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« Toutes les politiques macroéconomiques et politiques publiques favorisent les importations »

Pour l’économiste Camille Chalmers, le plus grand problème, c’est que l’économie d’Haïti est désarticulée. Les différents secteurs productifs ne sont pas connectés entre eux. « Il n’y a pas de connexion dans la demande locale. C’est un grave déficit », qualifie-t-il. Ainsi, croit-il, pour cela, nous devons prioriser des secteurs qui sont en parfaite connexion avec notre économie. « C’est ce qui permettra d’avoir une croissance équilibrée, générateur de revenus, d’emplois et de bien-être », avance le président de la Plateforme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement alternatif (PAPDA).



Enquet'Action (EA): Comment comprenez-vous la descente aux enfers du secteur de la cordonnerie en Haïti ? Quelles en sont les causes ?


Camille Chalmers (CC): Actuellement, nous assistons clairement à un effondrement économique en Haïti avec une situation de récession de plus de trois ans. En fait, il s’agit d’une dépression économique qui est le résultat de l’un des choix de politique économique du pays adopté depuis la fin des années 1980. Cela a malheureusement renforcé la dépendance économique, financière et politique du pays par rapport à l’extérieur. Toutes les politiques macroéconomiques et les politiques publiques du pays favorisent largement les importations au lieu d’encourager la production nationale. Et, elles ne disposent pas assez de ressources suffisantes sur le plan technique, financier et organisationnel qui pourraient aider et encourager les producteurs nationaux. (...).


EA: Pourquoi l’adoption d’une telle politique économique ?


CC: Il y a une explosion au niveau de l’urbanisation. Une surpopulation est constatée dans la capitale depuis un certain temps. Port-au-Prince est passé d’une population de 500 000 habitants selon une estimation datée de 2003 à environ 4 millions d’habitants aujourd’hui. Alors, ce bassin de population urbaine est demandeur d'un très besoin pour survivre. Il a besoin de se revêtir, de manger, de boire, de se loger, de s’éduquer… Alors, face à tous ces besoins pour une population aussi dense, pour trouver satisfaction, l’État se recours à la tendance dominante la plus facile qui est l’importation à outrance au lieu de tourner les yeux vers la production nationale. Ce bassin de consommation est vital et essentiel dans la dynamisation de l’économie haïtienne. Pourtant, il dépend de l’importation. Ce n’est pas possible ! Le plus grand problème, c’est que l’économie du pays est désarticulée. Les différents secteurs productifs ne sont pas connectés entre eux. Il n’y a pas de connexion dans la demande locale. C’est un grave déficit.


EA: Existe-t-il un moyen de stopper l’invasion des chaussures usagées sur le marché local ?


CC:  On ne peut pas fermer brusquement le marché. Donc, stopper l’invasion des souliers usagés demande tout une planification et de procédure à suivre. Toutefois, l’État peut progressivement étudier les stratégies permettant de réduire l’importation des souliers étrangers qui seraient grandement bénéfiques pour l’avancement de la production nationale. On peut toujours avoir de la croissance économique dépendamment de sa nature. Il y a des moments de croissance complètement déséquilibrés où croitre un seul secteur d’activité. À tel point que, vers les années 1980, il y avait une croissance dans le secteur de la sous-traitance. Pourtant, les autres secteurs d’activités étaient en ruine. Cette croissance devrait être productrice de bien-être et réductrice d’inégalité dans laquelle l’ensemble de la population en tire profit. De très souvent dans le pays, on a une croissance déséquilibrée sectorielle créant de forts problèmes structurels de la société.


La sous-traitance en Haïti est un secteur complètement externalisé. Car, tous les intrants sont venus de l'extérieur. Et, tout ce qui est produit est exporté vers l’extérieur. Ce secteur n’a aucun lien en amont et en aval avec l’économie haïtienne. Pour cela nous devons prioriser d’autres secteurs qui sont en parfaite connexion avec notre économie. C’est ce qui permettra d’avoir une croissance équilibrée, générateur de revenus, d’emplois et de bien-être. À cet effet, le secteur de la cordonnerie, Tailleur, élevage… Peuvent largement aider.


Pierre Samuel MARCELIN


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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