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Pari réussi pour la 1re clinique mobile de la MHAVVAS

Au cours de ses 14 mois d’existence, la Maison haïtienne d’Aide aux Victimes de Violences et d’Abus Sexuels (MHAVVAS) a su accorder à la parole une place d’importance. Avant cette clinique, elle a organisé un camp d’été pour les femmes durant les grandes vacances d’été de cette année, autour du thème : la parole libère.



Reportage


Divisés.es en petits groupes de cinq, voire de dix, ils (elles) sont plus d’une trentaine d’enfants et d’adolescents.es à s’amuser sur la grande cour de l’École Nationale du Guatemala au cœur de Pétion-Ville. Si habituellement on leur donne plus de temps, ce samedi matin, une exception est faite. L’espace doit recevoir la clinique mobile de la Maison haïtienne d’Aide aux Victimes de Violences et d’Abus Sexuels (MHAVVAS) à l’occasion de la célébration de la journée internationale contre la violence faite aux femmes et aux filles de cette année.


En tenue de karaté, l’un des tuteurs s’occupe de faire partir ceux et celles qui ne sont pas concernés par l’activité médicale. À quelques pas des bénévoles de l’organisation portant des t-shirts avec l’inscription : « Tous unis contre la violence faite aux filles et aux femmes », il menace avec son bâton en main deux adolescentes rebelles qui font semblant de ne pas le voir.


Si près de 20 minutes ont suffi aux autres personnes pour quitter l’espace, celles qui sont venues se faire consulter devront être plus patientes. Un exercice loin d’être facile pour une quinquagénaire qui ne cesse de se plaindre. « J’ai laissé ma nourriture en pleine cuisson. Je dois rapidement voir le médecin et repartir à la maison. », lance-t-elle. Tout comme les dizaines d’enfants, de jeunes et de vieillards des de deux sexes présents.es dans une grande salle, elle doit attendre de faire partie d’un groupe de cinq ou de 10 personnes appelées de temps à autre.


Pour les aider à patienter, la Dre Merlande Beauzile, représentante de l’institut PANOS, structure partenaire de la clinique mobile, leur parle de violences basées sur le genre et de leurs conséquences. « Quel autre proverbe créole faisant l’apologie de la violence que vous connaissez ? », demande-t-elle à son assistance qui s’empresse de répondre : bat chen an, tann mèt li. « Je veux que vous sachiez que les violences physiques, psychologiques, économiques… concernent les femmes et également les hommes. Il est vrai que les violences physiques sont beaucoup plus visibles, mais les autres sont tout aussi importantes », précise Mme Beauzile.


Après la séance de sensibilisation, les patients.es se présentent à l’une des six infirmières responsables de la prise de tension, de température, de poids et de vérifier la fréquence cardiaque. Une fois cette étape franchie, les deux pédiatres, les six généralistes, l’interniste, les deux gynécologues, le laborantin et l’équipe médicale du Programme élargi de Vaccination (PEV) entrent en scène.


La parole libère, la formule spéciale


Un accompagnement en santé physique et mentale, c’est ce que propose la Maison haïtienne d’Aide aux Victimes de Violences et d’Abus Sexuels (MHAVVAS) dans l’horizon des structures visant à accompagner les femmes victimes de violences. « D’autres organisations offrent déjà un accompagnement juridique. On peut toujours travailler de concert avec eux dans certains cas, mais notre priorité reste la santé physique et mentale des victimes », précise Nytale Pierre, coordonnatrice générale de l’institution. Selon la journaliste de santé, la clinique mobile vise à offrir un espace de parole aux filles et aux femmes victimes de violences dans une société où on a tendance à les marginaliser.


« Il se peut qu’une femme soit victime de violence et a peur d’en parler dans son quartier. N’en parlons pas d’aller voir un médecin qui est pour elle un inconnu. Certaines veulent s’y rendre et n'en ont pas les moyens. Nous avons voulu profiter de cette occasion qu’est la journée mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles pour leur offrir une journée de consultation », explique celle qui fait partie du Réseau haïtien de Journalistes de la Santé (RHJS).


L’équipe médicale de MHAVVAS ne se préoccupe pas de savoir si les filles et femmes présentes à cette clinique mobile sont victimes de violences. La question ne leur a pas été posée. « C’est ouvert à tout le monde, victimes ou pas. Il y a quelques hommes qui sont là. Toutefois, nous avons voulu que celles qui ont été victimes de violences profitent de l’occasion pour voir un médecin et parler de son vécu si le besoin se fait sentir », souligne Mme Pierre, contente que son idée vieille de 10 ans se matérialise.


Au cours de ses 14 mois d’existence, la MHAVVAS a su accorder à la parole une place d’importance. Avant cette clinique, elle a organisé un camp d’été pour les femmes durant les grandes vacances d’été de cette année, autour du thème : la parole libère. « Nous avons jugé bon de créer un espace où les femmes pourraient faire le vide par rapport à tout ce qui se passe dans le pays et par rapport à l’ensemble des traumatismes qu’elles ont vécu au cours des deux dernières années », note Nytale Pierre.


Un appel à l’engagement communautaire


Pour l’organisation de sa première clinique mobile, la Maison haïtienne d’Aide aux Victimes de Violences et d’Abus Sexuels (MHAVVAS) a pu compter sur une vingtaine de bénévoles et de professionnels de santé, dont Patrick Maxime, médecin généraliste. Le passionné d’activités sociales et communautaires n’a pas hésité à faire le déplacement. « Je prends plaisir à ce genre d’initiative. Dès que l’occasion se présente, je réponds toujours présent », lance avec le sourire celui qui offre ses services à la clinique Pran Menm de Médecins sans Frontières (MSF).


Soulignant l’importance de l’engagement communautaire, le Dr Maxime invite ses collègues à suivre son exemple. « Ne restez pas uniquement dans les hôpitaux ou dans vos cliniques à attendre les patients.es. C’est aussi important d’aller vers eux/elles dans leur communauté », estime-t-il.


Pendant ce temps, après des heures d’attente et de va-et-vient, la quinquagénaire ayant dit avoir laissé sa nourriture en pleine cuisson s’apprête à rentrer chez elle. « J’ai réussi à voir le médecin. Il m’a donné des médicaments », nous dit-elle avec un minimum de satisfaction tout en remerciant les responsables de MHAVVAS. Laquelle structure se donnant le difficile objectif de mobiliser une catégorie sociale, frappée de plein fouet par la migration, pour accompagner les victimes d’abus sexuels.



Jeff Mackenley GARCON


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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