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Pari gagné pour la 7e édition des journées scientifiques de l’Université Lumière

La Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé de l’Université Lumière a organisé, les 3 et 4 juillet écoulé, la 7e édition de ses journées scientifiques. Cette activité, déroulée autour de la problématique de l’accès aux soins et aux services de santé en Haïti, veut, entre autres, booster les efforts pour un accès équitable aux soins adaptés aux besoins de la personne humaine.



Reportage


9 heures du matin, les portes de l’Université Lumière (ULUM) sont déjà ouvertes. C’est dans un espace ensoleillé et un décor en bleu et blanc que des élèves de différents établissements et étudiant. e. s de différents centres universitaires et des travailleurs.res la presse ont répondu à l’invitation de la Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé (FMSS).


« C’est avec un sentiment de satisfaction que je vous parle aujourd’hui. Nous avons mis beaucoup de temps à la préparation de ce rendez-vous annuel. Aujourd’hui, le public répond, les intervenants ont répondu à l’appel… On est déjà satisfait », déclare Chequina Chery, la coordonnatrice externe de ces activités scientifiques. La responsable s’enorgueillit de se voir en pleine réalisation de ses objectifs. « L’objectif de départ était de mettre l’emphase sur l’accès aux soins et aux services de santé. Et voilà, la clinique externe est très remplie. Les gens viennent pour prendre des soins, ça nous fait plaisir », ajoute-t-elle d’un air confiant.


Dès l’entrée, vous pouvez sentir l’ambiance. L’air de bien-être qui se partage entre les étudiants.es et les invité.es à travers des prises de vue, des causeries en petits groupes, des rires qui parlent d’hospitalité à chaque regard croisé. De la barrière aux portes de chaque salle, ils vous traitent avec soin. « C’est l’événement de l’année à la faculté de médecine. À chaque niveau, ils ont chacun un rôle à jouer. Les étudiants.es sont toujours enthousiastes de faire leur travail tout comme ils/elles sont impatients.es d’attendre le jour », clame Mme Chery.



En avançant d’un cran, c’est la clinique externe qui nous accueille. Elle est réalisée en plein air. Des patients.es de tout âge sont venus.es consulter. Ils/elles forment une foule, écoutant avec attention, les conseils d’un médecin qui leur parle de certaines maladies tout en leur prodiguant les comportements à adopter pour minimiser les risques. « Ceci est une contribution à ce que nous appelons l’accès aux soins de santé.


Aujourd’hui, nous avons des généralistes. Demain, il y aura des spécialistes des yeux pour ceux et celles qui veulent se faire consulter », nous explique Berthaïna Macier, l’une des responsables de la clinique.

Du même coup, un autre groupe défile devant la table de deux autres médecins en vue de se faire dépister pour le VIH et la syphilis. Selon le Dr Jude Jean Jacques, le chef du département de recherche de l’Université Lumière, la plupart de ces professionnels de santé sont des anciens de l’ULUM venant épauler l’activité. Sur la ligne de cette clinique externe s’agite une discussion passionnante entre trois jeunes filles et des invités.es qui entrent à tour de rôle. Sur leur table, plusieurs lots de préservatifs, quelques verges en bois et des brochures. Elles font des démonstrations de la bonne utilisation des préservatifs aux assistants.es et en offrent quelques-uns.


En bas et à gauche, dans le deuxième bâtiment, des étudiants.es nous accueillent dans une salle bien décorée. C’est la salle de conférence. Le président du comité central des étudiants replace ces activités dans leur contexte. « S’il est vrai que les facultés de médecine font tout ce qu’elles peuvent pour former des professionnels de la santé, il n’existe cependant pas d’infrastructures sanitaires capables de répondre aux besoins en soins de santé des populations », souligne Fortuné Clarck Madsen, numéro 1 du BCE. Le futur médecin croit qu’à travers ces activités mettant en avant l’implication de l’université et la participation de la communauté, ils peuvent arriver à améliorer de manière significative, l’accès aux soins de santé en Haïti.



Plusieurs panels pour agiter les débats avec des intervenants venant d’horizons divers. Ils abordent « l’accès aux soins de santé en Haïti : enjeux et perspectives » sur ses différents aspects. Les thèmes pauvreté et insécurité alimentaire, santé mentale, stigmatisation, économie et assurance, urgence dans le système sanitaire, sont entre autres, ceux qui ont fait la toile de fond des discussions. « Nous avons préparé cette table de concertation en vue de réfléchir sur les problèmes liés à l’accès aux soins de santé en Haïti et les solutions à envisager. Après les activités, l’université élaborera un document qui sera à la disposition des étudiants.es, de la population en général et des acteurs de la santé publique », précise la coordonnatrice des journées scientifiques.


À l’étage se trouvent la salle de secourisme et celle de la nutrition. Des mannequins de plusieurs dimensions jonchent le sol et des banners servant de tableaux d’affichage pour enseigner que les gens sont distribués dans toute la salle. Louis Charles Chandler est responsable de la réanimation cardio-pulmonaire et Pauline Louiral, des leçons théoriques. « C’est la salle de secourisme. Nous apprenons aux gens les premiers gestes à faire en cas d’urgence », nous font savoir avec enthousiasme les deux jeunes futurs professionnels de santé.


À côté des séances de sensibilisation de la clinique externe et des interventions dirigées de la salle de conférence, les organisateurs ont tenu à informer l’assistance sur l’importance du bien-être physique en commençant par une bonne alimentation. Une salle de nutrition, où des tables garnies de fruits, de légumes, de produits vivriers et des céréales, ont été constituées en ce sens. « Nous enseignons aux gens que le corps a besoin de la combinaison d’aliments constructeurs, protecteurs et les aliments énergétiques pour bien fonctionner », nous dit Paola François, l’une des responsables de cette section.


En dépit de la crise sociopolitique qui sévit dans le pays, l’Université Lumière (ULUM) a su honorer ses 7 rendez-vous de journées scientifiques. « Chaque année, les étudiants font face à un lot de défis : insécurité, instabilité politique, catastrophes naturelles et autres. Cette année nous étions contraints d’organiser en juillet ces activités prévues pour le mois de juin. Mais nous avons quand même tenu promesse », témoigne fièrement Chequina Chéry, en dépit du fait qu’ils ont passé toute une année à préparer l’événement.


« En Haïti, ces initiatives sont rares en raison des exigences et des difficultés liées à la recherche. Même les universités ayant beaucoup plus de moyens ne s’aventurent pas », avance le Dr Jean Jacques. Le médecin souligne que les activités de recherche dans le pays se heurtent à un manque de moyens et de financements. Ce qui, selon lui, ne favorise pas le développement de la communauté. « À travers le monde, c’est en fonction des activités scientifiques et de leur résultat qu’on classe les grandes universités », précise-t-il.


A l’occasion, les étudiants de la cinquième année de médecine de l’ULUM ont présenté une enquête menée dans la localité de Morancy, aux Cayes, dans le département du Sud. Cette recherche effectuée en vue de tester le niveau d’accessibilité des gens aux soins de santé est porteuse de résultats accablants. « Sur un échantillon de 146 personnes interviewées, 92 % déclarent que l’argent constitue le grand obstacle de leur accès aux soins de santé », nous indique Rood Jeeferson Feron l’un des étudiants ayant travaillé sur l’enquête.



Ils nous présentent la localité de Morancy à travers ses caractéristiques principales : absence de centre de santé, manque de moyens économiques, manque d’éducation à la santé et longue distance entre la zone et les structures hospitalières les plus proches. Cet état de fait n’est pas sans conséquence sur la population. En cas d’urgence, 84 des personnes seraient décédées en cours de route, révèle l’enquête. Cette situation s’explique aussi bien par l’absence d' infrastructures sanitaires dans la zone. « 90 % de la population n’ont pas l’habitude d’entrevoir une ambulance dans la zone », soulignent les enquêteurs.


Par ailleurs, l’étude montre que dans cette zone, 98 % de la population n’ont pas accès aux soins de santé s’ils/elles n’ont pas d’argent pour acheter les intrants (sérum, bande de gaz, seringue, gants). 78 % restent sans soins s’ils/elles n’ont pas d’argent. « À une heure du matin, je suis arrivée dans un hôpital avec une douleur. Je ne pouvais ni m'asseoir ni me coucher encore moins, rester debout. Ils m’ont demandé de verser 15 000 gourdes d’abord. À prendre ou à laisser. J’avais 12 500 gourdes en main, ils les ont refusées. J’ai passé une heure devant le centre jusqu’à ce qu’un ami m’apporte un prêt de 2500 gourdes », témoignage d’une victime rapporté par Rood Jeeferson Feron.


Cette situation est courante aux Cayes et a été dénoncée par 92 % des interviewées qui se déclarent victimes du paiement à l’acte. La majorité de la population, soit 90 %, sont réferés.es dans un laboratoire privé par des hôpitaux publics. Face à cette épineuse situation, les gens sont obligés de tester d’autres alternatives pour combler leurs besoins en soins et en services de santé. 70 % prennent du thé quand ils/elles sont malades, 55 % recourent à la prière, 17 % sont alles.es voir un houngan. Seulement 3 % prennent la route d’un hôpital en cas de maladie.


Le Dr Jean Jacques et Chequina Chéry s’accordent sur l’importance et l’avenir des journées scientifiques de l’ULUM. Ils disent croire qu’à côté des impacts sur l’université, cette activité participe à améliorer le rapport des gens avec les questions de santé.


Selon eux, ces journées scientifiques doivent non seulement poursuivre leur chemin, elles doivent tout aussi bien s’élargir et donner naissance à un symposium international sur la Santé en Haïti. Si, dans leurs échanges, les organisateurs n’ont cessé de souligner que la santé publique est sous la responsabilité de l’État, ils disent croire cependant que les individus ont leur rôle à jouer dans la gestion de leur propre santé.


Jean Robert Bazile


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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