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Les surfaces agricoles dans l’Artibonite paient le prix fort de l’insécurité et de la crise

L’Artibonite, grenier du pays, fait face à d’importantes réductions drastiques de surfaces cultivées en raison de la crise multidimensionnelle. C’est du moins ce que révèle l’analyse des dynamiques de surfaces agricoles dans l’Artibonite publiée par le Programme alimentaire mondiale (PAM). Les cartes montrant les dynamiques des surfaces cultivées en 2023, comparé à 2018 et à 2022, mettent en évidence de larges zones de cultures abandonnées dans les communes de Dessalines et de Petite-Rivière-de-l’Artibonite. Les pertes sont estimées à 2 400 hectares par rapport à la même saison l’année précédente (2022) et à 5 800 hectares par rapport à 2018.


CP: ANNE MYRIAM BOLIVAR, GPJ HAÏTI


Une réduction estimée à près de 5 mille hectares de cultures de contre-saison a été détectée par imagerie satellitaire sur la plaine rizicole de l’Artibonite en 2023. Dans ce département, la situation sécuritaire s’est détériorée depuis juillet 2022 en raison de la présence de plusieurs groupes armés. Leur influence s’étend géographiquement dans un « triangle » entre Carrefour Bois de Chaux, Liancourt et Petite Rivière-de-l’Artibonite, approximativement, lit-on dans ce document publié par le Programme alimentaire mondiale (PAM).


Une grande partie des champs situés dans ce triangle ont été abandonnés en 2023. Cela concerne les communes de Dessalines et de Petite-Rivière-de l’Artibonite. « La main-d’œuvre agricole se serait ainsi déplacée pour cultiver dans des zones plus sécurisées (communes de Desdunes et de Grande Saline, où sont détectés de nouveaux champs), tout en restant à proximité des axes reliant les marchés de L’Estère et de Pont-Sondé », fait remarquer le document. Les images satellitaires semblent indiquer que ces champs cultivés en 2023 dans le bas Artibonite ont été récoltés précocement, entre mi-février et début mars au lieu de mars-avril.

Cette analyse a permis d’évaluer les dynamiques de surfaces cultivées en contre-saison sur la plaine de l’Artibonite en 2023. Les cartes ainsi produites révèlent des perturbations des pratiques agricoles en cours, dans cette zone dont l’économie repose essentiellement sur la culture du riz, et qui est une destination pour la main-d’œuvre agricole saisonnière.


De nouveaux champs cultivés ont été détectés en 2023 en aval de la plaine, plus spécifiquement à l’ouest de la route nationale 1 et au sud du canal de Dessalines (non loin de la route départementale reliant Petite-Rivière-de l’Artibonite à la RN1). Ces zones n’étaient pas emblavées lors de la contre-saison de 2022. Les champs situés dans les communes de Grande Saline et de Desdunes sont moins bien irrigués que ceux situés en amont, où le drainage et la disponibilité en eau sont habituellement meilleurs.


Les images montrent par ailleurs que ces champs ont été récoltés environ un mois plus tôt que d’habitude. Le nombre d'événements violents dans le département de l’Artibonite s’est intensifié depuis juillet 2022, tuant 138 personnes au cours des neuf derniers mois, soit plus que le nombre de morts enregistrés pendant les quatre années précédentes. La superposition des données d’incidents sécuritaires aux cartes de dynamiques des surfaces cultivées indique une corrélation spatiale claire entre les abandons de cultures récents et l’insécurité des derniers mois.


La prévalence d’insuffisance alimentaire (FCS pauvre ou limité) était estimée à environ 30 % pour les quatre communes de la zone d’intérêt au premier trimestre de 2022. À la même période en 2023, ce taux est monté à 53 % pour les communes de Dessalines et de Petite-Rivière-de-l’Artibonite (où l’insécurité a escaladé et où des pertes importantes de surfaces agricoles ont été détectées). Il est descendu à 19 % pour les communes de Desdunes et de Grande Saline (plus sécurisées, et où de nouveaux champs ont été emblavés en 2023). Ces chiffres, dérivés des données de suivi mensuel de la sécurité alimentaire du PAM, corroborent les résultats de l’analyse.


Alors que se préparent les semis pour la saison principale, prévus autour du mois de mai, d’importants déficits pluviométriques se sont accumulés entre octobre 2022 et avril 2023. De telles conditions sèches entraînent a priori une diminution du volume d’eau dans les rivières et donc dans les systèmes de canalisation vers les parcelles irriguées de la plaine rizicole de l’Artibonite.


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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