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Haïti-Grossophobie : Quand les femmes doivent se battre pour être bien dans leur peau !

  • 26 oct. 2018
  • 18 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 févr.

Dans le milieu urbain haïtien, l’existence des femmes en surpoids et obèses — communément appelées les rondes — n’est pas un long fleuve tranquille. Dans les transports en commun, la rue, voire à l’école, elles font l’objet de discriminations de toutes sortes. Critiquées, rejetées et humiliées, elles doivent livrer un combat pour s’accepter afin d’affronter le regard des autres.



« Je me rappelle une fois, je sortais de l’école. Tard dans la soirée, il pleuvait abondamment et je ne pouvais trouver de voiture pour rentrer chez moi. À un moment, un bus s’est arrêté et il ne restait que deux places à côté du conducteur. Tandis que j’ouvrais la portière pour monter, le chauffeur m’a refoulée en me disant que je suis trop grosse et qu’il n’allait pas me transporter dans sa voiture ».


Widmia Cicéron, 25 ans, journaliste et étudiante en 3e année Sciences juridiques à l’école de Droit des Gonaïves de l’Université d’État d’Haïti (UEH), se rappelle fort bien de ce qui constitue pour elle, l’un des pires moments de son existence. Des instants qu’elle revit tous les jours, sous d’autres formes et avec d’autres personnages. « Je me sentais cruellement humiliée ce soir-là. Sous la pluie, je pleurais (…) J’ai beaucoup subi », confie-t-elle.


Les exemples de ce qu’a subi Widmia sont légion, que l’on considère une femme adulte ou une enfant. Placées au fond de la classe par les professeurs sous prétexte que devant elles empêcheraient aux autres de voir le tableau, écartées des filles d’honneur à un mariage, critiquées par le tailleur qui les accuse de gaspiller du tissu, disqualifiées pour un poste soit dans un bureau ou pour une manifestation artistique (film, danse), harcelées par leurs proches qui leur rappellent sans cesse leur poids et les exhortent à faire des régimes, humiliées par leurs conjoints…

Les cas sont aussi nombreux que le déni peut être profond. Car la grossophobie ordinaire demeure une réalité surtout de l’ordre du ressenti par les personnes obèses. Elle n’est pas encore perçue par la société comme la violence qu’elle représente. Cette forme de violence psychologique banalisée est également plus courante en milieu urbain.

Pas moins de 38,5 % des Haïtiens sont obèses ou en surpoids, selon le rapport America Latina y el caribe : Panorama de la seguridad alimentaria y nutricional publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier 2017. Parmi ces 38,5 %, environ 12 % sont obèses et le restent en surpoids. La prévalence du surpoids chez les enfants de moins de 5 ans est de 3,6 % en Haïti.

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