Reportage


L’iridium est un métal lourd, blanc gris, allié à l’or, l’osmium et surtout au platine avec lequel on l’extrait. Il estutilisé dans les alliages à haute résistance et peut supporter de hautes températures.

La présence de l’iridium dans certaines parties de l’écorce terrestre est justifiée aujourd’hui par une hypothèse qui fait état d’une collision d’un énorme astéroïde avec la Terre provoquant le dégagement dans l’atmosphère terrestre d’une grande quantité d’iridium et de débris constituant un écran entre la Terre et le Soleil qui aurait obscurci l’atmosphère terrestre pendant plusieurs années, entraînant ainsi l’extinction de nombreuses espèces végétales et animales dont les dinosaures, rapporte le Bureau des Mines et de l’Energie (BME) dans sa notice explicative du potentiel minier d’Haïti.

« Le cratère résultant de l’impact de cette collision serait situé dans la péninsule du Yucatan situé entre le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes. Ce phénomène se serait produit il y a 65 millions d’années, ce qui constituerait la fin du Crétacé appartenant à l’ère Secondaire et le début de l’ère Tertiaire », lit-on dans le rapport.

« Haïti, deuxième grande réserve d’iridium au monde »: Intox?

Un article publié sur un média peu connu né de la dernière pluie du nom de Koukouwoujavance que « Haïti, [dispose de la] deuxième grande réserve d’iridium au monde ». Environ 11 mille personnes auraient lu l’article très partagé. Ce, même par des personnalités bien avisées qui ne se sont même pas données la peine de vérifier dans d’autres sources. https://koukouwouj.com/haiti-deuxieme-grande-reserve-diridium-au-monde/ 

Voilà ce que dit l’article qui sera peut être effacé après la publication de notre enquête:

« Haïti possède l’une des plus grandes réserves d’iridium au monde. Le pays est second en termes de réserve d’iridium après l’Afrique du Sud, affirme le docteur en économie du développement, Henry Vixamar. Il confie que ces informations proviennent d’experts sud-africains suite à une étude réalisée dans le pays en 2014. Ces informations et leurs sources sont également détenues par le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), souligne le professeur. Les réserves d’iridium du pays se trouvent dans le département du Sud-est. Outre le village de Beloc où l’iridium a déjà été découvert au début de 1990 par Alan K. Hildebrand, un étudiant diplômé de l’université d’Arizona, le Dr Vixamar avance que le métal noble existe également dans la commune de Bainet », lit-on dans l’article inspiré d’une entrevue faite par M. Vixamar à l’émission Le Point sur Radio Télé Métropole. https://www.youtube.com/watch?v=NO0uqzb8Qgs

«J'ai lu l'article qui est peu technique car rien n'est dit sur l'auteur du rapport d'évaluation, la date, le nombre de forages, le calcul des réserves, etc. Qui a fait ce classement ?», a réagit Claude Prepetit, directeur général du Bureau des Mines et de l’Energie (BME) en entrevue exclusive à Enquet’Action. 

Nous avons investigué sur plusieurs éléments d’informations avancées par M. Vixamar. Qui est Henri Vixamar? Existe-t-il vraiment un rapport du genre au BME? « J’ai vu Vixamar à la télé. Il parlait de ressources minières mais en tant que profane », a fait savoir une source au Bureau des Mines et de l’Énergie. Concernant l’existence d’un supposé rapport, M. Prépetit nous a répondu ainsi: « M. Vixamar a cité le Bureau des Mines comme source du rapport or je n’ai jamais vu ce rapport ».Agé de 94 ans, M. Vixamar est docteur en Économie du Développement. Également, avocat licencié à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Pendant 13 ans, il dit avoir été notamment conseiller économique du président de la République du Tchad. Mais, il n’est pas géologue. 

« Il y a des traces d’iridium mais pas de gisement »

Il y a des traces mais aucun gisement n’a été découvert. «À ma connaissance, je ne connais aucun gisement [...] d'iridium en Haïti à date. (…) J'ai vu des traces d'iridium à Beloc mais cela ne signifie pas pour autant que nous avons un gisement économiquement exploitable », rectifie M. Prépetit. Des recherches approfondies ont été faites? Si non pourquoi? Dans quel cadre avez vous découvert ces traces? « Pas du tout, aucune recherche approfondie. Ces découvertes ont été faites dans un cadre purement scientifique dans les années 80 pour corroborer la thèse de l'impact de l'astéroïde (60 millions d'années) au Mexique justifiant l'extinction des dinosaures et les traces d'iridium à travers le monde », répond le spécialiste.

En Haïti, cette limite est marquée par la présence d’un dépôt argileux très mince issu de la poussière provoquée par l’impact de cet astéroïde et dont les traces se retrouvent dans la formation géologique dénommée «Formation de Beloc» située à 5 km environ au Sud de la localité de Beloc, sur la route de Jacmel, révèle un rapport du BME. « La couche limite ciblée affleure à mi pente à environ 700 m d’altitude en dessous du niveau de la route dans la partie haute de la ravine Galette près de sa source. Il s’agit d’une couche d’épaisseur variable entre 10 et 40 cm, de couleur brun jaunâtre lorsqu’il est sec et brun vert lorsqu’il est mouillé. L’iridium présent à Beloc se retrouve sous forme de traces revêtant à date un intérêt géologique et scientifique mondial ». 

« Les traces d’iridium identifiées en Haïti n’ont pas de valeur économique du point de vue minier », soutient le rapport du BME titré de la Notice explicative de la Carte du potentiel minier et énergétique d’Haïti parue en mars 2018. « Pas de problème. Si on arrive à prouver par une étude technique réalisée suivant les règles de l'art que Haïti possèdeun gisement d'iridium économiquement exploitable, je serai le premier à donner cette nouvelle en tant que Géologue et DG du BME », termine le spécialiste.


Milo Milfort