On parle souvent des défis imposés par la société haïtienne. Manger, s’éduquer, se déplacer représentent des privilèges de classe. Tout le monde n’a pas accès à l’eau potable et tout le monde n’a pas le malheur de finir aux mains sadiques des gangs. Les ravisseurs ont leurs préférences politiques et sociales, on le sait. Le ciel est bleu pour tout le monde. Mais tout le monde ne le reçoit pas sur la tête pour avoir simplement osé exister.Il arrive de voir des avis sur les réseaux sociaux. Ces derniers mois, il y en a eu pas mal. Des femmes et des enfants surtout. Combien sont-ils/elles ? Où sont-ils/elles passé ? Qu’est-il arrivé ? Depuis 2018, une femme attend son mari, un photojournaliste. Vladjimir Legagneur était allé à Grand Ravine en reportage. Ensuite, il n’a donné aucune nouvelle. Où est-il ?On pourrait presque croire que les familles à qui l’on demande une rançon sont chanceuses. Elles, au moins, ont des nouvelles. Et ces tout-petits qui manifestaient parce que leur père, policier, était incarcéré de façon arbitraire. Eux au moins savent où il se trouve. Ce n’est pas un soulagement, mais une manière différente d’angoisser.Au pays des petit mil, il y a des gardes. Leurs noms sont police, justice. Où sont-ils ? En train de terrasser les bandits ? En train de juger les responsables du scandale Petrocaribe ou des nombreux massacres commis dans les quartiers populaires ?La machine judiciaire qui crachotait d’inquiétantes fumées noires s’est arrêtée. Grève, protestation de magistrats, bras de fer politique. La police qui n’a jamais réussi à obtenir la confiance de la population s’est repliée dans la colère et le découragement.Au milieu del’épais brouillard actuel, celles et ceux qui tombent dans un carrefour dangereux ne reviennent pas toujours. Ils et elles manquent à leurs proches, c’est certain. Qui d’autre s’en soucie ?Francesca Theosmy