Premières dames en Haïti : À grand pouvoir et grandes responsabilités, aucune loi !

 

De 1804 à nos jours, Haïti a connu environ une cinquantaine de Premières dames. Certaines activement impliquées sur la scène sociopolitique, refusent d’assumer un rôle symbolique, d’autres totalement effacées, se cantonnent à un rôle de maîtresse de maison... En deux cent ans de ''République'', les lois haïtiennes n’ont jamais abordé le statut des « Premières dames ».

Enquête

Port-au-Prince, HAITI, 26 novembre 2019 ---  Marie Etienne Martine Joseph Moïse est l’actuelle Première dame en Haïti, épouse du président Jovenel Moïse, investit dans son poste depuis le 7 février 2017.

 

Très active sur la scène sociale, Martine Moïse a fait de l’émancipation des femmes, de la petite enfance et la santé son cheval de bataille. Seule ou aux côtés de son mari, elle organise des activités et entreprend visites et voyages officiels. Elle inaugure des centres hospitaliers et organise des distributions de jouets, kits scolaires et/ou alimentaires à l’occasion.

 

« Les Premières dames en général, travaillent dans le social, la santé et participent dans des activités sur invitation. Je les ai toujours vues accompagnant le président dans des activités officielles », confie une source proche du Palais National requérant l’anonymat. Elle y travaille depuis un bon bout de temps et a vu passer plusieurs d'entre elles.

 

La Première dame dispose d’un bureau au Palais National, avec un personnel dédié (photographe, secrétaire, chargé de communication…).  Exempté d’un budget propre, ce bureau vit au dépend de celui de la présidence qui « prend en charge ses dépenses ».

 

Pour s’enquérir autour de son fonctionnement et des allégations autour de celui-ci, Enquet’Action a sollicité une entrevue auprès des responsables. Ni la Présidence, ni le Bureau de la Première dame n’ont donné suite aux demandes d’entretien d’Enquet’Action.

 

Au regard des initiatives entreprises et menées par la conjointe du Président, le public est en droit d’avoir des réponses à ses questionnements : quelle est la fonction de l’épouse du Président ? Quelles sont les limites ?

 

Une opacité totale demeure autour du bureau de la Première dame.

 

Le rôle, la mission, les devoirs, les attributions et les moyens au service des conjointes des présidents haïtiens ne font pas l’objet d’une communication officielle.

 

Les premières dames en Haïti …

 

Le terme ‘’Première dame’’ serait apparu dans les discours politiques haïtiens sous la dictature de François Duvalier entre 1957 et 1971. Autrefois, les termes : compagne, ou femme ou conjointe du président ou madame la présidente étaient d’usage pour parler des premières dames. L’utilisation de l’expression « Première dame » en Haïti puise son origine de l’influence sociopolitique de la France et des Etats-Unis.

 

« La Première dame joue un rôle éminemment social. C’est un poste de recours qui est d’une importance complémentaire stratégique pour le président. Ce rôle comporte ce que l’on pourrait appeler (…), l’administration de certaines affaires sociales du gouvernement de son mari », révèle Marlène Racine-Toussaint dans son texte Perspective historique du rôle de la première dame de la République d’Haïti publiée dans les colonnes du Journal of Haitian Studies du Center for Black Studies Research. https://www.jstor.org/stable/41715235?seq=1#page_scan_tab_contents

 

Dans ce texte où elle cherche à jeter un éclairage sur leur modus vivendi, tant dans la sphère privée que publique, l’autrice avance plus loin qu’il s’agit d’une « (…) fonction qui, loin d’être simplement supplémentaire, est au contraire un trait d’union, une indispensable charnière entre le président et le grand public, et plus précisément, entre le chef du pouvoir exécutif et les masses nécessiteuses ».

 

Les hôtesses du Palais National s’investissent généralement dans les questions liées à la santé, les droits des femmes et ceux des enfants. Ainsi voit-on, qu’elles participent voire président l’inauguration d’hôpitaux, visitent des centres hospitaliers, prennent part à des réunions de haut niveau sur la lutte contre certaines maladies voire les célébrations de journées mondiales visant à défendre certaines causes aux côtés des ministres et hauts cadres de l’administration publique ou d’instances internationales.

 

Ce choix s’expliquerait par la neutralité de ces champs d’intervention sociaux.

Les compagnes des présidents s’investissent aussi dans des œuvres caritatives. Ce, surtout au travers de leur ‘’fondation’’. Plusieurs, l’ont déjà fait. Michelle Bennett Duvalier (27 mai 1980- 7février 1986), Sophia Saint-Rémy Martelly (14 mai 2011- 7 février 2016) et Ginette Michaud Privert (14 février 2016 – 7 février 2017).

 

Sur les cinq dernières premières dames – quatre ont participé à des conférences internationales réunissant des premières dames et épouses des chefs d’Etat et de gouvernements dans le monde.

 

Le Forum des premières dames et épouses de chefs d’Etat et de gouvernements de la communauté Caraïbe (Caricom) et la conférence des premières dames, épouses et représentants des chefs d’Etat et de gouvernements des Amériques - en sont des exemples. Au cours de ces assises, généralement les participantes discutent notamment de la santé et des enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Première dame : un statut « illégal » ?

 

Dans le cadre de l’investigation conduite par Enquet’Action, l’on a déchiffré entièrement la Constitution de 1987 et les autres textes de lois haïtiennes. On a découvert qu’: aucune loi en Haïti n’a fait mention d’une fonction qui octroierait à la femme d’un président ou au conjoint d’une présidente, le titre de “Première dame” ou “Premier homme”. C’est le vide total au niveau juridique.

 

Donc, il n’existe pas de statut de première dame ou de premier homme dans la loi haïtienne. « La fonction de première dame n’existe pas en Haïti. C’est une chose qui a été créée par la coutume. La première dame n’est que l’épouse du chef de l’Etat. Ce qui veut dire qu’aucune prérogative n’y est attachée », précise l’historien Dr Georges Michel.

 

Les Premières dames des gouvernements provisoires, de transition ou de facto, ont joué un rôle très effacé. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, l’agenda chargé de ces gouvernements de transition, la durée de celui-ci et l’effacement de ces gouvernements. Nombreux.euses sont ceux.celles qui ne se souviendront pas qu’il existait une première dame appelée Célima Dorcely Alexandre entre le 29 février 2004 et le 15 mai 2006, encore moins de Carmen Jean François - première dame du 24 mai au 14 juin 1957.

 

« On lui donne un bureau et un budget calqué sur celui du fonctionnement de la présidence. Mais c’est une tolérance. Ce n’est pas établi par la loi. Ni par la Constitution. Ça n’existe pas. Ce n’est pas illégal, mais ce n’est pas formel. Car tout ce que la loi n’interdit pas est permis. Rien n’empêche qu’il y ait une première dame », nuance Michel.

 

D’autres personnes sont plus catégoriques. « Elles n’ont pas le droit de représenter le pays ailleurs, crache vertement Me Monferrier Dorval, professeur de droit constitutionnel à l’Université. Tu avances les faits, mais moi – je te dis les mots du droit. On n’a pas voté sa femme, mais plutôt le président. La loi ne prévoit rien pour elle. C’est une anomalie. Elles fonctionnent dans l’informel. On ne prévoit la fonction de première dame nulle part ».

 

Cependant, certaines premières dames ont joué un rôle majeur dans l’histoire d’Haïti. De Marie-Claire Félicité Bonheur, en passant par Marie Louise Coidavid Henry et Joute Lachenais pour arriver jusque vers Michèle Duvalier et Martine Etienne Joseph Moise, les Premières dames sont diverses, multiples et ont montré, chacune à leur façon, qu’elles avaient un rôle de plus en plus important à jouer dans la politique et au sein de la société haïtiennes. Même si l’on admet que certaines ont été plus ou moins effacées.

 

En termes d’exploits, à titre d’exemple, Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur a travaillé sur la Constitution de 1805. Elle a contribué à y faire insérer un article sur la protection de l’enfance.

 

Il y a une carence flagrante de documentations sur les dames du Palais National. Il est donc plus facile de trouver des informations sur les présidents que sur leurs conjointes. Mettre en relief ces figures féminines n’est pas l’apanage des historiens haïtiens. Pourtant, les conjointes des présidents ont laissé leurs empreintes indélébiles dans les annales de l’histoire de la présidence d’Haïti.

 

« Dans l’historiographie traditionnelle concernant la présidence d’Haïti, mention de manière élaborée n’est faite que des hommes. La participation féminine est évidemment occultée. Pourtant, les femmes aussi, font partie de ceux qui font l’histoire », regrette Marlène Racine-Toussaint dans Perspective historique du rôle de la première dame de la République d’Haïti, où elle – jette un éclairage important sur le modus vivendi des épouses des présidents dans la sphère privée que publique.

 

L’histoire est muette autant que les Constitutions qu’ont connues Haïti de 1805 à nos jours.

Le dilemme d’être première dame !

 

D’une Première dame, on exige l’élégance, l’ouverture d’esprit, de la classe et de la courtoisie. Elle ne peut être effacée sinon elle risque d’être taxée d’inutile et non à la hauteur. Mais quand elle s’autorise trop de pouvoir, est appelée à la retenue. Et, on se questionne sur la légitimité de ces initiatives. Ce qui les met sous les feux des critiques. Puisqu’elle est vue comme une figure apolitique, bienfaisante et humaine.

 

On attend tout d’elle et rien en même temps. A l’ère du numérique, elles sont plus que sous les feux des projecteurs. Chacune de leurs actions sont scrutées au peigne fin. C’est un rôle difficile à tenir. Encore moins, un dilemme. Quand on sait que le statut n’existe pas, ces dames se sont attelées à faire de leur mieux. Même les constitutions haïtiennes ne prévoient que le chef de l’Etat ait une conjointe.

 

Par exemple, sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, nombreuses sont les critiques à l’encontre de l’actuelle Première dame Martine Moise. Des internautes se questionnent sur son omniprésence, entre autres.

 

« Mes amis, soyons sérieux. Est-ce que Madame Jovenel est obligée d’être toujours là dans les activités officielles ? Est-ce que la Première dame est-elle un poste politique ? Dans les pays sérieux, quand le président fait des installations et remet des médailles, la première dame n’y est pas. On voit beaucoup plus la Première dame dans les activités sociales et culturelles. Par exemple, quand le chef de l’Etat effectue une visite. Martine Moise a participé dans l’installation de l’état-major de l’armée – quand est ce que ces gens comprendront effectivement le protocole ?», lit-on sur un forum de discussions Facebook.

 

Le peuple élit un président, mais c’est un couple qui investit le Palais National. Même si l’histoire ne tient compte que de l’homme. L’épouse du président, la femme présidente, la femme du président ou la présidente avant la féminisation des noms des métiers … Elle est diversement et multiplement appelée.

 

Sensible et clémente, la femme du locataire du palais présidentiel est sollicitée pour sa proximité avec le président. Avoir leurs oreilles, c’est avoir celles de leur conjoint. Ce qui fait qu’elle est capable d’exercer une influence importante sur les décisions politiques à prendre.

 

Des tentatives d’explications officielles …

 

Face à l’inexistence de prescrit constitutionnel, voire de dispositions légales en la matière, le chef du gouvernement d’alors, Garry Conille en janvier 2012, essayait de trouver des explications aux agissements de la Première dame de l’époque Sophia Saint-Rémy Martelly qui assumaient des rôles importants dans l’Etat sans aucun titre exécutif formel.

 

Ce qu’a rapporté l’agence en ligne AlterPresse dans un article où elle s’interroge sur l’existence d’une fonction de ‘’Première dame’’ en Haïti. « Les politiques tendent traditionnellement à nommer la femme du président, à l’instar d’une fonctionnaire ou d’un fonctionnaire de l’État », dénonce la dépêche.

http://www.alterpresse.org/spip.php?article12173#.XNch0hRKjIU

« Dans tous les pays, quand on a une Première dame qui est disposée à s’impliquer à cause de sa visibilité, de sa posture, de son influence, quand on peut la prendre pour lui mettre dans un groupe de travail, sa capacité de convocation est efficace », conteste M. Conille à un journaliste qui voudrait comprendre pourquoi l’ex-première Sophia Martelly en lieu et place d’un organe de l’État - exécuta la mission d’un programme d’aide contre la faim.

 

Pour le premier ministre, la présence de la femme du président est vue comme une « opportunité » pour la politique gouvernementale. Cependant, « la mise en œuvre » des actions gouvernementales se fait généralement « à travers les structures de l’État », a-t-il précisé.

 

La démarche, consistant à impliquer la femme du chef de l’État dans les actions politiques du pays, est plutôt traditionnelle, estime Garry Conille, défendant qu’ « il y a une tradition d’intégrer les premières dames (haïtiennes) dans la réflexion, le fonctionnement... la capacité de rassembler les différents acteurs ».

 

 

 

 

La toute-puissance des conjointes des présidents

 

Deux raisons expliquent le fait que certaines premières dames sont effacées – d’autres non. « [Premièrement], la personnalité de l’individu [ou du moins] son tempérament. Il y a des personnes qui sont plus autoritaires et plus actives que d’autres. Deuxièmement, ce que le mari décide de laisser à la première dame », explique l’historien Georges Michel.

 

Sur ces trente dernières années, certaines des premières dames ont affiché une toute-puissance sans borne à tel point de se substituer à des structures étatiques. Les plus concernées seraient les premières dames conjointes d’hommes politiques venant du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK). Un constat plus qu’évident.

 

A titre d’exemple, un rapport d’enquête de la Commission Ethique et Anti-corruption du Sénat de la République publié en mai 2019, recommande de mettre l’action publique en mouvement contre les grands commis de l’Etat impliqués – dont la Première dame Martine Moise pour son implication dans l’affaire Dermalog. Cette affaire consiste en l’attribution à la firme allemande Dermalog le marché du système d’identification nationale au mépris des normes régissant la passation des marchés publics.

 

Le rapport « propose au Sénat de solliciter les juridictions compétentes en vue de mettre l’action publique en mouvement contre les grands commis de l’État qui ont, en toute connaissance de cause, violé les lois sur la passation des marchés publics ou se sont rendus complices des faits incriminés en votant une résolution manifestement illégale et contre toute personne ayant participé sans titre ni qualité à monter cette opération ».

 

Au cours des auditions, le directeur général de l’Office Nationale d’Identification (ONI) Jacques Elibert - a affirmé́ publiquement que c’est la première dame Martine Moise, présente avec lui à Cannes en France qui a fait choix de la firme. Son bureau a tenté de porter des démentis. Des articles de presse et vidéos en rotation sur les réseaux sociaux ont prouvé ses implications.

 

Quelques années avant, la première dame Sophia Saint-Rémy Martelly a géré au cours du mandat de son époux, président Michel Joseph Martelly, un programme d’aide contre la faim dénommé « Aba Grangou » lancé en 2012. La Commission nationale de lutte contre la faim et la malnutrition (Colfam) se donnait pour objectif de réduire de 50% la faim en Haïti d’ici à 2016.https://minustah.unmissions.org/eliminer-la-faim-en-ha%C3%AFti-%C2%AB-aba-grangou-%C2%BB-objectif-2025

Alors que l’instance étatique légale qui devrait gérer un tel programme serait le ministère de l’Agriculture ou celui des Affaires sociales et du travail.

 

En 2013, Sophia Martelly et son fils Olivier Martelly étaient accusés de corruption et d’usurpation de fonction. En juillet de la même année, s’ensuivait la mort suspecte du juge Jean Serge Joseph chargé du dossier. http://www.alterpresse.org/spip.php?article14861#.XOqj6VJKjIU

 

Me Monferrier Dorval, abonde dans le même sens que l’historien Georges Michel. « Martelly essayait de donner à sa femme des attributions qu’elle ne devrait pas avoir », critique-t-il, qualifiant l’acte d’illégal.

 

Le programme « Aba Grangou », n’avait rien de substantiel, donc n’a eu aucun impact sur l’insécurité alimentaire en Haïti. Les statistiques sont de plus en plus alarmantes.

 

En 2016, la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (Cnsa) a tiré la sonnette d’alarme sur la situation de près de 4 millions de personnes vivant en insécurité alimentaire. Haïti subit une situation d’insécurité alimentaire sans précédent, titre d’un rapport de l’Office de Coordination des Affaires Humanitaires (Ocha).https://www.humanitarianresponse.info/sites/www.humanitarianresponse.info/files/documents/files/ocha_haiti_bulletin_humanitaire_57-janvier_2016_0.pdf

 

En novembre 2019, des rapports de diverses institutions humanitaires et étatiques font état de la détérioration de la sécurité alimentaire en Haïti. Pas moins de 35% de la population haïtienne a besoin d’une assistance alimentaire de toute urgence. Si aucune mesure n’est prise dans l’immédiat, ce sont 4.10 millions de personnes qui seront concernées d’ici mars à juin 2020, soit 40% de la population haïtienne.

 

Pour certains, tout ce pouvoir que s’offrent certaines premières dames serait l’apanage de leur conjoint président. Alors que légalement, elles n’en ont pas.

 

Et, à ce sujet, dans son texte Nos Premières Dames publié dans les colonnes du journal Le Nouvelliste, l’historien Pierre Raymond Dumas explique que la Première dame ne pourra jamais accéder à la renommée nationale et au rayonnement international sans l’appui et la volonté du Chef de l’Etat. A titre d’exemple, il cite les premières dames Simone O. Duvalier, infirmière de profession, et Michèle Bennett Duvalier.

 

« Une fois le feu vert donné, la figure féminine réapparait comme une sorte d’arme à double tranchant. En a témoigné pendant plusieurs années, le rôle de ‘’Gardienne de la Révolution’’ rempli avec une sobriété remarquable, une grâce et une assurance toute maternelle par ‘’Maman Simone’’ pour qui le temps fut un compagnon fidèle », écrit-il.

 

« La femme du président doit rester en coulisse. Elle n’a aucune fonction officielle. Elle ne doit pas avoir en sa possession des fonds [publics]. Elle peut aimer la santé et accompagner le/la ministre de la santé, le social et voir le/la ministre des affaires sociales. C’est ce qu’elle peut faire. Rien d’autre, renchérit Me Dorval... Elle n’est pas habilitée à parler au nom du pays et au nom de l’Etat. Elle n’a aucune fonction officielle. On ne prévoit rien pour elle ».

 

Qu’est ce qui mérite d’être fait ?

 

« Rien du tout. La femme du président doit rester dans son rôle actuel. Il ne faut pas créer des postes politiques en plus dans l’appareil de l’Etat. Quel que soit le pays, la conjointe du chef de l’Etat a un rôle effacé ou un rôle symbolique ou un rôle social. C’est tout. Je ne pense pas qu’on doit faire quoi que ce soit. Le remède serait pire que le mal. On n’a pas besoin de dirigeants supplémentaires », prévient l’historien Georges Michel.


Pour lui, c’est le président qui est élu, pas la première dame. Donc, le président est celui qui fait office de personnage politique.

 

« Il faudrait peut-être prendre une loi pour bloquer le pouvoir que les Premières dames se donnent. Ce serait plus démocratique. Elle doit se cantonner au rôle d’épouse du chef de l’Etat. Ou si c’est une femme qui est devenue présidente, le mari doit rester tranquille, assure-t-il. Les Premières dames … les conjointes des chefs d’Etat doivent rester dans leur rôle. Il faut garder les choses et les gens à leur place. Ne multiplions pas les problèmes, on en a assez ».

 

Pour Me Monferrier Dorval, c’est une anomalie qui mérite d’être corrigée. Il souhaite voir des dispositions juridiques qui abordent la question.

 

« C’est aux gens qui ont cela comme prérogative de faire une telle loi. Ou du moins, le président prend un arrêté autour de ça. Il serait de bon ton d’avoir une loi qui soit générale, croit-il, ajoutant que tout ce que fait la première dame est illégal. Il ne faut pas voir la personne qui est là. Il faut voir la première dame. Il faut la formaliser – pou li genyen yon kote pou’l aji. Je plaide pour une statue de première dame ».

L’histoire d’ailleurs, la nôtre et l’avenir …

 

Dans l’histoire, aucune tentative n’aurait été faite pour pouvoir régulariser cette situation en Haïti. Pour certains, ça ouvrerait la voie à des anomalies par exemples : détournements de fonds, abus de toutes catégories, abus de pouvoir, malversations, vexations et autres.

 

Marlène Racine Toussaint raconte que le chef du pouvoir exécutif eut à prendre des mesures drastiques voire des décrets pour éviter tout conflit entre des dames qui soit pensaient que le rôle leur revenait ou qui s’étaient arrogées le droit d’exercer ce qu’elle qualifie de lourdes tâches. « Dans ces cas, des dispositions ont été prises pour proclamer par décret, communiqué ou autre, le choix de la première dame », lit-on. Mais pas leurs missions et leurs prérogatives.

 

C’est dans ce cadre que vers la fin des années 30 sous Sténio Vincent, cette décision fut prise en faveur de sa sœur Résia Vincent rentrée d’un long séjour aux Etats-Unis.

 

Pour solutionner le problème du droit au titre de Première dame et mettre fin à des dissensions familiales sous le dictateur Jean-Claude Duvalier, on a du recours à des experts en la matière. « Selon les dires de certains parents et amis très proches, le palais risquait de devenir une ‘’gaguère’’ où les deux coqs étaient personnifiés par ‘’madame la mère’’ et ‘’madame l’épouse’’ du président. L’enjeu était le titre de première dame », confie-t-elle.

 

L’historien Pierre Raymond Dumas dans un article publié dans les colonnes du journal Le Nouvelliste fait état de ce qu’il appelle « première tentative de fixer légalement sur certains aspects, la fonction et les prérogatives de la première dame ». Elle est datée de ce qu’elle considère comme saison sauvage en raison de la forte rivalité qui opposait la veuve du Dr François Duvalier à sa rebelle belle-fille.

 

« Si la réputation de la première dame Michèle Bennett Duvalier suscite aujourd’hui encore la controverse, notamment dans le camp des duvaliéristes d’obédience noiriste, le verdict définitif appartient à la grande histoire », écrit-il, dans ce texte titré Nos Premières dames retraçant l’histoire de ces compagnes de présidents à travers l’histoire nationale.

 

Si en Haïti, c’est le silence et l’acceptation totale du règne de l’illégalité, dans d’autres pays, la question a été soulevée et réglée.

 

Aux Etats-Unis, la première dame est désignée par First Lady qui est un titre officiel même s’il n’est pas inscrit dans la Constitution. La dite fonction fait l’objet d’une certaine institutionnalisation. Elle n’implique aucune tâche officielle et ne perçoit aucun salaire. Cependant, une loi approuvée en novembre 1978 sous la présidence de Jimmy Carter dote la conjointe du chef de l’exécutif d’un budget et d’un personnel en vue d’assister le président dans ses fonctions.

 

En France, en août 2017, le chef de l’Etat Emmanuel Macron a pris une « charte de transparence relative au statut du conjoint du chef de l’Etat » en vue de clarifier et rendre publique tant la mission de la conjointe du président que les moyens qui lui sont alloués pour la remplir.

 

« Le conjoint du Président de la République exerce, en vertu tant de la tradition républicaine que de la pratique diplomatique, un rôle de représentation, de patronage et d’accompagnement du Chef de l’État dans ses missions », clarifie le document. Par contre, aucun texte juridique ne codifie ce rôle. La première dame dispose d’un bureau et des collaborateurs.https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2017/08/21/charte-de-transparence-relative-au-statut-du-conjoint-du-chef-de-letat

 

Aux Etats-Unis comme en France - ce ne sont que des dispositions – loi ou chartre de l’exécutif qui ont été prises avant de doter la première dame d’un bureau et d’une équipe. Ainsi, l’on se demande sur quoi se basent les présidents haïtiens pour doter leur femme d’un bureau et d’une équipe?

 

Le premier mandataire de la nation ne cautionne-t-il pas l’illégalité en agissant de la sorte ?

Port-au-Prince, HAITI

+ 509  47 72 70 56

enquetaction@gmail.com

  • Blanc Icône Instagram
  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Google+ Icon
Ecrivez-nous !

© 2018 by Claire&Nette