L’ancien premier ministre haïtien Laurent Lamothe fait partie de 300 anciens et nouveaux responsables publics, 35 chefs d’Etat et 130 milliardaires impliqués.es dans le vaste scandale de fraude et d’évasion fiscale connu sous le nom de ‘’Pandora Papers’’. 

Ces personnalités dont Laurent Lamothe ont placé leurs avoirs dans des sociétés offshore (pays ou territoires à fiscalité avantageuses) à des fins d’évasion fiscale. C’est du moins ce que révèle une enquête publiée par les médias du Consortium international de journalistes d’investigation (ICJF) qui ont eu accès aux données confidentielles de 14 cabinets spécialisés dans les paradis fiscaux. 

« Des documents divulgués suggèrent qu'il a maintenu une participation dans certaines entreprises offshore pendant son mandat, y compris trois sociétés dans les îles Vierges britanniques qu'il a mises en place par le biais du fournisseur de services offshore Trident Trust de 2002 à 2008 », soutient l’enquête. 

Malgré le fait qu’en 2010, Lamothe a démissionné de son poste de directeur de Lightfoot Ventures Ltd, l’une de ces sociétés, il en est resté le propriétaire effectif, soutient les documents retrouvés par les investigateurs. Lamothe a eu recours à des paradis fiscaux pour dissimuler ses avoirs aux regards indiscrets.

« La correspondance électronique de Trident Trust décrit Lightfoot Ventures comme "l'un des principaux fournisseurs de télécommunications en Haïti ... avec des bureaux en Afrique du Sud, aux États-Unis et dans un certain nombre d'autres pays », poursuit les enquêteurs. 

Avant de se lancer dans la politique, Laurent Lamothe a créé le Global Voice Group. Fondée en 1998, cette entreprise de technologie vend des produits et services informatiques aux gouvernements du monde entier.

Lamothe a rejoint le gouvernement de l’ex président haïtien, Michel Martelly, en 2011. En moins d'un an, Martelly l'a nommé ministre des affaires étrangères, puis premier ministre. En tant que premier ministre, Lamothe a plaidé en faveur des investissements étrangers en Haïti. 

Il a également promu une loi anti-corruption que le Parlement a adoptée en 2014 portant prévention et répression du phénomène. Mais plus tard cette année-là, il a démissionné au milieu de violentes manifestations liées au retard des élections et à la corruption présumée de l’administration Martelly.

Après que le Conseil électoral provisoire d'Haïti ait interdit sa candidature à la présidence en 2015, une décision que Lamothe a qualifiée de politiquement motivée, il a fondé LSL World Initiative, qui se décrit comme un groupe de réflexion axé sur le développement durable.

En 2016, une commission du Sénat haïtien a accusé Lamothe, d'autres anciens responsables gouvernementaux et des dirigeants d'entreprises d'avoir détourné environ 2 milliards de dollars de fonds publics. Lamothe a nié ces accusations. Il n'a pas fait face à des accusations criminelles. Cinq ans après, son nom apparait dans un scandale mondial d’évasion fiscale. 

Pandora Papers est le travail d’environ 600 journalistes qui se sont appuyés sur près de 12 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers, lesquels aident leurs clients à créer des sociétés dans des juridictions secrètes. L’enquête met au jour plus de 29 mille sociétés offshores.