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Bwa Kale : Quand la population se substitue aux autorités dans la lutte contre le banditisme

L’opération de lynchage de présumés bandits dénommé Bwa Kale, déclenché par les populations en Haïti depuis le 24 avril 2023, aurait coûté la vie à plus d’une centaine d’individus, a révélé le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Dans un rapport publié ce mardi, la structure fait état des menaces orientées vers les personnes qui s’insurgent contre cette nouvelle forme de violence qui risque de faire basculer le pays définitivement dans le chaos.




« D’aucuns estiment que pendant quelques jours seulement, le mouvement Bwa Kale a obtenu plus de résultats dans la lutte contre le banditisme que toutes les opérations policières confondues », a fait savoir le RNDDH. Le réseau rappelle, dans ce rapport, que tout a commencé le 24 avril, lorsqu’un bus de transport en commun intercepté par la Police nationale d’Haïti (PNH) à son bord, 14 individus qui avaient en leur possession, des armes et des munitions.


Le bruit courait que ces 14 personnes allaient prêter main-forte aux bandits armés qui, depuis la nuit du 23 au 24 avril 2023, attaquaient Debussy, un quartier situé au haut Turgeau. « Les réseaux sociaux aidant, la nouvelle dudit lynchage s’est répandue rapidement et plusieurs membres de la population, munis d’armes à feu, de machettes et de pneumatiques pour la plupart, se sont mis à chercher des bandits armés, leurs proches ou toutes personnes soupçonnées d’avoir entretenu des liens avec eux, en vue de les lyncher », a fait savoir le rapport.


L’ONG dit s’insurger contre les autorités étatiques qui se cachent derrière ce mouvement pour porter la population haïtienne à éliminer pour elles, les liens qu’elles entretiennent avec les individus qu’elles ont armés et à empêcher par la même occasion, que la Justice ne remonte jusqu’à elles. Elle soutient que la situation sécuritaire dans le département de l’Ouest particulièrement, ainsi que dans plusieurs villes du pays reste très préoccupante.


Le 6 mars 2023, la ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Emmelie Prophète Milcé, a invité la population à se défendre contre les bandits armés, sans tenir compte des dégâts qu’une telle incitation peut engendrer. Et justement, la prenant au mot, depuis le 24 avril 2023, la population a entamé, face à l’inaction des autorités étatiques, une chasse aux bandits, à travers un mouvement dénommé Bwa Kale, a rappelé le RNDDH.


Le 1er mai 2023, à l’occasion de la fête de l’Agriculture et du Travail, le Premier ministre de facto Ariel Henry est passé à pieds joints sur ce mouvement, sans s’engager à prendre des mesures concrètes pour y mettre fin et sécuriser la population en général. « Des membres de la population estiment que le binôme Police + Population a donné, pendant seulement quelques jours, plus de résultats dans la lutte contre le banditisme, que toutes les autres opérations policières », fait savoir l’ONG.


Tout en soulignant le résultat rapide du mouvement Bwa kale, la structure de défense des droits humains se montre préoccupée par sa limite. « La foule, armée de machettes et de rares armes à feu, ne peut venir à bout du banditisme que les autorités étatiques ont passé plusieurs années à instaurer comme système de gouvernance. Il faut toujours se rappeler que les bandits ont été armés par ceux-là qui doivent protection à la population haïtienne, avec des objectifs politiques et électoralistes », souligne l’ONG dans son rapport titré « Le règne du Premier ministre Ariel Henry ou la fureur des gangs armés ».


Conséquemment, la volonté d’éradiquer ce phénomène du banditisme d’État qui a cours dans le pays doit être politique, dit le RNDDH. L’institution s’insurge contre les autorités étatiques qui se cachent derrière le mouvement Bwa Kale pour porter la population à éliminer pour elles, les liens qu’elles entretiennent avec les individus armés. Ce qui va par la même occasion, soutient le RNDDH, empêcher à la Justice de remonter à ces dirigeants.


L’ONG invite l’État à agir face à la situation de terreur qui sévit dans le pays. « Les autorités étatiques doivent immédiatement prendre les mesures qui s’imposent en vue de mettre fin à toutes les formes de violence auxquelles la société est soumise, car, aucune société démocratique basée sur le respect et la réalisation des droits humains ne peut avoir pour socle, cette spirale de violence », termine-t-elle.



Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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