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L’héritage du mouvement des femmes haïtiennes en 10 points avec la féministe Danièle Magloire

  • 3 avr. 2023
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mai

Le 3 avril 1986, environ 30 mille femmes haïtiennes ont foulé le macadam. Elles voulaient faire partie du changement de régime que prônaient les protagonistes de l’époque. Près de 40 années plus tard, la société haïtienne continue de bénéficier du riche héritage de ce mouvement initié par les femmes. Enquet’Action a rencontré Danièle Magloire, actrice clé de l'événement. La sociologue, militante féministe et co-fondatrice de Kay Fanm, nous a révélé 10 des acquis de cette manifestation qui est à la base d’une journée nationale.




1- Une démocratie tenant compte du principe de la non-exclusion


Danièle Magloire (DM) : À ce moment, les réflexions pleuvaient autour de l’après-dictature. Nous devions repartir sur de nouvelles bases. Certaines femmes ont voulu profiter du contexte pour attirer l’attention sur l’injustice que subissent les femmes haïtiennes et pour dire que la démocratie ne saurait prôner une quelconque exclusion. Ni celle des femmes, ni celle des personnes handicapées et encore moins celle de la paysannerie. Nous avons dit qu’en plus de la constitution, les autres lois devaient bannir toutes les discriminations. [Constitution haïtienne de 1987 : articles 17, 19, 32,6, 32,7]


2- Une démocratie reconnaissant la participation populaire


DM : Nous avions des revendications sur les construits démocratiques et la participation populaire. Un pays ne peut pas fonctionner sans la reconnaissance de la participation populaire dans les espaces où les décisions sont prises pour le pays. Et la constitution de 1987 y a pensé. [Constitution haïtienne de 1987 : articles 31 et 31.1]


3- Un système de protection sociale légal


DM : Les lois haïtiennes parlaient uniquement du mariage. Or la majorité de la population ne s’est jamais mariée. On ne tenait même pas compte du mariage traditionnel. [Nous avons exigé] la reconnaissance de toutes les familles sans tenir compte de leur constitution. Nous avons insisté sur l’assistance à l’enfance, à la maternité et à la vieillesse. [Constitution haïtienne de 1987 : article 260, 261, 262].


4- L’émergence d’une multitude d’organisations de femmes


DM : Grâce au 3 avril 1986, partout dans le pays, il y a des regroupements de femmes. Il est vrai qu’ils ne sont pas au même niveau, mais n’empêche que ces groupements de femmes prennent l’habitude de se réunir pour partager des idées.


5- Une section femme dans les organisations mixtes


DM : La Confédération nationale des Éducatrices et éducateurs d’Haïti (CNEH) est l’exemple parfait. La CNEH existait certes, mais n’avait pas toujours de section femme. C’est l’un des effets du 3 avril 1986. En ce sens, les femmes ont la possibilité de poser les problèmes auxquels elles font face comme le harcèlement sexuel.


6- La présence des femmes dans les patrouilles de police procédant aux fouilles des femmes.


DM : Si des unités de la Police nationale d’Haïti (PNH) procèdent à un contrôle, qui remarquez-vous qui s’occupe des femmes ? Ce sont les policières. Ce n’est pas tombé du ciel. C’est le résultat de nos plaidoyers. Avant la PNH, il y avait l’armée duvaliériste qui n’avait pas de femmes. Mais nous, on avait exigé la présence des femmes lors de la création de la PNH.


7- Des femmes au Centre National des Équipements (CNE)


DM : Il fallait former des personnes. Nul ne pouvait manœuvrer les engins lourds. Nous avons dit que si on allait former des gens, les femmes devaient être de la partie étant donné qu’elles ont aussi un cerveau. Aujourd’hui cela n’étonne personne de voir une femme au contrôle d’un engin lourd.


8- L’adoption de la convention Belém Do Para par le parlement haïtien


DM : Le jour même de la création de la journée du mouvement des femmes haïtiennes, le 3 avril 1996, 10 ans après 1986, nous avons organisé un mouvement. En ce moment, la convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme, connue sous le nom de convention de Belém Do Pará était d’actualité et nous voulions son adoption par le parlement haïtien. Après négociations, une délégation de femmes a été admise au parlement en pleine séance d’assemblée nationale. Nous avons lu, à l’intérieur du parlement, une déclaration proclamant le 3 avril : journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes. Le parlement qui nous a bien reçus a adopté la convention Belém Do Pará en termes de déclaration d’intention bien sûr. Les parlementaires ont adhéré à nos revendications.


9- L’élimination de la fête des bleus favorisant l’humiliation de la personne à l’Université


DM : La fête des bleus était l’occasion de faire des exactions sur les femmes qui venaient d’intégrer l’Université. Nous avons dit que c’est normal en tant que aînés d’accueillir la nouvelle génération. Mais pas un accueil où l’on profère des injures, où l’on boit de l’alcool, où l’on viole les jeunes filles. C’était une affaire d’humiliation de la personne humaine.


10- Séparation en milieu carcéral (Prison de femmes)


DM : Avant 1986, les prisons ne séparaient pas les femmes des hommes et les enfants des adultes. On violait les femmes dans les prisons à l’époque. Mais grâce à notre mouvement, dans un premier temps, on a séparé les hommes des femmes. Les femmes étaient envoyées au Fort national bien avant Pétion-Ville. Elles partageaient leurs cellules avec des enfants. On a continué le combat qui a abouti à la séparation des femmes des filles dans les prisons.


Jeff Mackenley GARCON


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.

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