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Édito : Enquet’Action, 6 ans déjà et la promesse de ne rien lâcher

2017- 2023, six ans depuis qu’Enquet’Action, le média d’information et d’investigation numérique existe. C’est l’heure du bilan dans un contexte délétère depuis pas moins de cinq ans.

Fini le temps où les journalistes prenaient leur matériel pour se lancer en quête d’histoires humaines les unes plus inédites que les autres sans susciter l’inquiétude des parents et proches. Enquêter dans les quartiers sous la domination des gangs est de plus en plus compliqué, voire un luxe.

La cause principale de cette situation est hélas bien connue. Depuis au moins 2018, avec les conflits armés qui gangrènent la majeure partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, continuer à faire du journalisme se révèle un parcours de combattant. Ce conflit s’est disséminé dans certaines régions de province. Aujourd’hui, le pays est plongé dans une spirale de violence impliquant des centaines de groupes armés ainsi que des groupes d’autodéfense citoyenne parfois spontanés et bien souvent très nébuleux.

L’équipe d’Enquet’Action et, d’une manière générale, les lectrices et lecteurs sont frappés de plein fouet par ce contexte digne d’une guerre. On a connu des jours sans pouvoir mettre les pieds dans les rues ni dans les quartiers assiégés. Des journées sans électricité ni internet. Des proches et amis ont été tués. D’autres, enlevés. Les attaques armées et massacres ont emporté des sources de nos reportages et enquêtes passées, des fans de Enquet’Action, des amis.es, etc.

L’inflation galopante, l’insécurité alimentaire et les départs d’amis, de proches en quête de mieux-être à l’étranger ont eu des impacts assez forts sur nous. Nous évoluons en Haïti et ne sommes en rien épargnés par cette crise multiforme. Nous avons tout aussi conscience de l’irresponsabilité de ceux et celles qui se considèrent comme autorités, dirigeants et responsables appuyés par l’International…

Difficile de faire du vrai journalisme, du journalisme de terrain et vivant quand des zones entières contrôlées par des monstres créés par des acteurs politiques et aussi par des personnalités de l’élite économique.

En raison de cette situation plus que catastrophique, le bon journalisme agonise ! Le journalisme fouye zo nan kalalou se meurt. Les journalistes passionnés du terrain souffrent !

Cependant, malgré cela, nous sommes déterminés à tenir. Et nous sommes parvenus à le faire. À l’impossible, nous nous sommes tenus. Enquet’Action la pi rèd ! Pa gen kanpe ! Nous avons pu résister par la force des choses là où d’autres ont abandonné.

La qualité de nos contenus a été reconnue au niveau national et international et certains de nos journalistes ont vu leur travail salué à l’occasion de compétitions journalistiques.

Enquet’Action a reçu deux distinctions internationales. Au cours de nos six ans, nous avons contribué dans la formation de plus d’une vingtaine de journalistes - hommes et femmes. Sans compter des dizaines d’enquêtes, de reportages et d’articles en profondeur publiés.

Grâce à Enquet’Action, le journalisme de solutions et le journalisme basé sur le genre ont eu plus de droits de cité dans le paysage médiatique dominé par une presse d’actualité faite de notes, de conférences et de communiqués de presse.

Dans le débat public, nous avons placé voire replacé des thématiques négligées dans la presse traditionnelle. Critiquer, dénoncer et proposer, nous n’avions pas hésité de le faire. Enquet’Action s’érige en porte-étendard du journalisme d’investigation en Haïti. Nous sommes la référence !

Cela dit… Heureusement, la passion, l’amour et le courage de faire du journalisme utile et de qualité ne nous ont jamais abandonnés même dans un contexte plus hostile que jamais. Aussi, avons-nous pu tenir grâce à vous chers lecteurs et lectrices qui ne cessent de croire en nous !

Résister est ce que nous vous promettons. Longue vie à Enquet’Action ! Longue vie à nous !

Milo Milfort

Éditeur en chef

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