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Cette méfiance qui ne veut pas entendre la deuxième vague ?

Découvert en Haïti en mars 2020, le virus Sars-Cov2 et la pandémie Covid-19 ont révélé la défiance hallucinante de la population haïtienne vis-à-vis la parole politique. Un déni, une insoumission et une méfiance insoutenable qui n’ont pas aidé à la prise en charge effective des contaminés. Malgré tout cela, un miracle est survenu. Tout le monde a cru naïvement à la pandémie jugulée en dépit des faibles mesures et initiatives du gouvernement. Depuis novembre, une recrudescence des cas testés positifs au Sars-Cov2 est observée aidée encore par la confiance branlante de la population dans les autorités sanitaires.




Par Pierre Michel Jean et Daphnine Joseph


À une ère inédite de l’histoire d’Haïti, où différents secteurs de la vie nationale sont sur le pied de guerre contre le pouvoir en place suspecté comme l’ultime planificateur de l’apocalypse dans le pays, le ministère de la Santé publique et de la population (Mspp) et de la population a signalé une centaine de cas de contamination les 24 et 25 décembre. Soit 101 personnes testées positives au coronavirus. Adoptant une communication sporadique sur l’évolution de la situation, le ministère n’a pas donné de nouvelles depuis la Noël.


Si tant est que certains groupes musicaux aient annulé leur prestation pour le Nouvel An, une panoplie de bals et de spectacles ont quant même eu lieu où les fans ont répondu à l’appel. Des foules en liesse, sans aucun respect des mesures barrières, dans l’oubli total de l’ère de la pandémie. Tambour battant, des organisateurs de spectacle ont fait rentrer dans le pays la star nigériane de l’Afrobeat, Burna Boy, après huit mois de pause dans son pays. Il s’est offert un spectacle à nul autre pareil où il a même pris un bain de foule.


L’abandon de la partie


Après une baisse significative des cas de coronavirus en Haïti en mi-juin 2020, les autorités étatiques ont abandonné la partie pour se lancer en pied de guerre dans d’autres priorités politiques. Sinon que quelques tentatives de sensibilisation en volatile du chef du cabinet ministériel Joseph Jouthe pour mettre le pays en état de vigilance contre le nouveau Coronavirus.


Ce fut à travers un entretien du Premier ministre, accordé au journal Le Nouvelliste le 27 juillet 2020 que la population a été informée de la levée de l’état d’urgence sanitaire dans le pays. D’une part, le Mspp et la primature insistent sur la nécessité de garder les mesures barrières. D’un autre côté, l’exécutif se lance ardemment dans les préparatifs pour les élections dans le pays. La gestion de la crise sanitaire s’est trouvée indubitablement au bas de la liste des priorités étatiques. Nonobstant, le comité scientifique avait promis d’envisager un nouvel état d’urgence sanitaire dès qu’il y aurait un nombre de cas alarmant.


Parmi de nombreuses interventions de la société civile sur la passivité des autorités étatiques concernant les entrées des voyageurs haïtiens et des ressortissants dans le pays, le Groupe d’appui aux Rapatriés et Réfugiés (Garr) a alerté plus d’une fois une absence de contrôle systématique des points non officiels sur la frontière haitano-dominicaine. Fuyant les mauvaises conditions de vie et la recrudescence de l’épidémie Covid-19 en terre voisine, des migrants haïtiens ont pris le chemin du retour sans aucune assistance des autorités sanitaires.


« Les vagues de retours spontanés des Haïtiens, 67 286 pour le mois de novembre 2020. Le Garr ne néglige pas cette hypothèse dans la remontée des cas de contamination en Haïti. Nous demandons aux autorités de renforcer les points de vigilance », déclare Géralda Saint-vil, la responsable de communication et de plaidoyer au sein de la plateforme Garr.


L’Utopie de l’exception


Le nombre de morts peu alarmant enregistré en Haïti dans cette pandémie virulente a porté l’estocade à l’apologie des mesures barrières pour cette nouvelle montée de contamination. Vacillant entre l’incrédulité à l’égard de l’exécutif et des théories fumeuses, plus d’un au sein de la population estime qu’en Haïti, cette épidémie n’existe pas. Certains font allusion au soleil brûlant brillant d’Haïti qui serrait une sorte de gendarme héroïque qui défend la population contre le virus. D’autres, pour comble de malheur, s’accrochent à la ferme certitude que les Haïtiens sont immunisés aux microbes à force de vivre dans un environnement insalubre.


Invitant la population à apprendre à se protéger contre les microbes et de rester vigilant face à l’épidémie, le président de l’Association Médicale Haïtienne Jean Hugues Henrys insiste sur le fait que les microbes existaient bien avant l’homme et qu’ils y seront encore même après.


« Dans le monde entier, les populations sont absolument sceptiques par rapport à la parole des dirigeants en général. On ne trouve pas cela uniquement en Haïti. Mais, peut-être le degré d’incrédulité est plus élevé chez nous pour des raisons que nous savons tous », a-t-il précisé.


La théorie du complot


« Ils auraient tué mes petits anges », affirme Louisnel, ébéniste et père de famille, accoudé à un banc de sa cour. Il parle du malaise qu’ont eu ses enfants avec un rire narquois et fier en coin, comme s’il revendiquait une victoire. Nous sommes à la fin du mois de juin 2020, depuis deux mois, dans tous les bulletins d’informations et sur les réseaux sociaux, il n’y a que pour le virus et les théories complotistes.


Par ailleurs, le « ti lafyèv » (la petite fièvre) comme il est entendu dans la population pour ne pas dire Coronavirus, à bas bruit est dans beaucoup de foyers. Louisnel Loréus et sa famille ne sont pas exemptés. Il les soigne à l’aide d’une décoction à base d’Asorossi. Pas question pour l’homme de 52 ans d’aller à l’hôpital. Une rumeur fait croire que les docteurs administrent une piqûre mortelle aux personnes dès leur arrivée dans les différents centres de prise en charge, histoire de faire gonfler les chiffres des morts du Coronavirus. « Grâce à l’internet maintenant nous sommes au courant de tout ce qui se fait. J’ai aussi relayé à mes proches qu’il ne fallait surtout pas aller à l’hôpital », poursuit Louisnel, content d’avoir été malin pour une fois. « Il n’y a pas de Coronavirus en Haïti. Tout ceci n’est qu’une machination », finit-il par dire de manière plus résolue.


L’histoire de « Bòs Louisnel » n’est pas exceptionnelle. La méfiance avec laquelle la population avait accueilli les mesures sanitaires adoptées par les autorités en mars, lors de l’identification des premiers cas testés positifs, dit la crédibilité ternie au fil des promesses non tenues du président Jovenel Moïse. L’accalmie inexplicable de la pandémie en Haïti durant l’été avait plutôt renforcé la thèse des complotistes, non celle d’une bonne prise en charge de la pandémie par les autorités sanitaires.


Aujourd’hui, dans l’œil de la deuxième vague en pleines festivités de fin d’année et avec la confiance dans la parole de M. Moïse qui est au plus bas, à quoi faut-il s’attendre ?


Une méfiance enracinée


La crise sociopolitique et économique que traverse le pays jailli systématiquement sur les tous événements de grande envergure en Haïti si bien que les fêtes traditionnelles n’ont pas eu la même saveur durant l’année 2020. La crise sanitaire mondiale est la plus controversée de toutes. La déception est totale chez les Haïtiens. Avec un chef d’État contesté par tous les secteurs et dont le discours sonne en faribole auprès de la population, les gens ne veulent plus entendre parler du nouveau coronavirus et vivent leur quotidien comme bon leur semble.


Pour l’historien Pierre Buteau, dans une société de masse en processus démocratique ou révolutionnaire, les dirigeants doivent dire la vérité par considération pour la construction de l’opinion publique. Ce qui est loin d’être en faveur du pouvoir en place avec toutes les grandes promesses non tenues qui suscitent des remords et le désenchantement.


« Ce vide est difficile à combler. Nous sommes face à une double crise. La crise sociale vient d’être aggravée par une crise du discours de l’État. Évidemment c’est par la politique qu’on pourra résoudre ce problème. Mais, il faudra placer à la tête de l’État des gens plus sérieux », fustige le professeur Buteau.


Contrebalancée entre une atmosphère insécuritaire acerbe et une digestion précoce de l’épidémie, la population haïtienne est prête à vivre son sort contre vents et marrées. En attendant, dans le mutisme de la plus haute instance de l’État, le ministère de la Santé publique et de la population se transmute en compteur de cas de contaminations au prix du déni et du sarcasme populaire.


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