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JCI-PV : au-delà de la vision

La Jeune Chambre internationale de Pétion-Ville communément appelé JCI Pétion-Ville Innovation a organisé, le dimanche 21 janvier 2024, sa première assemblée annuelle. Cette activité, déroulée dans un contexte de grande inquiétude enveloppant le pays, était pour ces jeunes leaders, une occasion de fixer les défis qui pèsent sur l’année en cours et envisager un plan d’action pour répondre aux exigences de leurs nombreuses initiatives.




Reportage


Au-delà de la vision. C’est avec ce discours que Christie Joseph, la présidente fraîchement élue de la Jeune Chambre internationale (JCI) a lancé la balle. Plus d’une soixantaine de jeunes des deux sexes réunis dans la salle de conférence d’un hôtel de la place pour une discussion sur l’avenir. Sur le podium, un comité de 11 membres s’installe. Vestes noires, chemises blanches et cravates bleues. Des leaders qui prennent la parole à tour de rôle pour mettre des mots sur les maux qui rongent leur communauté et parler de stratégies. Au milieu de ces dirigeants et dirigeantes en plumes de paon, une femme tient la commande. C’est sous la houlette de la nouvelle patronne que se déroule la séance.


Rassemblement, recrutement de nouveaux membres, création de clubs juniors, concours sur l’entrepreneuriat, motivation et inspiration, c’est ce qui forme la pierre angulaire de sa communication. « Comme organisation travaillant pour le développement du leadership des jeunes, cette année, nous mettons l’accent pour sur le rassemblement. Dans un contexte où tout le monde veut laisser le pays, nous voulons offrir à nos jeunes de nouvelles expériences qui les inspirent », relate la présidente.


Éducation, santé, environnement, culture sont, entre autres, les domaines d’intervention de la JCI. Si la nouvelle élue veut à tout prix rassembler les jeunes, c’est, selon elle, pour impacter leur communauté par l’entremise de ces axes d’intervention. Dans ce besoin de rassemblement, la cheffe de l’organisation insiste sur une campagne de recrutement d’une cinquantaine de nouveaux membres pour renforcer sa population. Et pour faciliter l’intégration des jeunes dans le mouvement de la JCI, Christie Joseph envisage d’ouvrir un club junior en vue de propager sa vision au sein des plus jeunes.



Un gouvernement au féminin 

Christie Joseph reconnaît qu’il y a longtemps depuis que les hommes ont dirigé cette organisation. Mais, selon elle, il ne s’agissait pas d’une quelconque barrière. Il croit seulement que les femmes n’étaient pas encore arrivées à ce niveau.  Parmi les 11 membres formant son gouvernement, on compte uniquement deux hommes contre neuf femmes. En plus, lors de sa prise de parole, la présidente a présenté 13 responsables de commissions qu’elle a nommés. Cette équipe compte, elle aussi, seulement deux hommes sur 11 femmes. 


« On sait aujourd’hui que les femmes cherchent à s’émanciper. Et, s’impliquer, c’est l’un des moyens utilisés  pour le faire », souligne Christie Joseph, expliquant au départ qu'elle n’avait pas l’intention de prioriser le leadership féminin dans son gouvernement. « Je cherchais seulement les personnes qui s'impliquaient le plus et sur qui je pouvais compter. C’est à la fin que je me suis rendue qu’il s’agit, en grande majorité, des femmes » précise Mme Joseph. Selon la voix autorisée de la JCI Innovation, les hommes sont bel et bien là, mais timidement. Les femmes se montrent beaucoup plus avec leur volonté de participer et le sens de sacrifice qu’ils font montre au fur et à mesure.


Rassembler, outiller, stabiliser, développer sont les quatre axes sur lesquels repose le mandat de la nouvelle cheffe de cette organisation. A en croire Christie, cette vision s’inscrit dans la philosophie de la JCI mondiale. Elle veut réunir tous les jeunes, anciens et nouveaux, autour d’une table de concertation sur leur existence et leur rôle dans la communauté. « Nous voulons outiller les jeunes afin qu’ils développent leurs leaderships, stabiliser l’organisation à travers des structures efficientes et durables en promouvant une innovation axée sur les données », envisage la patronne de la JCI Pétion Ville Innovation.


« Lorsqu’on parle de JCI Pétion Ville, les gens doivent penser à une organisation de jeunes leaders », jure-t-elle d’un air confiant. La présidente parle et agit avec l’inquiétude que les jeunes qu’elle cherche à influencer veulent à tout prix quitter ce pays. Mais elle croit savoir pourquoi. « Les jeunes ne trouvent pas d’espace pour s’exprimer, se divertir, ils partent à la recherche de meilleures conditions pour se réaliser », regrette-elle. La présidente se dit consciente ce qui peut arriver à un groupe de jeunes qui ont peur de sortir, une peur de vivre le pire, c’est pour elle la source de toute motivation à quitter le pays. « Nous voulons influencer leur manière de penser afin qu’ils changent de direction ».




Au-delà de la vision, faire face aux défis


Nous avons rencontré Samantha Henry, ingénieure civile et vice-présidente aux affaires internes de l’organisation. Précisant que son rôle est de travailler à la stabilité, à la croissance et au développement de l’organisation, l’ingénieure nous raconte que l’une de ces plus grandes contraintes est de garder la connexion entre les membres. « Il y a des membres dans des horizons divers et qui ne sont pas forcément dans le pays, il faut qu’ils restent connectés au mouvement de la JCI mondiale et particulièrement à la JCI Pétion Ville Innovation », s’inquiète la vice-présidente.


A côté de cette première difficulté, Mme Henry pointe le problème de la conjoncture sociopolitique du pays. Elle raconte qu’en raison de la configuration de l’environnement de son organisation, certaines de leurs plus belles activités ne peuvent pas être organisées en présentiel. « Pour s’adapter, nous sommes obligées d’aller vers le numérique, vers le virtuel », a-t-elle précisé dans sa sérénité. La troisième contrainte selon la Vice-Présidente aux affaires internes, c’est la démotivation des jeunes. Confrontés à de grandes difficultés dans leur quête de sens, ils sont, explique la responsable aux affaires externes, dépouillés de tout espoir. Et, de la, surgit leur démotivation.


La JCI Pétion-Ville, comme bon nombre de structures sociales du pays, est frappé par la migration éclatante qui étrangle le pays. Si des jeunes vivent avec toutes les inquiétudes du monde dans leurs zones respectives ou dans leurs nouvelles zones d’accueil après avoir été délocalisés par la violence des gangs, beaucoup sont ceux et celles qui ont trouvé le moyen de quitter le pays avec le programme humanitaire parole. « Je n’ai pas de chiffre exact, mais nous avons une proportion significative de nos membres qui ne sont plus dans le pays », révèle la jeune leader.


Samantha Henry, pour se guérir de la nostalgie de ses jeunes qui laissent le pays, s’ouvre sur le fait que la JCI est un mouvement international. Selon elle, les jeunes peuvent bien intégrer d’autres organisations affiliées à la JCI en temps et lieu. « C’est pour cela que j’insiste sur le développement d’un sentiment d’appartenance au sein de la JCI. Question de conserver, défendre notre philosophie et nos valeurs qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur », soutient Mme Henry, précisant que ce qu’elle cherche par-delà de tout cela, c’est amener les jeunes à impacter leur communauté de manière durable.


Toujours en ce qui concerne les défis, Mickelson Joseph Vil, le vice-président aux affaires externes de l’organisation pointe encore une fois l’insécurité généralisée qui gangrène le pays. « Durant les deux dernières années, nous avons envisagé une enquête sur la situation sociale des gens dans certaines zones. Plus de 70% des communautés visées sont touchées par le phénomène de gangstérisation », regrette-t-il, soulignant que, l’année dernière plusieurs responsables de commissions sont partis, laissant leur poste en cours de route. Une situation qui, explique M. Joseph Vil, a heurté l’agenda de la JCI pour l’année.


« La difficulté de trouver des partenaires financiers est l’une des contraintes qui guettent l’organisation », témoigne le vice-président. Il croit qu’en tant qu’organisation de bénévoles, ils ne peuvent pas exiger de grandes cotisations aux membres qui, pour la plupart, ne travaillent pas. Cette structure qui met un accent particulier sur des actions sociales comme des projets éducatifs, des foires de santé, l’entrepreneuriat, la protection de l’enfance, a selon son responsable aux affaires intérieures, besoin de moyens financiers pour mener ses actions.

Former, influencer des générations de jeunes afin d’impacter la communauté de la manière la plus durable, c’est ce que sous-tendent les efforts de ces jeunes leaders qui se donnent à fond dans des initiatives communautaires en vue booster le développement de leur communauté. L’ingénieur informaticien qui dirige les missions externes de l’organisation reconnaît qu’il ne peut rien faire contre l’insécurité. C’est, selon lui, le travail de l’Etat. Il reconnaît tout aussi bien qu’il ne peut rien contre la migration éclatante qui frappe son organisation. Mais il croit que le renouvellement en permanence du membership est une alternative.


Dans sa stratégie, le vice-président croit que son organisation va faire tout ce qu’il faut pour se conformer aux exigences des partenaires financiers puis aller à leur rencontre pour présenter les projets de l’organisation et les inviter à trouver une forme quelconque de collaboration. Dans cet élan, il juge bon de mettre un accent particulier sur la promotion de leurs activités en vue de faire connaître au grand public et potentiels partenaires financiers ce que font les jeunes de la JCI Pétion-Ville Innovation.


Si le responsable aux affaires envisage de recruter des jeunes pour pallier le vide creusé par la migration, la responsable aux affaires internes, Samantha Henry, se prépare à implanter, au sein de l’organisation, un programme de Mentorat. Lequel programme vise à faciliter l’intégration des nouveaux membres en incitant les plus anciens à encadrer les nouveaux. Pour compléter ce besoin de réalisation, la jeune Samantha entend créer des besoins et susciter des intérêts chez les jeunes. « Dans la connexion et le sentiment d’appartenance qu’on veut créer, même si un membre n’est pas en Haïti, il pourra servir l’organisation soit en donnant des conseils, soit en participant de manière virtuelle dans les commissions », précise-t-elle. 


La JCI Pétion-Ville, cette organisation de jeunes leaders, est une structure qui fait la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance dans leur fonctionnement. Des mandats qui durent une année avec obligations de renouveler les personnels de l’organisation. Trois assemblées générales par année pour décider du bon fonctionnement de l’organisation et de la manière d’orienter leurs actions.


Jean Robert BAZILE Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.


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