Les candidatures pour la 10e édition du Prix Philippe Chaffanjon - qui récompense un reportage diffusé sur un site de presse français et un reportage publié sur un site de presse haïtien - sont ouvertes à partir du 20 octobre jusqu’au 20 décembre 2022. Lors de ce lancement, Pierre Haski, le président du Jury, et Dany Laferrière, Président d’honneur, ont fait savoir que toutes les formes de productions existantes dans le paysage médiatique sont admissibles. Cette année, Philippe Antoine, directeur des rédactions de BFM Régions les rejoint et porte à 12 les membres du jury du concours composé de journalistes et personnalités des médias. 

Le Prix poursuit sa volonté de mettre en avant des reportages dans l’ère du temps sur le fond et sur la forme. Reportages multimédias, podcasts, vidéos d’investigation, enquêtes filmées, ou tout autre format innovant sont admissibles tant qu’il est publié dans l’année sur un site de presse. « La qualité journalistique et les reportages racontant le monde de manière objective sont des critères primordiaux de sélection », a fait savoir le comité. 

Chacun des reportages primés sera doté d’un prix de 2 500 euros, qui sera remis lors d’une cérémonie à la Maison de la Radio et de la Musique en juin 2023, et se verra publié sur les sites Internet des médias partenaires. Comme dans les éditions précédentes, le sujet et le format sont libres. La carte de presse n’est pas obligatoire et un seul reportage doit être envoyé par candidature. Les candidatures sont à déposer sur le site : www.prixphilippechaffanjon.org 

« On gagne toujours en faisant du journalisme utile »

Pour l’édition précédente, plus d’une trentaine de médias nationaux et internationaux ont fait état de la nouvelle du sacre de Milo Milfort, journaliste d’investigation et éditeur en chef de Enquet’Action. "Enlèvement en Haïti : piégés par la peur", titre de son reportage. En Haïti, à la Une de Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien a été "Milo Milfort, prix Philippe Chaffanjon 2022". Le journal a tenu donc à signaler que ce travail baignant de plein fouet dans l’actualité et la crise sécuritaire en Haïti a retenu l’attention du jury présidé par Pierre Haski sur une cinquantaine de candidatures en provenance de la France et d’Haïti. Le champion avait choisi avec soin son sujet de travail. 

« Désormais, le kidnapping s’installe dans le quotidien haïtien au même titre que le black-out, la pénurie de carburant et l’omniprésence des déchets dans les rues. Ces cinq dernières années, la situation sécuritaire d’Haïti s’est détériorée, les massacres sur des populations civiles se sont multipliés, les groupes armés ont exponentiellement augmenté, soit environ 200 bandes armées au total. (…) Les attaques armées, vols, viols, assassinats ont connu un niveau pour le moins alarmant. Jamais dans l’histoire récente du pays, la situation n’a été aussi grave », a résumé Milo. 

Pour sa part, Loopnews a fait savoir que ce reportage a fait état du vécu et du ressenti des Haïtien.ne.s avec la normalisation du kidnapping dans le pays. « À partir de 2019, le kidnapping s’insère dans le quotidien de l’haïtien au même titre que les incendies de marché, le black-out, l’omniprésence des déchets », s’est désolé le journaliste. Le journal a aussi relaté que Milo Milfort croit dans le journalisme critique et non complaisant. Pour lui, on gagne toujours en faisant du journalisme utile. 

« On ne gagne jamais des compétitions journalistiques avec du copier-coller, du news ou du journalisme assis », a précisé le primé. Quant à AlterPresse, il a écrit qu’à travers ce travail, Milo Milfort montre en profondeur la réalité du phénomène du kidnapping, qui s’installe en Haïti, particulièrement dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince. Et surtout son impact sur les familles, victimes, citoyennes et citoyens du pays. « Ce prix envoie comme message qu’on peut toujours essayer de faire des réalisations intéressantes, dans un contexte difficile de sécurité et d’exercice du métier. Mais aussi, le travail bien fait sera toujours valorisé », a exprimé le journaliste Milfort dans les colonnes du journal. 

« C’est la preuve que le journalisme utile et de qualité est payant. Tous les membres du jury ont fait l’éloge du reportage, qui, à leurs yeux, n’avait pas d’égal. Le prix, c’est un booster en plus. Ça nous encourage à continuer. Nous allons continuer à faire du journalisme utile et de qualité. Le combat continu », a-t-il poursuivi. 

Journaliste au sommet de son art 

« Enlèvement en Haïti : piégés par la peur » expose le triste récit de vie de milliers de victimes du kidnapping. Le journal en ligne Mag Haïti en a profité pour dresser le portrait de son auteur avec l’article : Milo Milfort : journaliste haïtien multiprimé, au sommet de son art. Le travail passe en revue le parcours du jeune journaliste de 35 ans, passionné et talentueux ayant déjà raflé plusieurs prix dans le milieu médiatique. Le portrait soutient que Milo voit le journaliste comme un serviteur du peuple accordant constamment à des gens, des groupements, la parole de manière à ce que ses sentiments, ses idées et ses préoccupations soient livrés à l’opinion publique. 

« En gros, c’est ça la face intéressante de ce métier », a souligné Milo qui continue de maximiser sa reconnaissance nationale et internationale dans le paysage médiatique. En effet, le fondateur du journal d’investigation en ligne ‘‘ Enquet’Action’’ travaille chez EFE, une agence de presse espagnole basée à Madrid. Il prête aussi ses services à IJNET (Réseau international des journalistes). Mais avant de les rejoindre, M. Milfort a collaboré avec pas mal de médias haïtiens durant ces 11 années d’expérience dans le métier. « J’ai fait des expériences à AlterPresse, à Le Nouvelliste. J’écrivais pour HPN, Haïti Liberté et tant d’autres médias à l’exception de Le National et Le Matin », avance le travailleur de la presse, d’un air fier tout en citant Mag Haïti, Haïti News 2000… 

Les journaux haïtiens feuilletés après l’événement ont reconnu le talent de ce jeune journaliste adulé et expérimenté. Le journal en ligne Le Facteur Haïti a fait état des motivations du journaliste faisant partie des plus primés en Haïti. « Je l’ai reçu avec le sentiment que je réalise un travail bien fait pour lequel on m’a récompensé. Réaliser une œuvre sortie de l’ordinaire se révèle très utile. Je n’ai jamais renoncé à l’idée d’être lauréat un jour, après 4 participations, car, dans la vie, il faut persister et se fixer des objectifs. Non à l’abandon », a scandé Milo. 

Après avoir remporté le prix Philippe Chaffanjon de l’édition 2022, il se prépare déjà pour participer à d’autres concours. « Je voulais faire un reportage extraordinaire » Dans le journal en ligne Héritage Express News titrant son article Milo Milfort et sa rigueur comme cheval de bataille, il est dit que ce prix récompense un travail de qualité fait dans un contexte hautement difficile en termes sécuritaires. « C’est un prix qui récompense la persévérance d’un soldat qui y a déjà participé à plusieurs reprises. Ça récompense le journalisme de terrain, l’enquête et le reportage en profondeur fait dans un contexte où l’écrasante majorité s’attèlent au journalisme facile, de copier-coller et de connivence », a révélé Milo au journal. 

« Enlèvement en Haïti : piégés par la peur », est un reportage qui a été fait dans le cadre d’une bourse obtenue de l’ICFJ de concert avec Connectas. « Je voulais faire un reportage extraordinaire. J’ai même prévu d’aller voir les gangs pour connaître leur mode opératoire. J’ai voulu visiter des victimes du kidnapping, passer des journées avec eux. Mais je n’ai pas pu. L’insécurité grandissante, le blocus à l’entrée sud du capital, les massacres m’en empêchaient », a-t-il confié. 

Milo Milfort a gagné environ une douzaine de prix, bourses, reconnaissances, distinctions et compétitions ayant rapport au journalisme. Il aime les challenges. « J’adore relever les défis. Le concours est un bon moyen pour s’essayer et se faire connaître. Je suis sorti de nulle part, sans les prix, je serai un inconnu pour d’innombrables personnes. J’aime sonder l’insondable. J’aime prendre le taureau par les cornes », a-t-il révélé. Son histoire avec le journalisme est faite d’amour, de passion et de persévérance. « Tout ce que j’ai pu réaliser dans ma vie, c’est grâce au journalisme. À de nombreuses reprises, j’ai postulé pour d’autres jobs, mais le fait de ne pas vouloir lâcher le journalisme ne fut pas à mon avantage. Je fais du journalisme une passion avant d’en faire un métier. Voilà pourquoi j’y suis, je l’aime et j’y reste », a décidé le journaliste. 

Dans les colonnes de Haïti Infos Pro (HIP), Milo Milfort a fait savoir que le Prix Philippe Chaffanjon est loin d’être le prix le plus prestigieux qu’il a remporté durant sa carrière, précisant que ça a été toujours un rêve. « Ça a couronné ma carrière et pourtant ce n’est nullement le prix le plus prestigieux que j’ai remporté », a-t-il affirmé. « Le prix francophone de l’Innovation dans les médias – remporté en 2019 – en termes de récompenses, de possibilités et d’avantages est beaucoup plus intéressant », a-t-il expliqué tout en soutenant que tout journaliste haïtien rêve un jour de gagner le Prix Philippe Chaffanjon. Milo a pourtant préféré la radio. Il aimait écouter Jean Léopold Dominique, Marcus Gracia et Liliane Pierre— Paul. Mais la presse écrite a décidé autrement. 

« Ce n’est que dans 20 ou 30 ans que l’on saura ce qu’on a perdu avec les enlèvements »

La Radio France Internationale (RFI) a aussi ouvert ses portes au lauréat de la 9e édition du Prix Philippe Chaffanjon pour parler de son reportage. « Le contexte sécuritaire nous a empêchés d’avoir accès à certains endroits. Il était difficile de faire parler les victimes », a-t-il expliqué. Le lauréat a profité de son passage en France pour dénoncer la normalisation du kidnapping qui suscite un climat de peur dans le pays. « On vit avec la peur au ventre. N’importe qui peut être kidnappé n’importe où. Chacun son tour », a-t-il exprimé au sujet de ce fléau qui a poussé de nombreux Haïtiens à l’exil. Milo Milfort croit qu’il faudra attendre 20 ou 30 ans pour savoir ce qu’on a perdu avec les enlèvements. Radio France, France Bleu et RTL ont aussi consacré quelques lignes au journaliste haïtien Milo Milfort pour son sacre dans ce concours qui porte le nom de l’ancien directeur adjoint de la rédaction de RTL, décédé en 2013. 


Mackenz Dorvilus