Reportage


Rosie Antoine vit à Carrefour, au sud de Port-au-Prince. Cette mère, avoisinant la trentaine, n'a pas pu permettre à son fils de recevoir toutes les doses de vaccins de routine. Sa dernière visite à l'hôpital à ce sujet remonte à plus de trois ans. « Je l'ai emmené se faire vacciner quand il avait à peu près deux mois et demi. Ensuite, plus jamais », relate-t-elle. De son avis, un enfant vacciné ou non est du même au pareil. 

Aujourd'hui, son petit garçon de quatre ans est très maladif. « Il a souvent de la diarrhée, des maux de ventre et est en retard de croissance. Dès qu'il y a une épidémie, il est contaminé », précise la jeune maman, ajoutant qu'elle ignore la cause de la vulnérabilité sanitaire de son fils. 

La réponse est claire pour la pédiatre Clertida Lamothe Cassamajor. L'enfant qui n'est pas vacciné complètement est très vulnérable. « Le système de défense d'un enfant est moins robuste que celui d'un adulte. C'est pourquoi on doit le protéger », soutient la prestataire de soin à l'Hôpital Saint-François de Sales. 

Mme Cassamajor dit que la vaccination est l'un des moyens d'y arriver. Elle protège contre certaines maladies pouvant causer la mort de l'enfant. « Si l'organisme de l'enfant non vacciné entre en contact avec des germes pouvant causer la typhoïde, la méningite ou encore la pneumonie, il peut trainer des séquelles qui peuvent causer la mort », souligne-t-elle. 

Entre fuite obligée et volontaire de la vaccination ?

En Haïti, nombreuses sont les familles qui n’arrivent pas à faire totalement vacciner leurs enfants. Les statistiques sont pour le moins alarmantes. Pas moins de 58 % des enfants haïtiens ne sont pas complètement vaccinés, révèle Unicef en 2021. Si les raisons sont multiples, la situation sécuritaire qui se dégrade dans le pays en est pour beaucoup. 

Depuis au moins cinq ans, Haïti s’enlise dans une crise sociopolitique et économique sans précédent marquée notamment par la multiplication des enlèvements, l’augmentation vertigineuse des massacres, des groupes armés, des assassinats, vols, viols et attaques armées dans tout le pays prenant du coup la population en otage. Une situation sécuritaire qui fragilise encore plus la vie des populations les plus vulnérables qui ne savent à quel saint se vouer. 

Si dans plusieurs cas la situation sécuritaire du pays a stoppé le processus de vaccination, dans d'autres c'est la perception des vaccins en Haïti. Winshel Jean Jacques, agent de santé communautaire polyvalent, côtoie souvent les gens qui abondent en ce sens. « Certaines fois, les parents ont tendance à politiser les campagnes de vaccination. Ils pensent toujours que ce sont des vaccins programmés pour les tuer ou pour tuer leurs enfants », nous dit-il. 

Vacciner tous les enfants, une illusion !

Une attitude qui rend les enfants beaucoup plus vulnérables. À l'hôpital de la Maternité de Carrefour au sud de la capitale, l'infirmière Marie Assephie Maurelus, responsable de vaccination, fait tout pour remédier à la situation. Elle et son équipe ne jurent que par la vaccination de tous les enfants de la commune. « Nous avons un registre avec tous les noms des nouveau-nés. Le numéro de leurs parents y est également inscrit. Si un parent manque un rendez-vous, on l'appelle ou on part à sa recherche », affirme-t-elle. 

L'objectif est de permettre à chaque enfant de recevoir les 14 doses de vaccins prévues par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). À noter que le vaccin a pour rôle d'empêcher à toute bactérie pouvant provoquer une maladie les moyens d'y parvenir. Ainsi, l'organisme produit des anticorps (substances de défense) renforçant son système immunitaire pour faire face à plusieurs maladies comme la rougeole, la polio, la rubéole ou encore la tuberculose. 


Fabiola Fanfan