Utiliser les déchets pour sortir Haïti du blackout – Un pari possible ?

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Enquête

 

Des tonnes d’ordures accueillent les visiteurs, riverains et travailleurs sur une route où trainent des chiens, cabris, porcs et capsules de bouteille de cola. Des tentes et maisons de fortune où vivent plusieurs centaines de personnes dans des conditions précaires longent l’entrée. Ici, des chômeurs et riverains montent la garde. A l’intérieur, chiffonniers mal équipés, animaux, moustiques et déchets qu’ils soient médicaux, organiques, plastiques ou autre, se mêlent dans un chaos indescriptible. 

 

La fumée et le feu sont omni présents empoisonnant continuellement l’air et l’environnement. Les odeurs nauséabondes, la boue, les vermines et les eaux usées finissent le tableau. Et surtout gare aux pieds, car on risque de se faire piquer par des seringues ou tessons de bouteilles, voire se faire bruler par les braises encore actives de feux qui se meurent.

 

La décharge publique de Truitier située à l’intérieur de la zone de Duvivier à Cité Soleil à quelque 5km au nord du centre-ville de Port-au-Prince est un no man’s land, sous la tutelle du Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS). Cette entité étatique est chargée de « collecter » les ordures dans la région métropolitaine, mais a failli à sa mission faute de moyens et de matériels.

 

« Le site n’est pas vivable. Nous autres qui y travaillons, nous sommes presque des morts ambulants. Quand je n’ai pas de problème au niveau des yeux, je l’ai au niveau de la gorge. Certaines fois, des nuages de fumée noire défient le climatiseur », explique l’ingénieure Sofia Seignon, directrice générale de la décharge nationale de Truitier, dans son bureau placé dans un container où il y a un climatiseur en panne, quelques chaises et des bottes. « Truitier se trouve dans un état critique. Nous ne saurions l’appeler décharge, mais plutôt un espace où l’on jette des déchets. Nous savons pertinemment bien ce qu’est une décharge », tempête-t-elle.

 

Plus rien ne fonctionne dans la seule décharge officielle du pays. Avec plus de 10 millions d’habitants, Haïti produit quotidiennement entre 1 mille 500 à  2 mille tonnes de déchets, selon des sources combinées. Soit par jour, à peu près 0.6 à 1kg de déchets par personne. Cette quantité de déchets inexploitée, au-delà des questions environnementales, soulève d’autres interrogations. Car le pays fait face paradoxalement à une pénurie criante d’énergie électrique. Or, selon plusieurs spécialistes haïtiens et étrangers en environnement et énergie, les déchets seraient capables de produire non seulement de l’engrais, mais aussi et surtout de l’électricité.

L’électricité, un service de luxe !

 

Le territoire haïtien est peu couvert en électricité. Une seule compagnie, l’Electricité d’Haïti (EDH), une structure publique, dessert la population et la dette colossale  accumulée s’élève à plus de 65 millions de dollars américains en 2013.

 

« Les problèmes en énergie du pays sont exacerbés surtout après le tremblement de terre de janvier 2010 », constate l’ingénieur Marc-André Chrysostome, coordonnateur de la cellule Energie du ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC), dans un rapport titré « Le secteur de l'énergie en Haïti et ses nouvelles expériences dans le développement du programme SREP (Scaling-up renewable energy program) ».

« Les obstacles les plus importants au développement du secteur de l'électricité en Haïti sont la faiblesse des institutions, des systèmes et la pauvreté. Beaucoup de gens utilisent l'électricité sans payer, ce qui affecte gravement les revenus d'EDH et la rend incapable de financer l'amélioration des infrastructures », explique pour sa part l’expert en Electricité Jean Edouard Pauyo, dans un rapport publié en mars 2017.

Haïti serait le premier pays des Caraïbes à avoir été électrifié en 1912 avec la Centrale Hydroélectrique de Gaillard à Jacmel dans le Sud-Est du pays. Pourtant aujourd’hui, il est le plus sous-alimenté en électricité en Amérique Latine et dans les Caraïbes, avec 7.5 millions de ses habitants n’ayant pas accès à l’énergie électrique, selon une étude de la Banque interaméricaine de développement (BID) sortie en 2016.

Selon le MTPTC, il n’existe pas de réseau national de transport d’électricité dans le pays. Evaluée à 21 kwh/année, la consommation haïtienne per capita est plus de 80 fois inférieure à la moyenne de la région Amérique Latine et Caraïbes. D’ailleurs, un quart des 30 millions de personnes vivant dans cette région qui n’ont pas accès à l’électricité, se retrouvent en Haïti, où le marché énergétique se limite à une production électrique d’environ 300 mégawatts permettant l’accès à l’électricité à 30% de la population en milieu urbain et de moins de 6% en zone rurale, estime la BID.

Pour Andrew Morton, chef de programme d’ingénierie et énergie au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le principal obstacle à la résolution du manque d'accès à l'électricité est le caractère peu attrayant du marché d'Haïti pour l'investissement énergétique du secteur privé, par rapport aux nombreux autres pays en concurrence pour l'investissement étranger direct à grande échelle.

« Ce manque de compétitivité résulte d'une combinaison de nombreux facteurs, y compris: l'instabilité, la législation et les lacunes dans les politiques, la capacité limitée de la fonction publique, la capacité de payer limitée des consommateurs, la corruption réelle et perçue, le vol d’électricité et la fraude », explique-t-il. Un cadre qui pour Morton, indique un niveau très élevé de risque commercial, qui n'est pas équilibré par un taux de rendement prévu élevé.

« Pour résoudre ce problème, le nouveau gouvernement d'Haïti et ses partenaires internationaux de développement doivent prendre toute une série de mesures concrètes pour réduire le risque pour les investisseurs et souscrit partiellement le taux de rendement ».

De son côté, l’ancien ministre haïtien de l’Environnement Joseph Ronald Toussaint fustige les contrats de l’EDH avec des acteurs privés qui, selon lui, ne sont pas avantageux pour l’Etat. Il ne ménage pas ses propos.

 

« EDH est un gouffre pour l’Etat. L’énergie/ l’électricité est un secteur stratégique. Je suis contre la privatisation de l’EDH, mais elle doit évoluer vers un partenariat public-privé. Ce qui se fait actuellement, n’est pas intéressant. Par exemple, E-Power et Sogener [des compagnies  qui vendent de l’électricité à EDH] sont en train de faire leur beurre! », tranche-t-il.

« Ce sont des contrats à revisiter. A l’avenir si nous aurons à signer des contrats et entamer des partenariats public-privé, ils doivent être mieux négociés, raisonnés et mieux orientés, ajoute Toussaint qui assure que le pays dispose d’une administration qui ne peut assurer le suivi des dossiers. On a des faiblesses institutionnelles et structurelles énormes et l’absence de la continuité de l’Etat, qui rejaillissent sur la question d’énergie ».

 

 

Gestion irrationnelle des détritus

Si l’électricité fait l’objet d’une gestion catastrophique, les déchets ne sont pas mieux lotis.

 

Toutes les grandes villes y compris Port-au-Prince sont envahies par des montagnes de déchets. En Haïti, le tri de déchets n’est appliqué ni par les ménages ni au niveau de la décharge. La masse de déchets accumulés dans les villes croît davantage que la création d'installations capables de les traiter, les collecter et les éliminer.

 

« On les ramasse aujourd’hui et demain on les revoit à nouveau », constate un riverain de Gérald Bataille dans la commune de Tabarre, qui habite non loin d’une montagne d’immondices incinérée tous les soirs par des mains inconnues.

 

L’Haïtien s’habitue à vivre dans un milieu où le déchet s'impose.

La décharge accueille quotidiennement entre 1500 à 2000 tonnes de déchets dépendamment de l’époque selon sa directrice Sophia Seignon, soit environ 60-75% des déchets produits dans la région de Port-au-Prince. Une partie est incinérée et le reste est déversé dans les rues, les ravins, canaux, les bords de mer et les égouts. Les conséquences sont l’omniprésence de la saleté, la multiplication des vermines et des fumées intempestives.

 

« La gestion inadéquate des déchets constitue un problème majeur en Haïti. Elle contribue à la propagation des rongeurs et des maladies, bloque les routes, les voies piétonnières, les canaux et les cours d'eau, endommage les écosystèmes, dégrade les quartiers et augmente le risque d'inondation », révèle Solid Waste Association of North America dans un rapport publié en 2010.

Les principaux problèmes concernant les déchets solides auxquels est confrontée la région de Port-au-Prince sont le faible taux de collecte, l’inadéquation des installations d'élimination et les problèmes sociaux qui touchent les recycleurs officieux du site de Truitier, note de son côté le Département d'État américain, la Banque Mondiale (BM) et de la BID, dans une déclaration conjointe de ces bailleurs de fonds relative au projet Phoenix en 2013.

A en croire l’agronome Jean François Thomas, ex-ministre haïtien de l’Environnement et aussi ex-ministre de l’Agriculture et des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR), il existe chez nous des types de détritus très intéressants contrairement à des pays étrangers où l’on trouve des déchets nucléaires et très dangereux.

 

« La question des déchets dans le pays est très délicate et souvent approchée avec beaucoup d’émotions. Ils constituent véritablement un problème parce qu’ils sont source d’infection, véhiculent de plusieurs maladies, mais en même temps, quand ils sont valorisés, ils peuvent devenir une source de revenus et de richesses », explique Thomas.

Pouvoir des déchets haïtiens

Ce pays des Caraïbes ne manque pas d’études théoriques et de plans faits sur papier très bien élaborés qui valorisent les déchets et disent comment les gérer. Ainsi, disposerait-il de ressources pour produire toutes les formes d’énergie dont il a besoin, mais aussi de déchets organiques en quantité qui peuvent servir comme engrais, fabriquer des briquettes, de l’énergie et pouvant servir à plusieurs types de transformation.

 

Pourtant, ici, on ne fait ni l’un, ni l’autre.

«On peut donner à la décharge une certaine autonomie financière et la rendre productive de façon à ce qu’elle permette à l’Etat de rentrer des fonds. Avec elle, on peut faire beaucoup de choses comme la production de gaz, d’électricité, du compost, etc. La technique, la connaissance et l’expérience sont là. C’est une question de moyens », reconnait Carl Henry Vielot qui a dirigé la décharge nationale pendant plus de quatre ans.

 

Durant ses années de mandat, il affirme avoir eu le projet de monter une usine qui produirait de l’électricité à partir des déchets. « Quoique le déchet haïtien est très humide, contenant beaucoup d’eau, on trouverait quand même un certain rendement. On ferait le nécessaire pour trouver des  déchets en qualité pour y parvenir. Et aussi, à partir de là, on aurait une production d’eau potable qui proviendrait de cette usine qui fabriquerait de l’électricité et même  de l’asphalte », ajoute-t-il.

 

L’agronome Jean François Thomas affirme que nous n’avons pas assez de déchets pour produire de l’énergie électrique pour tout le pays, mais il peut y avoir des zones alimentées à l’électricité produite à base de déchets. « L’Etat utilise les combustibles pour produire de l’électricité, alors que nous avons des déchets pouvant nous aider à produire de l’électricité aussi, le vent, l’eau (hydro) et les combustibles fossiles. Avec une combinaison de tout ça, les déchets peuvent être un apport très intéressant ».

A la question, est-ce qu’un projet visant à produire de l’énergie est possible en Haïti, l’ingénieur Donald Paraison répond oui et non.

 

« Non, ça va dépendre de la quantité de mégawatt recherchée. Un projet visant à produire entre 50 et 100 MW d’énergie à partir de déchets peut avoir de grandes difficultés pour atteindre son objectif. Après des études qui ont eu lieu, nous faisons la conclusion qu’en Haïti nous pouvons produire entre 5 jusqu’à 30 MW d’énergie à partir de déchets. Pour produire de l’énergie électrique, vous avez besoin d’une bonne quantité de déchets. Cette quantité-là n’existe pas. Même quand nous avons un problème de déchets ».

Autre problème avec les déchets haïtiens, c’est leur manque de capacité calorifique.

Pour Andrew Morton, chef du programme d’ingénierie et énergie au PNUE, les déchets aux centrales énergétiques délivrent à grande échelle de l'électricité et respectent des normes environnementales élevées dans de nombreux pays, mais les politiques sous-jacentes et la composition des déchets sont différentes de celle d'Haïti.

« Le profil général des déchets urbains haïtiens est marginal pour la production d'électricité soit par combustion soit par digestion anaérobie combinée à la combustion du gaz. Ceci est dû à sa teneur élevée en humidité et à ses niveaux marginaux de plastique et de papier hautement inflammable », a-t-il fait savoir.

Pour Morton, selon des analyses économiques, la production de l'énergie à partir des déchets n’est pas techniquement compétitive par rapport à d'autres options moins complexes telles que l'énergie éolienne et solaire combinée avec le diesel, le mazout lourd ou les générateurs alimentés au gaz. Et que « rares sont » les projets visant à produire de l'électricité à partir de déchets qui sont réalisés dans d'autres pays pauvres comme Haïti.

Joseph Ronald Toussaint, ancien ministre haïtien de l’Environnement, informe que les ordures ménagères sont des matières organiques très propices au compostage. « Les déchets capables de produire du courant doivent contenir beaucoup de caoutchoucs et des plastiques qui ont un pouvoir calorifique. Je ne crois pas que nous avons des caoutchoucs en quantité. Nous n’avons pas de déchets en quantité comportant de fort pouvoir calorifique, si l’on tient compte de la composition des déchets d’un ménage urbain type », entonne-t-il.

Pour sa part, René Jean-Jumeau, ex-ministre haïtien délégué à la sécurité énergétique estime que les caractéristiques des déchets dépendent de leur provenance : industrielle, municipaux, agricoles, etc. Ainsi, s’avère-t-il plus rentable de faire autre chose avec les déchets municipaux qui ont souvent une forte composante organique et humide. On peut en faire du compost pour l’agriculture et produire du méthane (un gaz combustible qui peut être utilisé dans des moteurs de véhicule ou de génératrice).

« Cependant, le fait d’avoir un projet qui a besoin des déchets comme intrant, est une incitation à sa collecte », nuance celui qui est actuellement directeur exécutif de l’Institut haïtien de l’Energie (IHE). Pour lui, un projet visant l’incinération des déchets est possible théoriquement. Toutefois, il note certaines contraintes importantes qui sont souvent ignorées.

 

« Il n’est pas rentable de collecter et brûler les déchets municipaux, même si on produit de l’électricité à partir de la combustion. Aussi, il existe un risque d’émission de gaz et de cendres toxiques avec la combustion des déchets. Différentes technologies de combustion produisent différents niveaux d’émissions, mais il y a un coût supérieur associé à une production moindre d’émissions », conclut Jean-Jumeau.

Le Projet Phoenix dans ses œuvres !

 

Des cendres du tragique séisme de 2010, dont le pays porte encore les cicatrices, a émergé Phoenix, un projet visant la production de 30 à 50 mégawatts d’électricité à partir des déchets municipaux collectés, traités et gérés venant de 7 communes de la région métropolitaine et des villes environnantes. Il est développé par un consortium rassemblant des entreprises haïtienne, américaine, espagnole et anglaise dirigé par la société privée américaine, l’International Electric Power (IEP) basé à Pittsburgh.

Ce projet ambitieux vise « à rationaliser le ramassage d’ordures et les traiter de manière à séparer ce qui est recyclable et procéder à l’incinération de ce qui n’est pas réutilisable ». De cette incinération, générer de l’électricité à partir d’une centrale thermique. Etalé sur une période de 30 ans, il concerne une région où vivent plus de 3 millions d’habitants soit 1/3 de la population haïtienne. Progressivement, il veut remplacer le charbon par la « valorisation énergétique des déchets ».

Dans ledit projet qui coûtera entre 250 à 300 millions de dollars américains, l’Etat haïtien détient seulement 10% des actions. Il prévoit initialement la collecte de 1 640 tonnes de déchets par jour et la création de plusieurs dizaines d’emploi.

Selon plusieurs autorités haïtiennes, le projet Phoenix est vicié dès le départ. Joseph Ronald Toussaint, ex-ministre de l’Environnement, dit avoir rencontré ses tenants. Selon ce qu’on lui a présenté, l’énergie pour le fonctionnement de l’incinérateur devrait provenir du lignite. Il assure qu’il y avait d’innombrables interrogations auxquelles les responsables ne pouvaient pas répondre à tel point qu’ils se sentaient agacés par les questionnements d’ordre environnementaux.

Le projet présentait des complications au point de vue environnemental et financier, selon les bailleurs de fonds comme les Etats-Unis, la Banque Mondiale (BM) et la BID. Les reproches étaient que le projet d’incinération est contraire aux expectatives de protection de l’environnement. Aussi, la communauté internationale qui s’opposait systématiquement au projet, estimait qu’il n’était pas opportun de dépenser autant d’argent pour un projet qui n’allait pas générer autant en termes d’électricité.

« Après l’intervention des principaux acteurs du projet, on a reçu une note du gouvernement américain qui n’avait plus d’objections pour faire avancer le projet », a révélé Me Salim Soucar, avocat au sein du Cabinet Lissade, qui fournit des services juridiques au projet. « L’importation du charbon pour produire serait l’une des objections du gouvernement américain, c’était une alternative qui allait être progressivement remplacé par des détritus de qualité. Il faut quand même commencer quelque part ».

A en croire l’IEP, l’actionnaire principal et développeur en chef du projet, le scénario de l’exploitation du lignite est totalement écartée en raison de sa forte teneur en soufre, son caractère dangereux pour l’environnement et de l’incapacité du gouvernement à bien contrôler son exploitation.

A l’heure actuelle, avec le changement de stratégies des tenants de Phoenix, l’ex-ministre Toussaint qui dit n’avoir pas endossé Phoenix, prévient qu’il faut mettre le cap sur d’autres questionnements, arguant que l’Environnement n’est nullement contre le développement.

« Si on enlève le scenario comportant le lignite, c’est par rapport à des considérations liées au changement climatique et à la santé humaine et en réaction aux pressions de l’agence américaine que celles des autorités haïtiennes », a confié Toussaint. A titre de consultant en Environnement et Développement Durable à la Primature (septembre 2013- juin 2014), il dit avoir déconseillé le premier ministre Laurent Lamothe d’entrer dans la logique de Phoenix.

 

« Nous devons savoir si c’est un incinérateur de dernier cri et relativement à l’émission des cendres, les dispositions au niveau technologiques qui seront prises. Il y’a des préoccupations exprimées qui exigent les auteurs d’un projet à venir avec des mesures de mitigation et d’atténuation environnementale appropriés. Nous devons concilier les intérêts économiques, écologiques et sociaux ».

En septembre 2014, le Programme des nations unies pour l’Environnement (PNUE), qui intervient activement dans les secteurs de l'énergie et de la gestion des déchets en Haïti depuis 2010, a publié un rapport de 188 pages examinant la proposition du projet Phoenix et a relevé un total de 22 préoccupations, risques, incertitudes et possibilités d'amélioration dont 14 freins qui peuvent complètement l’arrêter. « Bon nombre de ces problèmes échappent au contrôle du consortium Phoenix et relèvent de la responsabilité du gouvernement haïtien », mentionne le rapport.

Cependant, selon ce même document, la qualité et la quantité des déchets haïtiens qui serait trop humide, constitue une complication. Pour la combustion, qui est la technologie de Phoenix, les déchets ont un pouvoir calorifique relativement faible. Car ils ont à la fois une teneur élevée en matière organique et une forte teneur en eau, insiste le PNUE qui ajoute qu’une énergie considérable est perdue dans la chaleur d'évaporation des matériaux humides. Il faudra donc soit un prétraitement important des déchets, soit un système bicombustible, conseille-t-il.

Cette dernière pointe du doigt l’EDH.

 

Aujourd’hui encore, le problème soulevé il y a trois ans persiste. Selon les conclusions du document, l’ampleur et les répercussions du mauvais fonctionnement de l’EDH empêchent la mise en œuvre du projet. 

 

En termes d’innovation, le PNUE affirme que l’implémentation du projet pourrait réduire les coûts moyens de production d'électricité de l’EDH, améliorer la stabilité du réseau, réduire considérablement le délestage, offrir une alternative moins coûteuse et moins polluante aux milliers de générateurs de secours qui produisent de l’électricité hors réseau, en fournissant jusqu’à 50 MW de puissance.

Phoenix un projet compliqué ?

L’intérêt véritable de ce projet, n’est pas la production d’électricité, a fait remarquer René Jean-Jumeau, ancien ministre délégué à la sécurité énergétique qui connait parfaitement bien Phoenix et a travaillé dessus pendant qu’il était en poste. Pour lui, c’est la gestion des déchets de l’aire métropolitaine. « Vu l’état d’insalubrité des villes haïtiennes, l’État haïtien et les bailleurs de fond auraient gagné à collaborer pour aider à améliorer le projet Phoenix, dans le plus grand intérêt de la population et de l’économie haïtienne », révèle-t-il.

Il fustige le comportement de « certaines composantes de la communauté internationale et du secteur public haïtien » qui « ont combattu le projet, plutôt que de l’orienter pour arriver à une formule qui aurait bénéficié au pays ». « En dépit du fait qu’il ait été signé, aucune composante de ce projet n’a jamais pu être mise en œuvre, cinq ans plus tard », regrette Jean-Jumeau.

L’IEP a fait savoir que le consortium aurait déjà dépensé environ 7,585 millions de dollars américains dans le développement du projet entre mai 2010 et juin 2012.

 

En 2014, le PNUE a recommandé dans son rapport, entre autres de faire avancer le projet qui constitue un défi et de poursuivre son élaboration tout en préparant des mesures d'urgence au cas où il serait impossible de le mettre en œuvre dans des délais raisonnables.

 

Pourtant, depuis lors Phoenix semble ne pas trop bouger.

« Depuis la sortie de ce rapport, nous n’avons pas pu retourner sur la table de renégociation. Pour y revenir, il faut le vouloir du gouvernement haïtien. L’IEP est prête à exécuter le contrat signé uniquement sous la demande du gouvernement. L’Etat haïtien doit dire s’il accepte ou pas le rapport du PNUE. S’il le rejette, il doit nous dire le pourquoi », avance Alix Douyon vice-président d’IEP.

Du côté de l’Etat haïtien, c’est le silence depuis 2014.

Le responsable dit ignorer les motifs de ce comportement affiché par l’Etat haïtien vis-à-vis de Phoenix. Douyon affirme être d’accord avec les recommandations du rapport du PNUE. Cependant, il croit que « pour l’implémentation de ces recommandations, il faut la présence du gouvernement haïtien. Les fonds qui étaient disponibles, le sont toujours si on nous invite à une réunion de renégociation », a-t-il ajouté, rappelant que par ailleurs ce contrat doit être renégocié d’après les recommandations du PNUE.

 

Haïti constitue un terrain vierge en ce qui a trait à la question énergétique.

 

Parler d’énergie, c’est faire allusion à non seulement l’électricité, mais aussi, les produits pétroliers, le bois de feu et le charbon de bois. Dans le domaine de l’Energie, en particulier de l’électricité, il y a nécessité de définir pour le pays, une véritable politique énergétique adoptée officiellement et approuvée par les populations, d’un cadre légal approprié, d’institutions dédiées exclusivement à l’énergie, d’impliquer le secteur privé, d’attirer les investisseurs, mais aussi, utiliser le potentiel du vent et du soleil pour redorer le blason énergétique de ce pays qui a été le premier à être électrifié dans la région des Caraïbes durant le premier moitié du 20e siècle.

Port-au-Prince, HAITI

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