Enquête


Vers juillet 2018, Haïti connaît une crise sociopolitique sans précédent marquée par l'enfermement récursif de la population dans les foyers. Le pays lock se manifeste par des grèves, des manifestations spontanées, parfois violentes et la paralysie totale des activités dans la région de Port-au-Prince en particulier. Ces moments de révolte augmentent l'insécurité, la faim, l'inflation, accélèrent la dévaluation de la monnaie locale et rendent difficile l'accès à des éléments de base comme la santé ou l'eau potable.

Si le pays n'a pas cessé de connaître des crises depuis 1986, ces derniers événements présentent une ampleur sans précédent : Stress, anxiété, perte d'estime de soi, peur, démotivation, manque de concentration, impression de se sentir inutile chez des Haitiens.nes … Divers témoignages récoltés par Enquet'Action dressent un tableau inquiétant.

Sur les réseaux sociaux comme WhatsApp et Facebook, la circulation de rumeurs, de « fake news » (intox), de photos et vidéos montrant des scènes de mutilation, de corps brûlés, d’assassinats en direct, de violences policières, des tableaux de corps en putréfaction voire déchiquetés par des porcs, alimentent l'effroi. Sans compter les tirs nourris entendus partout et surtout en soirée. Les images n'épargnent personne. L'horreur sans filtre se disperse et jeunes et vieux doivent composer avec elle.

Quid de la dépression née des crises politiques

« J'ai connu la dépression durant les dernières crises politiques auxquelles fait face le pays. Je me sens inutile. Mes problèmes se dissimulent derrière mon sourire que tout le monde aime alors que mon âme et mon cœur se meurent. J'étais au bord du gouffre. Personne n'est venu à ma rescousse. Je suis dépressive et tous les jours je pense à la mort qui représente pour moi la solution à mes problèmes existentiels ».

Ce ne sont pas les derniers mots consignés dans un testament encore moins les propos d'une rêveuse solitaire mais c'est plutôt le signal de détresse envoyé par Carolina Joseph (nom d'emprunt), une professionnelle dans la trentaine qui habite à Delmas – périphérie de Port-au-Prince et souffrant de dépression chronique.

« A force de trop réfléchir, il m'arrive de perdre la notion du temps. Je parle souvent toute seule en pleurant quand je suis dans les camionnettes et je passe souvent pour folle auprès des autres passagers. Je suis tellement dépressive que même mes cheveux refusent de pousser. Ils tombent comme des grains de pluie tellement que je suis stressée. Je perds l'appétit et je suis toujours sous tension. Mes ongles sont tous rongés », poursuit-elle.

Le constat est plus qu'évident. Les conditions d'existence en Haïti dépriment, tuent lentement et silencieusement. Richenel Ostiné qui a étudié la Sociologie à l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) a tiré la sonnette d'alarme dans une publication sur Facebook où il a appellé chacun.e à porter un regard vigilant sur leurs amis.es et à rester sur leurs gardes par rapport aux changements de comportement de leurs proches.

« Derrière la crise économique, l'inflation et la vie chère, il existe une grande détresse émotionnelle qui traverse beaucoup d'entre nous. (…) Derrière les beaux sourires sur Facebook, derrière les engagements pour le changement et les belles pensées – il y a beaucoup de souffrance et de solitude. C'est une génération qui souffre et qui trépasse émotionnellement », écrit-il dans ce S.O.S.

L'étudiant en master II en Administration et Politique de l'Education à l'Université de Laval au Canada a dit dès lors recevoir de nombreux appels d'amis.es, de connaissances et proches vivant en Haïti qui se sentent déboussolés, désorientés, inutiles et qui estiment que leur vie n'a plus de sens … qu'ils ne font que reculer et n'ont plus d'avenir.

« Certains.es ont même envie de se suicider. Certains.es ont déjà essayé de passer à l'acte », confie-t-il, tout en admettant qu'il n'a toujours pas de propos assez forts pour les réconforter.

Cependant, tient à leur dire que la vie c'est une totalité. « C'est une tragédie, une comédie, un drame et parfois un récipient de plaisirs et de jouissance. Elle comporte beaucoup de bonheur, de malheur, de maladies, de séparations, de difficultés et d'allégresse », conseille –t-il, en guise de réconfort pour leur montrer sa solidarité.

Haïti, un pays qui déprime …

« En Haïti, toutes les conditions sont réunies pour plonger les gens dans la dépression. Je ne veux pas trop exagérer mais en réalité, la situation telle qu'elle est, se veut alarmante. C'est plus qu'une urgence. Dans les jours qui viennent les choses vont se compliquer davantage », prévient le psychologue Guesly Michel en interview exclusive.

Deux grands rapports nationaux disponibles sur le sujet dressent le même constat : Haïti, de par ses conditions socio-économiques, est un terrain propice au développement des troubles mentaux. Pourtant, la santé mentale a longtemps été très négligée ou peu considérée dans les programmes de développement.

« Les crises sociales, économiques et politiques sont de grands facteurs de risque pour la santé mentale des gens. On doit être sur nos gardes », renchérit le psychologue Jeff Cadichon qui a offert son aide à des personnes souffrantes de problèmes mentaux.

On en souffre – quand on est conscient.e on n'en parle pas pour ne pas montrer sa vulnérabilité. Les victimes sont stigmatisées donc elles se taisent et s'engouffrent dans la solitude et l'inconfort.

En Haïti, il n'existe pas de données épidémiologiques globales sur la santé mentale en général, la dépression encore moins. Les rares chiffres qui existent témoignent d'une situation inquiétante. Du 1er septembre au 5 octobre 2019, le Centre de Santé Mentale de Morne Pelé, dans le Nord d'Haïti a reçu 46 cas, dont 30 liés à la dépression. La quantité de personnes qui ne viennent pas à l'hôpital est de loin plus nombreuse que celle qui y vient.

Les différents types de problème de santé mentale qu'on retrouve en Haïti sont entre autres, la toxicomanie, les troubles hyperactifs avec ou sans déficit d'attention, les troubles neuropsychologiques, les troubles maniaco-dépressifs, les psychoses et les troubles anxieux. Chacun affecte une tranche d'âge spécifique. Par exemple, la toxicomanie apparait davantage chez les jeunes.

« Dans un contexte de troubles géologiques, environnementaux, sociopolitiques, le traumatisme se généralise étant donné que les événements bouleversants individuellement ou collectivement produisent en général des réactions psychosociales et psychosomatiques chez les victimes et peuvent conduire à l'état de Stress Post-traumatique pour les moins résilients », note la composante Santé mentale de la politique nationale de Santé du ministère de la Santé publique et de la population.

L'institution déplore l'absence de statistiques crédibles sur l'évolution des troubles mentaux notamment du fait que peu de personnes consultent un professionnel de la santé mentale lorsqu'elles souffrent et aucune enquête sur la santé mentale n'a été réalisée en Haïti.

Dans l'attente de données épidémiologiques précises, il convient de souligner que la dépression, l'épilepsie (à cause des facteurs de comorbidité liés à la dépression et aux risques de retard mental), les psychoses, les troubles anxieux, les troubles psychosomatiques, les troubles liés à la consommation de substances psycho actives et le stress post-traumatique sont les pathologies les plus fréquentes dans les structures de soins.

Des traumas « survenus » en janvier 2010

« En 2010, j'ai vu des morts pour la première fois de ma vie. S'ensuivirent les nombreuses crises politiques au cours desquelles les coups de feu qui résonnaient assez souvent par le fait que j'habitais un quartier précaire, avance Tayana Michel (nom d'emprunt) dans la vingtaine.

Bizarrement, elle remontait le moral des personnes déprimées alors qu'elle se retrouvait dans une situation pire que ceux et celles qu'elle aidait. J'étais enfant ce qui fait que je l'ai minimisée. Et j'ai constaté que j'ai commencé à développer d'autres comportements. Je pleure sans raison apparenté et pour n'importe quoi ».

Si les troubles de Tayana remontent au séisme, ils se sont poursuivis jusqu'à maintenant et se sont aggravés le long des crises sociopolitiques et économiques des années 2018 et 2019. Elle est souvent distraite à tel point que des choses lui échappent. De ces troubles, elle n'en parle pas mais a accepté de se confier à Enquet'Action.

« Ma situation s'est empirée. Je ne peux pas dormir et je perds l'appétit. Je perds l'envie de faire l'amour comme avant – à force de réfléchir. Je demande à mes parents de m'aider à laisser le pays. Je souffre de céphalées et j'ai toujours envie d'investir les rues en quête de moment d'évasion. Je bois beaucoup, ajoute-t-elle. Ces derniers temps [septembre 2019], j'ai développé un tic surprenant, je suis comme quelqu'un qui a envie de se droguer. J'adore rester seule … Jouer sur mon portable ».

Tayana Michel, n'est pas la seule à se retrouver dans une telle situation. Enquet'Action a rencontré de nombreuses personnes dont la dépression a débuté après le séisme. Des cas qui pour la majorité n'ont pas été traités et que les crises successives de ces 10 dernières années ont contribué à exacerber.

Même les professionnels de santé mentale l'admettent. « Nous autres comme professionnels de santé mentale, nous pouvons prévoir que la situation va s'aggraver. Nombreuses sont les conditions qui sont réunies pour que cela arrive. Peut-être qu'il existe un ensemble de problèmes portés par le séisme de janvier 2010 qui n'ont pas été traités. Et là maintenant, les blessures ressurgissent », continue M. Michel, psychologue responsable au niveau du Centre de Santé Mentale de Morne Pelé.

Dans l'augmentation importante des cas de dépression en Haïti, le séisme de 2010 constitue une date charnière - avec plus de 250 mille morts, 1.5 millions de sans-abri et des centaines d'estropiés. Les cadavres partout éparpillés et les odeurs nauséabondes des corps en putréfaction ont contribué à polluer l'atmosphère pendant plusieurs mois. Les cris des gens sous les décombres hantent encore des esprits 10 ans après la catastrophe. Des instants douloureux qui marquent à jamais les esprits. Cette situation a contribué à accroitre les cas de dépression voire les autres maladies mentales.

« Certaines d'entre elles étaient là bien avant. Mais les conditions actuelles –insoutenables [septembre 2019] – obligent les gens à chercher de l'aide. Ce qui fait que les gens viennent à l'hôpital. Les gens viennent à l'hôpital parce qu'ils n'en peuvent plus. Se lè sitou depresyon an gen gwo domaj fizik moun nan al lopital! La ankò, doktè pou kò konn pa rive dyagnostike depresyon », affirme le phsychologue Michel.

Suite au séisme du 12 janvier 2010, les activités d'assistance psychosociale et de santé mentale ont été presque exclusivement réalisées par des organismes humanitaires non gouvernementaux et par l'effectif réduit de professionnels existant dans le pays. Les besoins en soins de santé mentale et psychosociaux, déjà bien présents avant l'année 2010, ont été décuplés par les diverses catastrophes naturelles, les phases successives de violences et l'épidémie de choléra, à l'origine de traumatismes et de troubles psychologiques, révèlent le rapport IESM de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sorti en 2011 sur la santé mentale en Haïti.

A cela, ajoutons, la Covid-19.

Des structures insuffisantes et inadaptées

L'hôpital Défilée de Beudet et le Centre de Psychiatrie Mars & Kline qui sont les deux institutions publiques de service psychiatrique existant au pays ont été fortement endommagés par le séisme de 2010, tant dans leurs structures physiques que dans leurs fonctionnements. Les deux ne dépasseraient même pas 300 lits. Donc, leur capacité est très limitée en dépit du fait qu'après la catastrophe, des réparations ont été réalisées pour leur permettre de continuer à offrir des services de santé mentale adéquats.

« Toutefois, ces services sont offerts dans des conditions non satisfaisantes, avec des violations fréquentes des droits humains des malades », admettent les autorités étatiques qui affirment que la catastrophe a suscité d'importantes réflexions sur les conditions de morbidité et de mortalité liées aux problèmes de santé mentale. Le document d'analyse IESM/OMS Haïti publié après la catastrophe, a révélé des faiblesses d'ordre structurel dans le système de santé mentale tant au niveau de la législation, des ressources humaines, matérielles et financières que dans la sensibilisation et la planification au niveau national.

« Ces centres ne font pas véritablement de prise en charge psychosociale et de suivi », rappelle le responsable du Centre de Santé de Morne Pelé, Guesly Michel, ajoutant que pour la grande majorité à la petite bourse, avoir accès aux services d'un psychologue n'est pas envisageable.

Les personnes vivant dans une pauvreté absolue ou relative, les personnes victimes de catastrophes ou de guerres, les personnes déplacées comme c'est le cas de la population haïtienne suite au séisme du 12 janvier, sont les plus vulnérables et les plus exposées à l'apparition de problèmes de santé mentale, a fait savoir un document de l’OMS. « Il est donc impératif d'avoir une intégration de la santé mentale dans les soins de santé généraux avec pour objectif à long terme l'abandon progressif des soins en institution », préconisait le document de l'OMS.

Le système ne dispose que de 12 psychiatres pour une population de 12 millions d'habitants selon les données de l'OMS/OPS.

Les autres professionnels de la santé mentale sont déjà très sous-estimés dans ce système basé sur le modèle médical tandis que les psychiatres sont largement insuffisants, estime Rubinson Dorcé, psychologue et PDG de Meaningful World Haïti, une branche de Meaningful World International. Il ajoute que les deux centres de santé mentale offrent des soins tertiaires pour les cas majeurs et qui exigent souvent la résidence institutionnelle.

Plusieurs hôpitaux administrés par les Organisations dites non gouvernementales (ONG) offrent des services de santé mentale intégrés ou associés aux soins médicaux. « Mais ce n'est pas une prise en charge psychosociale réelle, ni véritable dans des conditions standards et respectant les normes de prise en charge », regrette-t-il. Par exemple, il faut évaluer l'efficacité des soins de santé mentale administrés à un patient et adopter les bonnes pratiques expérimentées dans notre contexte. Par contre, ce n'est pas toujours le cas en Haïti.

Quid des comportements des déprimés ? 

La surprise et l'étonnement se sont donné rendez-vous quand les internautes ont lu une publication sur la page Facebook de l'ex-directeur général de la Police Nationale d'Haïti Michel-Ange Gédéon autour de la place qu'on donne à la santé mentale dans les priorités. « La santé mentale est l'une des choses à laquelle on n'accorde pas d'importance dans notre culture. Une personne peut être en train de traverser une période difficile – agissant du coup d'une façon inhabituelle – et on la qualifie de folle. Ou du moins, si la personne est déprimée – personne ne prend cela en considération », écrit-il.

Une façon de mettre en lumière les stigmatisations et discriminations qui entourent la dépression et les maladies mentales chez nous. C'est l'une des raisons pour lesquelles les personnes qui en souffrent refusent d'en parler encore moins de voir un psychologue. Dans la pensée haïtienne, les psychologues sont formés que pour assister les gens qu'on qualifie de ‘'fous.folles''.

Ainsi, la stigmatisation et la discrimination associées à la maladie mentale sont souvent plus difficiles à gérer que les symptômes de la maladie elle-même. L'ex-directeur général de la PNH affirme que les étiquettes ‘'fort et résilient'' collées aux Haïtiens.nes ne jouent pas toujours en leur faveur.

Cela fait grandir l'impression que nous existons pour gérer des crises à répétition. « La dépression existe (…) Pa okipe okenn moun ki vle fè'w kwè eksprime tèt ou se yon feblès. Ou se moun. Moun fèt pou eksprime yo. (…) Haïti ne peut rester comme ça tout le temps », ajoute-t-il avant de prodiguer des conseils pour combattre la dépression.

La dépression fait immerger des réactions inhabituelles chez la personne victime. Elle rend la personne méconnaissable, voire négligente avec soi-même.

Les rares chiffres qui existent montrent qu’au cours du dernier pays lock (septembre-novembre 2019, les cas de dépression ont augmenté mais aussi, les cas de dépressions sous-jacentes sont apparus au grand jour.

Les chiffres montrent que les femmes constituent la majorité des personnes dépressives à se rendre à l'hôpital, dans le cas du Centre de Santé de Morne Pelé dans le Nord d'Haïti. Et sur 30 cas de personnes dépressives, environ 20 d'entre elles éprouvent l'envie de se suicider.

« Ce qui explique la montée en flèche de la dépression - la situation socio-économique difficile est l'une des raisons majeures pouvant être à la base d'une dépression. Quand on ne sait pas à quel saint se vouer, on est attristés, la vie ne fait plus sens. Ce sont des éléments qui peuvent la susciter », estime le psychologue Guesly Michel.

Les maladies mentales dont la dépression constitue un fardeau, une menace importante, une préoccupation grave et un défi majeur pour ce petit Etat insulaire en développement (PEID) qu'est Haïti. Et, il n'y a pas de réalisation des objectifs de développement durable en dehors du bien-être physique et mentale des populations vivant dans un pays où la prévention, le traitement, les soins et l'éducation restent des éléments critiques.

« Nous savons que les objectifs de développement durable ne peuvent être atteints qu'en l'absence d'une forte prévalence de maladies transmissibles ou non transmissibles débilitantes, y compris les maladies émergentes et ré émergentes, et lorsque les populations peuvent atteindre un état de bien-être physique, mental et social », prévient les Modalités d'action accélérées des petits États insulaires en développement (Orientations de Samoa). Pour ce document guidant les actions des PEID, la santé est à la fois une condition préalable et le résultat- un indicateur des trois dimensions du développement durable.

Formation de psychologues universitaires par l'Etat sans aucune exigence post études, création d'une unité de santé mentale au sein du ministère de la santé, diminution des tabous autour de la thématique, élaboration d'une politique nationale autour de la santé mentale, diagnostic du problème après le 12 janvier, etc. Peu sont les efforts d'Haïti dans ce domaine spécifique où en termes d'application le gros reste à faire. Les soins de santé de qualité restent une utopie pour l'écrasante majorité.

Le pire n'est pas loin !

Les victimes souffrent énormément. Certaines fois dans l'indifférence totale des uns et des autres. En attendant, la situation de Carolina Joseph - victime de la dépression rieuse continue de se détériorer le long du déroulement du « pays lock (pays bloqué)». Elle se sent abandonnée et indignée de vivre tout le temps au dépend de son père. Et ce, même pour s'acheter un pâté ou se payer le transport, malgré le fait qu'elle travaille et reçoit un salaire chaque mois.

« J'ai souvent pensé au suicide parce que je n'ai pas de bonne raison de continuer à vivre. Parfois, je vais jusqu'à me provoquer des accidents mais j'en suis toujours sortie vivante. Je vous confie des choses que même mon ombre ignore », se plaint-elle. Comme de nombreuses autres femmes – chaque mois, ses dettes dépassent de loin son salaire misérable alors qu'elle doit vivre et prendre soin de son petit garçon chéri.

La précarité de l'emploi est l'un des éléments qui a contribué à une féminisation de la pauvreté en Haïti, puisque les femmes reçoivent des salaires inférieurs à ceux des hommes, travaillent plus dans le secteur informel, sans droit à la sécurité sociale (55,9%), et sont moins représentées dans les emplois formels (30%). En Haïti, 71% des femmes ne possèdent ni terre, ni maison; 20% possèdent un bien conjointement, et seulement 9% sont propriétaires. file:///C:/Users/User/Desktop/UNDP-HT-faits-et-figures-clés-sur-la-situation-des-femmes-en-Haïti.pdf

Va-t-on continuer à dire que l'Haitien.ne est résilient.e sans pour autant faire des études pour mesurer l'impact catastrophique des épisodes de « Pays lock (pays bloqué)» sur le mental ?

A quand une prise en compte effective de la santé mentale en Haïti ?

Quand est-ce que les autorités sauront que la santé physique et mentale constitue un droit inaliénable des êtres humains au même titre que le droit à l'alimentation, à l'éducation et à un environnement sain ?

La situation est catastrophique. Le pire est à nos portes et l'avenir est plus que sombre.

« Je me sens épuisée », « Je n'en peux plus », « Après cette crise, des suicides en cascade suivront », « Wow ! M pakab ankò. Lesprim ap pati », sont les différents cris de détresse exprimés sur les réseaux sociaux en ces temps de crise (majoritairement par les femmes). Frustrations, insomnies (nuits blanches), alopécies, maux de tête, perte d'appétit, de mémoire et de motivation, découragement et surtout perte d'espoir en des jours meilleurs.

Hypertension qui est la première cause de mortalité et de consultation en Haïti et les maladies cardiovasculaires déjà en hausse suivront doucement et allègrement leur course.

« Je me demande quel est mon avenir dans ce pays après tous les efforts et sacrifices consentis », conclut Marcna Andy Pierre, détentrice d'une Master en Gestion à l'Université de Lilles. Victime de stress, elle a été hospitalisée après sa rentrée au pays. « Aprè kriz sa – fòk anpil moun al wè sikològ ».

Se risquer dans les mers houleuses pour atteindre les côtes de la Floride, Bahamas et Porto Rico, laisser le pays pour la République Dominicaine, les Etats-Unis et le Canada, demander un asile politique chez Oncle Sam, provoquer des accidents, penser aux suicides sont les seules alternatives possibles aux yeux des victimes, souvent jeunes.