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Haïti est-il encore un pays essentiellement agricole ?

En 2023, Haïti est frappé d’une insécurité alimentaire chronique sans précédent. Selon les estimations de la Coordination nationale de la Sécurité alimentaire (CNSA), 4 millions 900 mille Haïtiens et Haïtiennes sont en insécurité alimentaire, nécessitant une aide urgente. Pourtant, le pays devait éradiquer la faim pour accomplir le deuxième Objectif de Développement durable en 2030. De là, beaucoup questionnent le rôle de l’agriculture. Et nous avons posé la question au docteur en droit, Maismy-Mary Fleurant, l’un des fervents défenseurs du secteur.


CP:ANNE MYRIAM BOLIVAR, GPJ HAÏTI


« Ceci n’est pas seulement dans les livres. Jusqu’à présent, la Constitution de 1987 en son article 247 stipule que l’agriculture est la principale source de la richesse nationale, garant du bien-être des populations et du progrès socioéconomique de la nation », précise d’entrée de jeu le docteur Maismy-Mary Fleurant. Selon lui, c’est nous, les haïtiens, qui avons fait de l’agriculture notre principale source de revenus avant de la laisser dégringoler en cours de route.


D’après les données dont dispose Me Fleurant, en 2002, couvrait 50 % des emplois du pays qui découlait de l’agriculture. En 2005, la Banque mondiale et le ministère de l’Agriculture ont révélé que les deux tiers des emplois des zones rurales proviennent de l’agriculture. Mais, dit-il, c’est malheureux de voir que l’agriculture reste l’un des secteurs de l’économie haïtienne ayant le taux de croissance le plus faible, soit un taux de 0,6 %. Des données qui témoignent, selon le professeur, le degré de décrépitude de l’agriculture haïtienne. « En 1960, l’agriculture haïtienne représentait 50 % du Produit intérieur brut (PIB) du Pays, dans les années 90. Ça a passé à 34 % entre 2001 et 2002, avant d’arriver à 30 % en 2016. L’agriculture représente seulement 23 % du PIB », avance celui qui détient également un Master en droit international et comparé de l’environnement.


Selon le docteur Fleurant, la question de savoir si Haïti est encore ce pays essentiellement agricole doit être posée à tout un chacun. Tout le monde doit essayer de répondre. C’est ce qui, selon lui, conduira aux différents problèmes qui ruinent l’agriculture. « Les problèmes de l’agriculture haïtienne se posent au niveau de la structure agraire. En Haïti, on a de grandes propriétés, mais ces propriétés sont entre les mains de l’État. C’est ce que Gérard Pierre Charles appelle le latifundisme d’État », critique Me Fleurant soulignant que l’État conserve à lui seul les terres les plus fertiles pour la production. Et, selon lui, ces terres ne font rien. En ce sens, analyse-t-il, si l’État doit conserver les terres relevant du domaine public comme les places publiques, celles qui sont du domaine privé peuvent servir à rehausser la production.


« Il y a le latifundisme privé. Certains ont de grandes propriétés. Ce sont des gens qui, après 1804, se sont accaparé des terres. Et Dessalines est mort pour ça », ajoute le professeur d’université. Après cette catégorie qui regroupe les particuliers, il précise qu’il y a aussi des institutions comme l’église catholique qui conserve beaucoup de terres depuis 1860. Ce qui fait de cette institution un grand propriétaire terrien.


L’un des problèmes majeurs qui impactent l’agriculture, c’est la question des deux moitiés. « Une personne qui va travailler un jardin, elle apporte la semence ; elle fait les plantations, elle arrose, elle lutte pour la récolte, après tout, le jardin est séparé en trois. Le propriétaire sort avec le gros lot », critique le juriste. Pour lui, c’est terrible ce qui se passe dans le système agraire en Haïti. « Ceux qui peuvent cultiver la terre n’ont ni de propriété terrienne ni de moyens pour la production », dénonce le professeur mettant en lumière le manque d’encadrement dont le secteur est sujet en Haïti.


Pour Maismy-Mary Fleurant, le régime pose problème. « S’il s’agit de terres appartenant à l’État, chaque année, il faut passer à la Contribution (DGI) pour payer. S’il s’agit de terre privée, le pays n’a même pas d’argent pour faire l’arpentage. Il n’a pas d’argent pour payer le notaire. Il y a toute une insécurité causée par le régime foncier. Dans le domaine privé, les gens sortent parfois leurs machettes et s’entretuent », termine-t-il.


Jean Robert BAZILE

Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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