Port-au-Prince, 22 juin 2020 [Enquet’Action] ---Il est 10 heures. Le soleil tape impitoyablement, comme à son zénith.  La terre sous nos pieds est blanche et desséchée. Elle semble être oubliée par la pluie depuis des mois. La chaleur fait suffoquer les visiteurs que nous sommes, comme pour nous pousser à rebrousser chemin. 

Sous un bosquet de bayahondes gigantesques bordant la route, est massée une vingtaine de personnes – hommes, femmes, adolescents, et enfants – sans masques. Très peu de bruits pour leur nombre. Cependant des combinaisons de mouvements de mains agitées, d’expressions de bouche et du visage animent les corps ; ça discute. Bien qu’à peine perceptible par le novice, c’est un débat de voisinage qui passionne la communauté de Lévêque, située à environ 10 km du centre-ville de la commune de Cabaret. Dans ce village, construit en 2012 pour les personnes à déficience auditive, il n’y a pas d’électricité, encore moins d’accès à l’eau potable. Rares sont les gens à porter le masque ; à se demander si Haïti vit une pandémie ou si la communauté fait bien partie d’Haïti.