Bien sûr, c’est un hasard si les reportages sortent après la commémoration par la France du bicentenaire de Napoléon Bonaparte, en dépit des controverses. Une commémoration qui a vu défiler sur les plateaux, des révisionnistes s’attachant à nier son racisme et son projet génocidaire.

Bien sûr rien n’est fait pour rappeler dans les images que la Perle des Antilles ne méritait son nom que quand les colons français se trouvaient dans les parages.

D’où la réception mitigée côté haïtien. Si certain.e.s en particulier de la diaspora sont choqué.e.s par les images, d’autres y entrevoient la réalité quotidienne en Haïti.

L’ambassade d’Haïti en France s’est montrée très outrée, dans une note. Mais on n’a pas vu le gouvernement réagir ainsi aux multiples massacres survenus dans les quartiers populaires, notamment celui de La Saline en 2018 auquel plusieurs rapports lient ses proches.

Bien sûr, on est en droit de trouver les reportages suspects quand pour parler de la France, il est exceptionnel de voir des images de Barbes, la Goutte d’or, la colline du crack aujourd'hui rasée et les campements où de migrant.e.s sont harcelé.e.s sauvagement par la police. 

Du reste, les journalistes ne peuvent pas filmer ces campements, empêché.e.s par les forces de l’ordre. La France est aujourd’hui classée démocratie défaillante.

Toutefois, il faut reconnaître que dans les principales villes d’Haïti, la majorité des gens macèrent dans un décor d’immeubles poussiéreux, de haillons et toutes sortes d’immondices mélangés à la boue. 

Difficile d’y échapper. Se plaindre que les reportages fassent l’impasse sur la beauté du pays, ses plages splendides, ses montagnes grandioses n’y changerait rien.

Le fait est que les médias, en particulier la télévision, scénarisent les faits afin de capter l’attention du public tout en jouant sur les émotions socialisées. 

Dans ces reportages, le schéma narratif occidental est respecté à la lettre. On a vu d’un côté le ‘’Blanc’’, expatrié d’ONG ou prêtre, qui veut à tout prix sauver les Haïtien.ne.s, en leur construisant écoles et espaces verts, en luttant contre les dépôts sauvages de déchets. De l’autre, des Haïtien.ne.s, incapables de sauver leur île «maudite», qui ne rêvent que de partir à l’étranger.

Le récit est efficace et constitue une réalité dans le multivers des idéologies faites pour apaiser certaines populations. Parce qu’ailleurs, de l’autre bord de la mer, cela va mal. Différemment, mais cela va très mal.

Heureusement, Haïti coche toutes les cases du porno de l’empathie. Depuis le tremblement de terre, cette tendance s’est accrue. Nous sommes un pays pour lequel il faut être «désolé». Pour cela, il y a une obsession à montrer la misère, l’horreur haïtienne, si possible en y accolant l’étiquette de la bonne vieille malédiction. Sur le marché médiatique de la pitié, notre côte est très élevée.

Entre les médias indépendants et les grands groupes, la différence est nette. Les premiers parlent de la lutte des activistes contre les dirigeants corrompus. Les seconds ont intérêt à utiliser des mots et des images chocs en parlant de chaos, désespoir, en zoomant à l’excès sur les piles de déchets.

Il faut se rappeler à qui appartiennent la majorité des médias en France et quelles sensibilités ils se sont attachés ces dernières années à attiser. La méconnaissance du paysage médiatique français en Haïti est flagrante. Au point de voir des tribunes d’intellectuel.les. dans le Figaro ou du président de la République dans l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs Actuelles. 

Les médias français ne dépeignent pas la réalité en Haïti. Et les Haïtien.ne.s manquent certainement de repères quand il s’agit des médias français.


Francesca Theosmy