Endométriose, un nouveau fléau féminin en Haïti ?  

Endométriose, c’est une maladie intimement féminine. Sur chaque 10 femmes, 1 en souffrirait. Elle fait souffrir les femmes qui en sont atteintes et les détruit à petit feu. Ce cancer qui ne tue pas, est bel et bien présent en Haïti. 

 

« La situation actuelle, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes femmes en âge de procréer qui souffrent de l’endométriose en Haïti », confie Evans Vladimir Larsen, médecin gynécologue, lors d’une entrevue réalisée en 2017, reprise par Enquet’Action.

 

 

Entrevue exclusive

Port-au-Prince, HAITI, 7 mars 2020 ---  Endométriose, c’est une maladie intimement féminine. Sur chaque 10 femmes, 1 en souffrirait. Elle fait souffrir les femmes qui en sont atteintes et les détruit à petit feu. Ce cancer qui ne tue pas, est bel et bien présent en Haïti. 

 

« La situation actuelle, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes femmes en âge de procréer qui souffrent de l’endométriose en Haïti », confie Evans Vladimir Larsen, médecin gynécologue, lors d’une entrevue réalisée en 2017, reprise par Enquet’Action.

Enquet’Action (EA) : C’est quoi l’endométriose ? 

 

Evans Vladimir Larsen (EVL) : L’endométriose une maladie qui concerne notamment les femmes en âge de procréer (fanm ki gen laj pou fè pitit). D’abord, c’est quoi l’endométriose pour que les gens puissent mieux comprendre ce que c’est ? C’est tout simplement la présence de tissus endométriaux en dehors de la matrice, en dehors de l’utérus. Nous disons en dehors de l’utérus, c’est parce que celui-ci est tapissé par ce tissu qu’on appelle endomètre. Pour des raisons quelconques, on peut avoir ce tissu qui va se retrouver en dehors de la matrice. Ça peut être dans le col, les ovaires, la trompe voire les poumons. 

C’est anormal d’avoir la présence de ce tissu en dehors de la matrice parce que c’est un tissu qui subit l’influence des hormones et qui chaque mois produit ce qu’on appelle les règles. Maintenant, sa présence en dehors de l’utérus va causer des problèmes au niveau de l’individu qui en souffre. Parce que tout simplement, même s’il (le tissu endométrial) se retrouve à l’extérieur, il subit encore l’influence des hormones et malheureusement le sang ne pourra pas s’évacuer. 

Du coup, la personne va avoir des symptômes. La plupart du temps, la personne va présenter des douleurs à chaque règle. Parfois, il y a des gens qui vont avoir des douleurs dans une zone quelconque. Ou encore, il y en a qui chaque mois, pourrait même cracher du sang. Ça dépend de l’endroit où se trouve le tissu endométrial. Il y a des personnes qui chaque mois aperçoivent une petite boule au niveau du ventre, parce que tout simplement, il y avait des tissus endométriaux qui se retrouvent dans cette partie du corps. Chaque mois, on voit, la boule qui gonfle,monte, descend, etc. C’est toujours en rapport avec l’endométriose ou encore la présence de tissus endométriaux dans cette zone.

 

EA : Vous avez des chiffres par rapport à la quantité de femmes qui en souffrent ?

EVL : Les femmes haïtiennes sont à peu près comme les femmes qui sont à l’étranger.Elles ne sont pas différentes de celles de l’étranger. Il y a une bonne quantité qui souffre de ce problème. Statistiquement,on ne peut pas donner des chiffres exacts. Puisqu’il y a une insuffisance d’enregistrement de ces cas. Néanmoins dans la pratique institutionnelle, je pourrais dire que ça représente environ 10% des femmes en âge de procréer. Ou encore sur chaque 10 femmes en âge de procréer, il y a au moins une d’entre elles qui peut avoir ce type de problème.

 

EA : Faut-il s’alarmer par rapport à cette situation ?

EVL: S’alarmer c’est un gros mot. La seule chose, il faut une éducation. Il faut de l’information pour que les femmes en âge de procréer se fassent dépister. Dépister dans le sens que –certainement, il y a des femmes qui dans la routine ont des douleurs a chaque fois qu’elles vont avoir leurs règles ou bien pendant toute la durée de leurs règles. Ça peut être une banalité. Comme ça peut être aussi de l’endométriose. 

Avec le temps, l’endométriose se développe. Cela peut provoquer des situations très compliquées. Et peut même affecter la vie reproductive de la femme notamment qui aura véritablement de très grandes difficultés à pouvoir donner naissance à des enfants. Parce que tout simplement à cause de l’endométriose, elle peut avoir des difficultés pour ovuler, comme elle peut avoir des obstructions au niveau des trompes empêchant la rencontre entre les spermatozoïdes et l’ovule. C’est quand même une préoccupation pour ces femmes qui sont en âge de procréer. D’où la nécessité de faire des consultations pour que le médecin puisse détecter à temps les signes et aider ces femmes à anticiper les complications sévères. Même si on ne peut pas réellement traiter l’endométriose en soi.

Ça me permet d’introduire ce qui serait à la base de l’endométriose. Il y a ce qu’on appelle endométriose secondaire et l’endométriose primaire. L’endométriose secondaire c’est par exemple le cas des femmes qui développent cette maladie à la suite d’une intervention, d’un curetage, d’une césarienne ou de toute autre intervention au niveau du ventre. En effet, ces interventions auraient occasionnées des migrations, des déplacements ou encore l’implantation du tissu endométrial en dehors de la cavité utérine. Mais il y a aussi d’autres situations. 

La situation la plus courante c’est que du point de vue théorique ce serait des femmes qui auraient des menstruations rétrogrades, c’est-à-dire qu’elles ont leur règles régulièrement mais une partie du sang qui doit s’écouler ou s’évacuer remonte au niveau des trompes au lieu de descendre et provoque l’implantation du tissu au niveau des trompes ou même dans la cavité abdominale. 

D’autres fois, il y a des théories qui parlent - et là c’est encore plus sérieux - d’une métaplasie où ce n’est pas l’endomètre qui est sorti de sa place, mais un autre tissu qui s’est transformé en un tissu endométrial. Et là certainement, même si on fait un traitement dans le sens qu’on détruit ces cellules, on ne peut pas avoir la garantie que la personne ne va pas recommencer à avoir cette anomalie. Et c’est difficile de bloquer ça. Alors que si c’est secondaire et qu’on arrive à identifier ces implants, on peut les détruire. Et si on les détruit, soit chirurgicalement, soit à partir de médicaments, on peut quand même espérer que ça va s’arrêter. 

 

EA : Est-ce qu’il y a des diagnostics qui se font constamment en Haïti ?

EVL : Ce n’est pas seulement en Haïti, mais dans le monde. Malgré le développement de la médecine, l’endométriose reste un challenge pour les gynécos. Ce qui veut dire que ce n’est pas facile à détecter. On se base le plus souvent sur la suspicion, en fonction de la clinique. Une personne qui a des difficultés par exemple pour tomber enceinte et qui a des règles douloureuses, automatiquement on va penser à l’endométriose même si on ne voit pas les implants. Néanmoins, c’est préférable de faire le diagnostic. Ce dernier se fait la plupart du temps à partir de la cœlioscopie. Est-ce qu’on peut faire la cœlioscopie en Haïti ? La réponse est « oui ». Est-ce que c’est accessible à tout le monde ? Non. Dans les pays où le système de santé est plus organisé, c’est un moyen de diagnostic et même de traitement qui est accessible à une grande partie de la population. En Haïti, ce n’est pas le cas. En Haïti, c’est quand même un luxe. Ce n’est peut-être pas accessible, mais c’est disponible.

 

EA : Vous avez déjà réalisé des opérations en rapport avec l’endométriose en Haïti ?

EVL : Oui j’en ai fait (des opérations en rapport avec l’endométriose). Ce sont des cas compliqués. Parce qu’on ne souhaite pas opérer quelqu’un pour des difficultésd’endométriose. Même quand on fait le traitement, c’est pour soulager. On n’est pas sûr de pouvoir tout enlever, tout détruire. Mais ce sont les gens qui ont vraiment des adhérences avec des collections et même des kystes énormes et qui ont de fortes douleurs. On peut être amené à les évacuer pour libérer les trompes ou encore pour drainer les kystes parce que cela provoque de fortes douleurs et ça nuit à la personne. Cependant, on aurait préféré intervenir sur des endométrioses qui  sont à leur début. Pour faire ce diagnostic, ce n’est pas une chose facile. Parce que quand c’est plus compliqué, même à l’aide de l’échographie on peut faire le diagnostic. L’échographie est pratiquement accessible à une bonne partie de la population. Mais la cœlioscopie ne l’est pas encore. 

 

EA : Est-ce que la femme haïtienne consulte un médecin pour ses règles douloureuses ?

EVL : Oui et non. Quelqu’un qui dans sa famille à l’habitude d’avoir des règles douloureuses, sa mère et /ou sa sœur en souffraient, c’est certain que cette personne ne va pas choisir d’emblée d’aller consulter. On va se dire que c’est familial. On est habitué. La personne s’accommode avec ça. Cependant, on consulte lorsque la douleur devient sévère ou encore il y a une certaine catégorie de femmes qui, automatiquement qu’elles ressentent des douleurs à chaque règle, elles vont consulter des médecins pour savoir ce qu’il en est. Comme je l’ai dit, ce n’est pas toujours de l’endométriose, mais toujours est-il, il faut y penser.

 

 

EA : Présenter des douleurs de règles depuis la puberté, vous dites ? C’est le cas en Haïti ?

EVL: Oui, tout à fait. Elles peuvent présenter ces douleurs au moment des règles depuis qu’elles commencent à avoir leur menstruation. Parce que, comme je l’ai dit, c’est quelque chose qui est en rapport avec ça. Cela ne veut pas dire nécessairement que c’est de l’endométriose qui a débuté directement avec la puberté. Ce n’est pas nécessairement de l’endométriose. C’est peut-être une dysménorrhée. La dysménorrhée peut être primaire pour d’autre cause qui n’est pas de l’endométriose. Donc du coup, il faut éviter cette confusion. Quelqu’un qui aurait déjà des douleurs à la puberté, même si elle vient consulter, ce n’est pas garanti qu’on va découvrir une endométriose. Parce qu’il faut quand même un certain temps de développement pour pouvoir faire le diagnostic. 

 

EA : Pourquoi ça prend plusieurs années avant de pouvoir diagnostiquer la maladie ?

EVL: Ben oui, c’est parce que, comme je l’ai dit, ce sont des cellules qui se mettent dans des endroits différents, il faut qu’il y ait un certain développement avant qu’on puisse les visualiser. La personne peut ressentir de la douleur, on regarde, on cherche et on ne voit rien, même quand on fait une cœlioscopie. On ne voit rien pourtant la personne a des douleurs. Parce qu’on peut avoir des hémorragies vraiment à l’état microscopique.  Maintenant, c’est avec le temps, le développement et l’accumulation qu’on va commencer à observer des nodules qui seront beaucoup plus apparents, qui vont devenir des kystes, qui vont donner des adhérences. Là, les choses se compliquent et ça devient de plus en plus évident.

 

EA : Est-ce que ça veut dire que c’est une maladie mystérieuse ?

EVL : Il n’y a pas de mystère. C’est vrai qu’en Haïti très souvent, il y a beaucoup de folklore à chaque fois qu’il y a un problème qu’on n’arrive pas à bien cerner. Ce n’est pas une maladie mystérieuse. C’est une maladie comme n’importe quelle autre maladie. J’ai expliqué comment ça se développe. C’est vrai que du point de vue théorique, il y a encore des études qui sont en cours autour de cette problématique. Mais c’est tout simplement un médecin, un gynéco qui connait les symptômes et qui sait comment se manifeste la maladie qui la plupart du temps, peut faire le diagnostic. Comme je l’ai dit, c’est un diagnostic qui se fait à la clinique, à partir de certaines données. Et, on a la suspicion, on y pense et on commence à faire un traitement et si le traitement réussit, cela veut dire que c’était de l’endométriose. Déjà, dans l’espace de trois mois, on peut se faire une idée de la situation de cette personne.

Mais, en même temps, on ne peut pas garantir à la personne que le traitement qu’on a fait soit un traitement définitif. Parce que ça dépend de la cause. Parce que, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, les histoires de métaplasie, dans ces cas-là, on peut soulager la personne pour un certain temps, mais ça va revenir. Et si la personne a la chance que ce soit une endométriose secondaire à une chirurgie ou suite à des règles qui seraient rétrogrades, on fait le traitement. Et dans la mesure où il n’y a plus de règles rétrogrades, dans la mesure où il n’y a plus d’exposition ou de chirurgie dans le petit bassin, alors on reste tranquille, on sait que ça été traité définitivement. Ok !Dépendamment de la cause, le traitement peut être définitif ou on peut avoir un traitement purement symptomatique ou temporaire.

 

EA : Est-ce qu’il n’y a pas une carence d’informations en Haïti ?

EVL: N’oublie pas qu’on est en Haïti, il y a un déficit d’éducation. Les informations ne circulent pas. On préfère les « zens », les histoires conjoncturelles, les commérages plutôt que de rentrer dans une politique d’informations, d’éducation sanitaire pour permettre à la population de mieux se comporter, de mieux se protéger. Ce qui fait le plus souvent l’actualité, ce sont les histoires politiques, les commérages. C’est plutôt ça. Donc, du coup il n’est pas étonnant que ce type d’informations ne soit pas populaire.

 

EA : En Haïti, est-ce qu’il n’y a pas de carence de professionnels pouvant accompagner les personnes souffrant de l’Endométriose ?

EVL : La réponse sera un peu nuancée. Normalement tout gynécologue devrait pouvoir tout au moins dépister la maladie et contribuer à en faire le diagnostic ou même à la traiter. Bien entendu, on peut être amené dans les cas les plus sévères à faire appel à des gens qui sont hyperspécialisés – qui sont dans les sous-spécialités. Maintenant, le problème peut se poser dans le cadre de la formation et ceci ne concerne pas spécifiquement l’endométriose, ça peut concerner la formation médicale en soi. Ça c’est un autre débat…

 

EA : Que pensez-vous des femmes atteintes qui font le tour des hôpitaux en quête de soulagement ?

EVL : Je ne peux pas prendre le tourisme médical pour un fait accompli pour dire qu’il n’aurait pas de gens spécialisés. (…) Peut-être que les médecins qu’elle a déjà rencontrés n’étaient pas qualifiés. Donc, ne seraient pas compétents dans la matière, etc. C’est une première chose. La deuxième chose, c’est peut-être que sa maladie est arrivée à un stade où un gynécologue – généraliste ne peut pas faire grand-chose. Ou encore, on peut lui proposer certaines choses - comme des traitements ou encore des médicaments - qui ne lui seraient pas accessibles par rapport à ses moyens … je ne peux pas me faire vraiment une idée exacte de sa situation. 

La seule chose que je peux dire c’est que : Le traitement en matière d’endométriose est difficile, il faut de la patience, il faut de l’engagement et ça demande du temps. Il faut quelque part que la personne puisse se stabiliser aussi, parce qu’on peut commencer, on n’a pas encore de résultat et on change. C’est comme si on revient au point de départ. Mais pour les professionnels.les je pourrais dire… les professionnels.les qu’elles auraient consultés sont obligés aussi de lui expliquer les fins fonds de la pathologie. Parce que je pense aussi qu’il y a en ce sens un problème d’éducation qui n’a pas été faite. Ce qui expliquerait qu’elle soit obligée de changer de médecins à chaque fois. Donc, il y a un travail au niveau des professionnels.les aussi qui doit être fait, mais moi ce que je conseillerais à la patiente, c’est quelque part de se stabiliser.

 

EA : Quels sont les hôpitaux et centres de santé habilités à accompagner une personne atteinte de l’endométriose en Haïti ?

EVL : Toutes les maternités. Tous les centres où l’on reçoit en consultation gynécologique devraient être à même de soulager et d’accompagner une femme atteinte de l’endométriose. Bien entendu, comme en Haïti les choses ne sont pas standardisées, donc il faut prendre ça avec un peu de réserve. Cependant, dès qu’on dispose d’un centre avec des facilités de consultation gynécologique, on devrait pouvoir accompagner une femme. Mais maintenant si le cas nécessite effectivement une laparoscopie, disons la cœlioscopie ou encore des traitements un peu plus poussés, c’est à ces professionnels de référer. Il n’y a aucun complexe à référer une patiente à un autre qui est beaucoup plus compétent ou qui a beaucoup plus de moyens pour soigner la personne. Pour moi, c’est la personne qui compte, ce n’est pas vous en tant que professionnel.le. S’il y a quelqu’un qui est mieux équipé, qui peut faire une meilleure prise en charge pourquoi pas ne pas se référer ?

 

EA : Quels sont les outils de diagnostic ou examens radiologiques disponibles en Haïti ?

EVL : Il y a l’échographie, c’est l’imagerie. Deuxième élément c’est la laparoscopie et la cœlioscopie – que ce soit en Haïti ou ailleurs, c’est ce qu’on fait. Ces deux outils sont disponibles en Haïti. Le premier outil c’est la clinique et ça, on l’a. Maintenant on peut se faire aider par l’échographie ou encore la cœlioscopie. Parce que la cœlioscopie donne l’avantage non seulement de voir, mais de pouvoir détruire les nodules. Et puis la cœlioscopie très précoce permet de les voir avant même que les femmes présentent les complications à l’état vraiment très petits. Des nodules assez petits on peut les traiter. Alors que l’échographie peut ne pas pouvoir les identifier. 

 

EA : L’outil de diagnostic le plus efficace - la cœlioscopie -  est-elle accessible à tous ?

EVL: C’est disponible. Ce n’est peut-être pas accessible à tous. Pour ne pas dire ce n’est pas accessible. C’est donc à l’Etat de résoudre ce problème. Ce n’est pas à celui qui a fait un investissement privé. Le matériel coûte, il ne peut pas mettre gracieusement son matériel à la disposition de tout le monde. C’est à l’Etat d’investir pour avoir des centres tout à fait équipés qui puissent permettre à ce qu’une grande majorité de gens ait accès à ces soins.

 

EA : Il y a nécessité d’avoir des organisations qui promeuvent ?

EVL : Il n’y a aucun problème. Ces organisations, ce sont des femmes qui souffrent de l’endométriose qui se sont organisées. C’est comme des consommateurs qui s’organisent. Pour le cancer, comme pour l’endométriose – ce sont des maladies- les gens s’organisent – les patientes qui ont été traitées ou qui ont subi les affres de ces genres de pathologies… Pourquoi pas ? Au contraire ça aide encore à vulgariser, il n’y a aucun problème à cela. Nous autres, de notre côté, on fait de l’enseignement là-dessus, on fait de la formation et on partage de l’information. On nous interpelle sur l’avortement, la planification familiale. A n’importe quel sujet, quand on nous interpelle, on le fait. On n’a pas de problème pour participer ni pour contribuer à l’éducation du grand public lorsque nous sommes sollicités.

EA : A votre avis, est-ce que l’endométriose ne constitue pas un problème de santé publique ?

EVL: Quand on parle de problème de santé publique, c’est un problème statistiquement significatif, un problème qui concerne une grande partie de la population avec des impacts. Je dirai oui c’est un problème de santé publique quelque part, mais il y a tellement de priorité ici. Il y a tellement de problèmes qui concernent la population que jusqu’à présent on n’arrive pas à adresser que j’ai des doutes sur l’opportunité d’intégrer l’endométriose dans les priorités de santé publique. Même si du point de vue théorique et statistique, j’aurais tendance à dire oui c’est un problème de santé publique. Mais je le dis avec un peu de réserve dans le sens que si je devrais choisir, je ne prendrais pas l’endométriose en premier. J’irais dans les cancers du col, les cancers du sein et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles). Si je prends la gynéco, j’irais dans les problèmes d’insalubrité, des problèmes d’eau potable, j’en passe… le problème de l’avortement qui est pénalisé, les problèmes des accouchements qui doivent être accessibles, le problème de la pré-éclampsie qui tue les femmes, les problèmes d’hémorragie… il y a tellement de priorités dans ce champs… L’utilisation des méthodes de PF (Planification familiale), les grossesses précoces, la violence sexuelle... Pour moi ce sont des priorités.

 

Dans la liste que je viens de citer, l’endométriose ne saurait être priorisée sur aucune de ces pathologies parce qu’elles sont beaucoup plus dramatiques que l’endométriose.Mais, effectivement ça donne des douleurs, ça pose des problèmes notamment des problèmes de fertilité par exemple, puisque ça concerne un volume assez conséquent de femmes en âge de procréer.Certainement ça peut faire partie de la liste. Mais disons que je ne peux pas encore la classer…

 

EA: A votre avis, quelle est la part de responsabilité des autorités étatiques dans la lutte contre des maladies qui touchent les femmes ?

EVL : Tout problème de santé publique doit être adressé par les autorités de l’Etat. Ça, c’en est un. La deuxième chose, ce que je dirais, c’est que l’Etat a pour obligation de permettre à l’ensemble de la population d’avoir accès à des soins de qualité. Ça veut dire que, même pour faire le diagnostic de l’endométriose, comme je l’aidit, l’un des moyens standard c’est lacœlioscopie…  L’Etat devrait permettre à ce que les hôpitaux soient équipés de cet outil afin de pouvoir faire le diagnostic et à un coût très accessible de manière à ce que les gens qui en ont besoin puissent l’utiliser. L’Etat doit permettre à ce que le minimum soit accessible à toute la population, parce que nous n’avons même pas le minimum. 

 

EA : Des outils destinés aux suivis médicaux liés à l’endométriose sont-ils disponibles en Haïti ?

EVL: Il y a des essais. Il y a des tentatives. A Mirebalais, ils en ont (…). A l’hôpital général (Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti), ils en ont un, mais ils ne vont pas l’utiliser systématiquement pour l’endométriose. Ils vont l’utiliser pour autre chose. Parce que les intrants, le matériel… ça a un coût. Du coup, on priorise les pathologies qui vont causer beaucoup plus de problèmes. Ils vont négliger un peu l’endométriose. C’est dire que ce n’est pas la priorité des priorités. Il y a d’autres qui seraient plus prioritaires. 

Bien entendu, même en termes d’exercice, même en termes d’apprentissage, c’aurait été une bonne chose de l’utiliser pour le dépistage d’une endométriose. Parce que même quand on regarderait et qu’on n’en trouverait pas, mais dans la routine, ça faciliterait la formation des prestataires. Donc, si l’Etat le pouvait, j’encouragerais même les institutions publiques à se doter de ce matériel. Mais n’oublie pas que se doter est une chose, l’utilisation c’est une autre chose. Parce que même quand il y a des gens qui auraient de la formation… Mais il faut pour que ça reste accessible, quelque part que les intrants soient subventionnés, que l’électricité soit accessible et n’endommage pas ce matériel sensible. Et quand on prend l’expérience au niveau de l’hôpital général, la plupart du temps, avec cette instabilité au niveau de l’électricité, ça endommage le matériel, même quand on en a. Ça donne des problèmes. Les gens qui l’utilisent en privé sont obligés et c’est assez couteux, ils sont obligés de prendre assez de précaution pour ne pas endommager le matériel.

 

EA : Quels sont les conseils que vous aimeriez donner aux femmes qui souffrent de règles douloureuses ?

EVL : Je leur dirais de ne pas rester à la maison, de se faire consulter parce que les douleurs pendant les règles peuvent avoir une origine essentielle c’est-à-dire constitutionnelle auquel cas on est obligé de lui donner des médicaments à vie et tout le temps. Comme elles peuvent aussi avoir ces douleurs, et ces douleurs sont liées à une maladie, une cause secondaire auquel cas la cause secondaire peut être traitée. Et, elles n’auront plus de douleur. Et particulièrement, étant donné que les douleurs pendant les règles en grande partie des cas sont causées par l’endométriose, si elles se font traiter assez tôt, ça peut les empêcher ou bien retarder les conséquences qui sont beaucoup plus sévères notamment sur leur vie reproductive. Donc du coup, la meilleure attitude c’est d’avoir des consultations chez des professionnels compétents.

J’ai bien dit. Il y a des fois que ça peut être constitutionnel. Quand c’est constitutionnel, il suffit seulement donner des médicaments, c’est tolérable, etc. Mais d’autres fois, il y a une cause spécifique. Et s’il y a une cause, il fautla traiter. Donc la démarche, c’est de voir un professionnel.le compétent.e et maintenant ce.cette professionnel.le compétent.e va faire les démarches pour voir dans quelle catégorie se situe la personne. Si à partir des investigations, on trouve que c’est essentiel et qu’on n’a pas trouvé de cause, donc certainement, il y a plutôt un accompagnement symptomatique. Si on trouve une cause, on doit la traiter.

Parfois, c’est une simple infection que la personne traine depuis un certain temps. Et même l’infection peut vous donner ça. Et parfois, c’est quelqu’un qui a un problème de fibrome. Qu’il y a un utérus qui n’est pas bien formé, qui a une déformation et qui lui donne des douleurs. Parfois aussi, c’est de l’endométriose. Donc, il y a beaucoup de causes.Et quand on retrouve la cause, on soigne. Quand on n’en retrouve pas, on fait un traitement symptomatique. Ce sont des médicaments qu’on donne à la personne à chaque fois qu’elle a ses règles. Ça c’est une stratégie. On peut être aussi amené à mettre cette personne sous pilule contraceptive pour essayer de l’accompagner. Il y en a d’autre, c’est un problème cervical. A ce moment-là, nous ne sommes plus dans la logique de traitement symptomatique. Mais le traitement symptomatique c’est donner des conseils, prescrire des analgésiques que la personne doit utiliser périodiquement ou encore on met la personne sous méthode de planification pendant un certain temps. Et à ce moment-là, elle va être soulagée.

 

EA : Où trouver les professionnels capables de traiter la pathologie ?

EVL : En principe, ils sont partout. On peut les trouver dans les maternités. On peut les retrouver dans les institutions publiques comme dans les institutions privées. La seule chose, il n’y a pas d’Ordre médical pour s’assurer de la discipline, pour s’assurer qu’effectivement tous les professionnels qui sont sur le marché sont compétents. Donc, ce qui veut dire qu’il y a le risque aussi de se retrouver face à des gens qui n’ont pas toute la compétence. Soit pour exercer, soit pour vraiment accompagner. Ceci existe partout dans le monde, des professionnels.les qui ne seraient pas compétents.es. Sauf qu’en Haïti, il y en a beaucoup. Etant donné qu’il n’y a pas de contrôle. Du coup, on demande à la population de se renseigner, étant donné que l’Etat ne prend pas ses responsabilités. Donc, il faut que les gens se renseignent pour pouvoir trouver les professionnels.les qui sont compétents.es qui sont sur le marché. 

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