Reportage


Si la saison des flots de mobilisations et les élans de solidarité envers les victimes du grand sud n’est plus à l’ordre du jour, celle des besoins essentiels ne fait que commencer. La situation n’a pas changé dans le Sud, les Nippes et la Grand’Anse, les départements frappés par le séisme du 14 août dernier. 

Les 800 mille personnes concernées par les conséquences désastreuses de cet événement malheureux font toujours face aux mêmes difficultés selon Fédorah Pierre-Louis responsable au sein de la World Vision International Haïti. « Les réels besoin en nourriture, en eau, en appui psychosocial et en habitat persistent. Ce dernier est d’une extrême urgence étant donné que nous sommes en période cyclonique. Les gens ont besoin d’abris »,martèle la directrice d’engagement de l’organisme international. 

Dans les Nippes, le Sud et la Grande-Anse (les départements les plus touchés) l’État fait semblant d’agir à travers les Organisations Non Gouvernementales (ONG). Il n’avait pris aucune mesure dans l’éventualité d’un autre séisme après celui du 12 janvier 2010. Ce 14 août l’a prouvé. Le bilan est sans appel: plus de 2 mille morts, environ 12 mille blessés et des dizaines de milliers de maisons détruites. 

Deux mois après, la réponse se fait toujours attendre. La World Vision International Haïti parle de manque de moyens économiques. « Nous sommes dans l’incapacité de donner une réponse adéquate au séisme vu la difficulté des financements. Il y a certes quelques efforts qui sont effectués mais c’est insuffisant par rapport au réel besoin », explique Mme Pierre-Louis. Elle dit constater une nette diminution de l’intérêt porté au grand Sud par rapport aux jours qui ont suivi le drame. Un drame qui vient s’ajouter aux différents maux que confronte le pays. 

Cohabitation des crises

Bien avant le tremblement de terre de magnitude 7.2 du 14 août, l’instabilité sociopolitique, une crise économique sans précédent et l’insécurité rongeaient le pays. Cette dernière rend difficile la tâche de venir au secours des victimes. « Le plus grand problème: c'est l’insécurité. Les gangs armés sont au contrôle du point de connexion de la capitale avec le département du Sud, qui se trouve sur la route nationale Numéro 2. Cela rend le transport des personnes et des matériels presque impossible », argumente Entela Sula, Directrice de Programme de la Helvetas Haïti.

Cette organisation qui conduit un projet dans le domaine de l'agriculture dans le Sud s’est mise à la disposition des sinistrés.es. Toutefois, le passage de la tempête tropicale Grace a changé la donne. Il y a eu des glissements de terrain et des inondations même dans les zones affectées par le tremblement de terre. Plusieurs personnes ont passé des nuits sans sommeil sous la pluie avec leurs enfants. Une situation alarmante qui persiste en cette saison cyclonique. Le logement n’est pas à l’ordre du jour. Une nécessité négligée comme tant d’autres. « Les nécessités de base, tels que l'accès à l'Eau, accès au cash, les abris, restent prioritaires en ce moment. Des solutions urgentes sont nécessaires, en termes d'infrastructure et en termes d'économie familiale individuelle », souligne Entela Sula. 

Les familles essaient de tenir avec le peu de moyens dont elles disposent. Certaines ont entamé la réparation de leur maison sans aucune évaluation des autorités étatiques. Un réel danger alors que les travaux de déblayage se font attendre.

L’Etat inexistant !

Andrinette Policard Cadet, de l’organisation Enpak (impact en français), croit qu’en plus de la volonté des gens de regagner leur maison, un soutien moral sera le bienvenu. « Un accompagnement psychologique et psychosocial est d’une extrême nécessité pour tout le monde. Le relèvement de la communauté doit être à l’ordre du jour », propose la responsable de cette association de développement basée sur les droits humains. 

Enpak a déjà donné le ton selon Mme Cadet. L’organisation a déjà réalisé une série de formations pour les jeunes sous la thématique de la protection de l’enfance. L’objectif: la gestion de l’espace zanmi timoun (ami de l’enfant en Français) qui sera bientôt érigé. Les enfants pourront y jouer tout en recevant un support psychosocial.

Après avoir organisé des séances de formations pour le centre d’opération d’urgence communal (COUC) à Camp Perrin, l’organisation a publié un document adressé aux acteurs humanitaires afin de leur rappeler l’importance d’inclure les personnes handicapées dans leur démarche. 

Le constat est clair: le peu d’actions réalisées dans le grand Sud est en grande partie l’œuvre d’organismes non gouvernementaux nationaux et internationaux. Le plus grand défi réside dans la distance existant entre les besoins et les ressources disponibles pour les réponses humanitaires. Les victimes qui sont réellement dans le besoin ne sont pas les principaux bénéficiaires lors des différentes séances de distributions. Les régions reculées dévastées, difficiles d’accès, sont encore en attente d’assistance. 

Les sinistrés.es pensent déjà au relèvement alors qu’ils sont économiquement anéantis. Le tableau demeure sombre sous le regard impuissant de l'État qui ne peut coordonner le peu d'aide humanitaire afinqu’il soit dirigé vers les vraies victimes.