Fédorah Pierre Louis, directrice d’engagement public pour World Vision International Haïti, croit qu’il y a encore du chemin à parcourir dans le pays.

« De nombreuses améliorations doivent être apportées dans l’application de ces politiques », plaide-t-elle, estimant qu’il est important que tous les plans et stratégies élaborés par l’État réduisent efficacement l’angoisse et l’insécurité dont souffrent les enfants. « Il appartient à tous les secteurs de la vie nationale de s’engager dans la protection des enfants pour améliorer la situation », souligne-t-elle. 

Des droits transformés en luxe 

« Concernant le droit à l’alimentation, il continue d’être catastrophique. Dans les quartiers précaires, la situation est déplorable », renchérit Joseph Richard Fortuné, citant en exemple le plus grand bidonville de la capitale présismique, Cité Soleil - en proie à l’insécurité -, où les enfants vivent dans des conditions inhumaines et dégradantes. Les chiffres de l’UNICEF sur la question de la nutrition sont pour le moins alarmants. 

Environ 22 % des enfants haïtiens souffrent de malnutrition chronique et 4 % souffrent de malnutrition aiguë, dans un pays où, sur une population de 11 millions d’habitants, pas moins de 4,7 millions souffrent d’un niveau élevé d’insécurité alimentaire. Des statistiques que Fédorah Pierre Louis ne remet pas en question. Elle soutient que de nombreux enfants haïtiens sont fortement touchés par la famine. La responsable d’engagement publique pour World Vision International Haïti indique que son organisation accorde une importance capitale à tous ces aspects fondamentaux. 

« Le domaine où l’on se préoccupe le plus des droits de l’enfant, c’est le droit à la santé », précise-t-elle. Seuls 40 % des enfants du pays ont accès aux soins de santé, selon des chiffres qu’elle évoque. Les soins de santé ne sont pas toujours accessibles en raison de l’éloignement des centres de santé, de leur fonctionnement, de la disponibilité des professionnels de santé et du fait que de nombreux parents n’ont pas la capacité de payer les services de santé de leurs enfants. 

Le taux élevé de mortalité infantile, des enfants souffrant de diarrhée, de malnutrition, d’infections respiratoires, de tuberculose et de VIH sont des situations qui remettent en cause le droit à la santé des enfants haïtiens. « La question de l’accès à l’eau, à la nutrition et à la santé devient de plus en plus compliquée. Et les enfants sont très touchés », ajoute Mme Pierre-Louis. 

Des centaines d’enfants sont contraints de quitter leur quartier en raison de l’insécurité et de la guerre des gangs dans une zone métropolitaine contrôlée à au moins 60 % par des gangs. Des enfants sont devenus orphelins à cause de l’insécurité. Certains ont vu leurs parents tués ou violés sous leurs yeux. « Les enfants sont la proie des bandits qui les utilisent. Étant donné que les enfants ne sont pas consentants, ces enfants sont soumis à toutes sortes d’abus. Les bandits les utilisent comme informateurs. Beaucoup d’enfants sont kidnappés, violés et tués », explique Joseph Richard Fortuné, chef de la communication à la Fondation Zanmi Timoun.