Le début de l’année 2021 a été marqué par les cris de dénonciation contre la dictature. Alors que les mois défilent, il apparaît qu’en plus, nous devrions nous soucier de l’apparition de petits royaumes aux quatre coins de la République. Ce ne sont plus des gangs aujourd’hui. Ce sont des régimes politiques éclatés ou la souveraineté populaire fait office de paillasson.

Les rois haïtiens sont jeunes avec pour sceptres des armes automatiques et pour diadème la démence. Leurs royaumes se situent dans les quartiers populaires. La police y est persona non grata. Elle fuit, se met à couvert, se recroqueville. Entre temps, les rois jubilent sur Internet devant la détresse de leurs otages. Par leur soin, le statut d’otage est devenu un gage pour beaucoup d’Haïtiens.nes. Les écoles, les institutions ferment devant l’ampleur de leur pouvoir. La peur au ventre, et au pas de course, chacun.e attend d’être le.a prochain.e.

Il y en aura sans cesse pour tirer leur épingle du jeu en introduisant des dés plus pipés. Comme cette jeune femme qui se fabriquait des rapts, persuadée apparemment d’être au service de l’amour. Sur ces cas, la police est là. Toutes sirènes hurlantes, elle accourt pour exposer le méfait, un pétard mouillé dans l’explosion ambiante. Les rois enlèvent quotidiennement par grappes et par paquets. Sans jamais être inquiétés.

Pourtant, nous avons déjà connu des rois sous notre soleil bouleversé. La différence est que les nouveaux souverains ont fleuri sur une situation que le temps et l’argent ont laissé pourrir.

Le non-respect du temps démocratique, la hâte mise pour bidouiller une nouvelle constitution ont attisé les vieilles colères. Un temps, le président a pu compter sur ses Amis de l’International. Mais pour les pays n’ayant pas les moyens de leur démocratie, les amitiés peuvent coûter cher. En vie et en nombre. Plus de 800 mille dollars ont été versés par an à des lobbyistes américains, selon le Miami Herald. Des Amis précieux valent plus que l’existence des patient.e.s dans nos hôpitaux. C’est dire à quel point la démence est capable de s'infiltrer par les frontières.

Alors que les belligérants s’affrontent par rois interposés et que l’argent manque dans les poches de ceux et celles qui en ont le plus besoin, une autre voie pâlement tracée attend. La voie désenchantée des silencieux.ses, celle des ni-ni, des bras croisés. Et si elle n’épaissit pas ses lignes comme en 2018, comme avant que tout ne bascule dans la violence, le cercle absurde se poursuivra.


Francesca Theosmy