L’un des membres du comité scientifique travaillant sur la Covid-19 a alerté sur la présence ‘’possible’’ du variant omicron en Haïti dans un contexte marqué par un relâchement total de la population dans le respect des mesures barrières et le refus de celle-ci de se faire vacciner. « Il est fort possible que le variant omicron soit en Haïti. Nous aurons les résultats dans quelques jours », a affirmé Dr Jean William Pape, membre de la Cellule scientifique de la gestion de la crise sanitaire, dans une entrevue exclusive à EFE.

Depuis l’annonce de l’apparition du variant Omicron, le Laboratoire national du pays a sélectionné des échantillons pour séquençage dans un laboratoire de référence de l’Organisation Panaméricaine de la Santé / Organisation Mondiale de la Santé (OPS/OMS).  « Nous n’avons pas encore reçu de résultats des échantillons soumis pour recherche du variant Omicron », a renchérit Dr Lauré Adrien, directeur général du ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).  

Dans l’attente des résultats confirmant ou non la présence du variant Omicron en Haïti, une épidémie de fièvre gagne différentes régions du pays.

De la fièvre ou Omicron ?

Dans le transport en commun, les marchés publics, les institutions publiques et privées, sans oublier sur les réseaux sociaux des centaines d’Haïtiens se plaignent de souffrir d’une fièvre. En plus de la « petite fièvre » comme préfère l’appeler les Haïtiens, ces malades souffrent de courbatures, une forte grippe, de la toux, des maux de tête et de gorge. 

« La petite fièvre peut être due à Omicron ou plutôt de l’influenza qui est documenté », a fait savoir Dr Jean William Pape directeur des centres Gheskio.

Nous avons effectivement reçu des informations sur la présence de symptômes (fièvre/toux) dans certaines localités. On ne peut pas dire avec certitude qu’il s’agit d’une remontée des cas de Covid-19 parce qu’on a pas encore des données probantes (tests) pour le dire, affirme de son côté, Dr Lauré Adrien, directeur général du ministère haïtien de la Santé. 

« Il faut aussi se rappeler que nous sommes en saison grippale donc ce n’est pas tout à fait étonnant d’avoir ces phénomènes », a-t-il ajouté.

Haïti doit-il s’inquiéter de Omicron ?

Omicron va causer beaucoup d’infections mais pas beaucoup de cas graves, soutient Dr Pape. « Je ne pense pas que Omicron fera beaucoup de dommage en Haïti si je me base sur l'impact relativement faible des variants plus méchants comme le gamma ou le delta. Ce dernier est encore prédominant en Haïti », précise le spécialiste en maladies infectieuses nommé en mars 2021 au Conseil Scientifique de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). 

Selon Lauré Adrien, la crainte du pire est toujours ‘’justifiée’’ en cas de Covid-19 même si en Haïti, l’évolution de la pandémie semble ne pas augurer de ‘’catastrophe’’. «Il faut cependant tenir compte de la pression que peut exercer sur un système sanitaire déjà faible un afflux massif de cas positifs même si le variant Omicron à date est reconnu moins dangereux », poursuit le numéro 2 du ministère de la Santé Publique en Haïti. 

Il est plus contagieux donc quand il sera en circulation dans la population, il y aura un grand nombre de cas positifs donc beaucoup de cas contacts, ce qui veut dire beaucoup de personnes (des professionnels, des salariés, des ouvriers, etc.) qui vont être mises en quarantaine, donc ne pas pouvoir aller travailler, explique Adrien. 

« Et l’économie précaire va en subir les conséquences », prévient-il, rappelant que ce n’est pas une question de « Haïti est prête ou pas pour le variant Omicron », même si le variant Omicron soit moins dangereux – mais sa conséquence sur l’évolution de l’épidémie entraîne des problèmes même dans les pays les plus avancés.  

« C’est pourquoi, nous devons encore renforcer notre défense, c’est-à-dire les gestes barrières (le masque, le lavage des mains) mais aussi et surtout la vaccination », conseille Dr Lauré Adrien.

Les Haïtiens continuent de fuir les vaccins 

« La quantité restante de vaccin Moderna qui expire en janvier 2022 selon toute probabilité, sera déjà utilisée et peut ne même pas suffire pour desservir ceux qui seront en date de recevoir leurs deuxièmes doses de Moderna », a informé Lauré Adrien, ajoutant qu'Haïti espère recevoir une troisième livraison de doses de vaccin Moderna avant même la date d’expiration des doses restantes.

Environ 1% de la population est déjà vaccinée, selon les chiffres officiels. Au 21 décembre 2021, seulement 72 102 personnes sont complètement vaccinées. 71 761 ont reçu les deux doses du vaccin Moderna et 341 ont eu la dose unique de Johnson & Johnson.

« Nous avons disponibles dans le pays et gratuitement deux types de vaccins anti-Covid : Le Moderna et le Johnson & Johnson. Il est donc possible pour une personne de choisir selon sa préférence mais surtout selon son histoire médicale, un de ces deux vaccins disponibles. En attendant l’arrivée d’autre, tel que le Pfizer que nous espérons avoir bientôt », avait dit Lauré Adrien dans une entrevue exclusive antérieure. 

Le 18 décembre dernier, Haïti a reçu 57 600 doses de vaccins Johnson & Johnson du Danemark et 108 000 doses du même vaccin du gouvernement des Etats-Unis dans le cadre de l’initiative connue sous le nom de Covax de l'OMS.

Et la Covid-19 presque oubliée …

Les gestes barrières protégeant contre la propagation de la Covid-19 sont globalement négligés. L’expression distanciation physique a complètement disparu dans les discours. 

Dans les institutions publiques comme privées, les gens ne portent plus de masque, les récipients de lavage des mains ont disparu. Ainsi, la population vit dans le quasi oubli total de l’existence de la maladie. 

Seules quelques banques commerciales, supermarchés et magasins exigent encore le port du masque pour entrer dans leur enceinte dans un contexte où même les autorités de l’Etat parlent très peu de la maladie et la presse diffuse très peu d'annonces invitant les gens à respecter les mesures barrières.

Au 17 décembre 2021, Haïti compte 25 917 cas confirmés de Covid-19, 4 844 hospitalisés, 765 décès et 22 666 personnes traitées, à en croire des chiffres communiqués par le ministère de la Santé Publique sur sa page Facebook.