« Il faut que cela s’arrête », a lâché la représentante spéciale du secrétaire général pour Haïti et cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Helen M. Lalime au cours de son allocution lors de la présentation du rapport, intitulé « Violences sexuelles à Port-au-Prince : une arme utilisée par les gangs pour installer la peur », publié conjointement par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). 

Ce rapport révèle comment des gangs armés utilisent le viol, y compris le viol collectif, et d’autres formes de violences sexuelles pour répandre la peur, punir, soumettre et faire souffrir les populations locales dans le but ultime d’étendre leurs zones d’influence, dans toute la métropole de Port-au-Prince où près de 1,5 million de personnes vivraient dans des zones sous le contrôle ou l’influence des gangs. 

« Considérés comme des objets sexuels, les femmes, les filles, et parfois les hommes, sont également contraints de devenir les ‘’partenaires’’ des éléments armés dans les fiefs des gangs. Refuser de telles faveurs sexuelles peut entraîner des représailles, notamment des meurtres et des incendies criminels », lit-on dans le rapport. 

Les violences sexuelles ne sont pas anodines 

De jeunes enfants de 10 ans, mais aussi des femmes âgées, victimes de violences sexuelles — y compris de viols collectifs pendant des heures devant leurs parents ou leurs enfants par plus d’une demi-douzaine d’éléments armés — au milieu d’une explosion de la violence des gangs dans la capitale d’Haïti, Port-au-Prince, révèle ce rapport des Nations Unies sur les droits de l’homme.

Selon le Chef de la section des droits de l’homme au BINUH, Arnaud Gustave Royer, le rapport se repose sur deux piliers : les Violences sexuelles comme une arme pour étendre, consolider le contrôle territorial et les réponses à la violence sexuelle et les mesures à adopter. Lors des attaques des gangs armés, les femmes, filles, garçons, et hommes appartenant à la communauté LGBT+ sont considérés comme les principales cibles des violences sexuelles. « Les actes de violences sexuelles ne sont pas anodins, c’est une tactique utilisée pour punir, terroriser et étendre son territoire », a-t-il fait remarquer. 

Plusieurs témoignages ont été collectés pour le compte de ce rapport, parmi lesquels celui de Rose, 25 ans, mère de quatre enfants et enceinte de cinq mois. Le 7 juillet 2022, lors d’une attaque lancée contre les habitants du quartier de Brooklyn, à Cité Soleil, Rose a été battue et violée collectivement, par des bandits armés au cours d’intenses violences opposant deux coalitions de gangs rivaux de Cité Soleil. Les bandits armés ont fait irruption dans la maison de Rose, l’ont violée, mis le feu à sa maison et ont exécuté son mari sous ses yeux. 

Les violences sexuelles pernicieuses 

Le second contexte dans lequel les femmes et les jeunes filles sont victimes de violences sexuelles c’est lors du franchissement des « lignes de front ». « En se déplaçant dans des quartiers contrôlés par des gangs rivaux pour mener leurs activités quotidiennes de subsistance, des femmes et de jeunes filles ont été attaquées et agressées sexuellement. Sans oublier, celles qui sont attaquées dans les transports publics/privés, violées en plein jour », a informé Arnaud Gustave Royer. 

Avec le phénomène du kidnapping, personne n’est à l’abri. Cependant, certaines catégories sont les plus visées. D’après Arnaud Gustave Royer, lors des enlèvements, certaines personnes y compris des adolescentes sont violées par les kidnappeurs. « Dans certaines circonstances, les kidnappeurs ont utilisé les vidéos enregistrées des viols pour faire pression sur les parents ou d’autres membres de la famille afin qu’ils paient les rançons », raconte-t-il. 

 « Dans ces zones, les violences sexuelles ne sont pas considérées comme une violation. Et les risques de grossesse et de maladies/Infections sexuellement transmissibles (MST/IST) sont minimisés », a-t-il révélé, invitant les autorités à prendre des mesures afin de mettre un terme à ce fléau qui est capable d’engendrer de terribles conséquences dans les mois et les années à venir. « Les violences sexuelles sont pernicieuses et sont capables de détruire le tissu social ». 

Absence d’appui psychosocial 

Des femmes, des filles et des garçons de tous âges, ainsi que, dans une moindre mesure, des hommes, ont été victimes de crimes sexuels d’une extrême violence. Des enfants âgés d’à peine 10 ans et des femmes âgées ont été soumis à des viols collectifs pendant des heures devant leurs parents ou leurs enfants, par plus d’une demi-douzaine d’éléments armés lors d’attaques contre leurs quartiers. 

L’impunité reste la norme pour la grande majorité des violences sexuelles commises par les gangs. En outre, en raison de la violence liée aux gangs, les victimes n’ont généralement pas accès aux kits de traitement post-viol qui doit être administré dans un délai de 72 heures après l’agression, ce qui les expose à un risque plus élevé de contracter le VIH ou d’autres maladies sexuellement transmissibles et à des grossesses non désirées. Un autre défi majeur concerne le manque de soins psychosociaux pour faire face aux conséquences de violences sexuelles sur la santé mentale. 

Ces conséquences peuvent être graves et durables, en particulier lorsque la violence sexuelle a été utilisée dans le but d’infliger un traumatisme individuel ou collectif. À Port-au-Prince, il y a très peu de psychologues spécialisés, et l’accès aux soins de santé mentale est largement insuffisant. Ajoutée à la stigmatisation sociale associée aux violences sexuelles, cette situation conduit les victimes à souffrir en silence, car très peu d’entre elles osent se manifester et révéler ce qu’elles ont subi.