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Alex Frazi, ce jeune de 15 ans qui raconte la guerre à Bel-Air en images

Alex fait partie des 1500 rescapés de la guerre de gang à Bel-Air vivant dans un camp de fortune à Poste-Marchand. Passionné de dessins, l’adolescent fait des atrocités qu’il a vécues dans son quartier d’origine des histoires qu’il met en images dans son cahier ou sur des feuilles.


Reportage


Sandales roses, jean bleu foncé, collier artisanal autour du cou, Alex, 15 ans, enfile son t-shirt vert à l’envers. Il s’apprête à passer une nouvelle journée dans ce camp de rescapés, ici, à Poste-Marchand, à quelques mètres du Palais National. Comme pour toutes les autres personnes, un petit coin est réservé à Alex et à sa famille. De quoi mettre deux tapis, quelques draps et des sacs à dos remplis du peu de vêtements qu’ils ont pu sauver.


Alex est né à Bel-Air dans une famille de sept enfants dont il est le troisième. C’est dans ce quartier populaire de la capitale haïtienne qu’il a appris à dessiner. Ses histoires sont centrées sur les violences armées, évènements très courants dans cette zone. Des voitures, des maisons, des fiefs de gangs, des hommes lourdement armés, des civils innocents, tout est représenté dans les derniers dessins d’Alex.

Les slogans y pleuvent également. Men yo, tire (les voilà, feu), repliye vit (vite, repliez-vous), pye m kase (j’ai perdu mes jambes), gè san fen an pral kòmanse (cette guerre sans fin va démarrer)… il se sert de tout pour illustrer ses scènes. Le cri des enfants qui jouent, les nouveau-nés qui pleurent, la voix des personnes racontant ce qu’elles ont vécu, les tirs sporadiques provenant de Bel-Air qui retentissent, rien de cet environnement bruyant n’empêche à Alex de continuer à dessiner. Le rescapé, habitué à la tragédie, ne manque jamais d’inspiration.


À chaque nouvelle journée, il dessine une autre histoire remplie de violences armées ou continue celle qu’il a déjà commencée. Ses nouvelles scènes illustrent l’inimitié entre un chef de gang et un policier. « Dans cette histoire, un chef de gang tue l’enfant du policier. En essayant de se venger, le policier reçoit une balle à la jambe. Après s’être fait soigner, il revient et rend la pareille au chef de gang qui à son retour tue plusieurs personnes de la famille du policier. Ce dernier finit quand même par tuer le chef de gang qui est vite remplacé par un autre », raconte-t-il.


Alex a été témoin de plusieurs crimes à Bel-Air dès son enfance. Certaines personnes sont mortes par balles en sa présence. D’autres brûlés. Hanté par ces souvenirs, il s’en inspire pour dessiner. Une situation qui le désole. « Je raconte en images ce que j’ai vécu. S’il n’y avait pas de guerre, je dessinerais l’histoire d’un quartier où il fait beau de vivre. Un quartier qui aurait certainement des problèmes, mais pas la guerre », regrette-t-il.


Une grande carrière en vue


Appuyée contre un mur, les pieds nus devant sa cuvette jaune, Anne-Marie Fortuné, la maman d’Alex, fait la lessive. Malgré les conditions de vie inhumaines auxquelles elle est confrontée dans le camp, la dame de 34 ans trouve quand même le sourire pour parler de son fils. Sa fierté est visible. « Il a ce don depuis son enfance. Avant même de chercher quelque chose à manger, il prend sa plume ou son crayon et dessine. C’est ce qu’il aime », confie-t-elle.


Anne-Marie ne travaille pas. Elle a dû mal à trouver les deux bouts pour prendre soin de ses progénitures. Sa situation a empiré depuis qu’elle s'est réfugiée dans cet espace. Elle aimerait pousser davantage Alex vers son rêve de toujours, mais ne peut pas. « Je souhaite qu’il aille très loin avec ses œuvres. Il aimerait évoluer dans le domaine, mais je n’ai pas les moyens de lui venir en aide », affirme-t-elle avec tristesse.


Cette envie de soutenir se manifeste aussi chez Alex, initié au dessin très tôt par un ami de la famille. Aujourd’hui, près de 10 ans après ses débuts, le dessinateur souhaite qu’un jour son œuvre lui permette de soutenir sa famille. « Ma mère est une pauvre. Je voudrais l’aider, mais je ne peux pas puisque je n’ai rien. J’aurais aimé trouver une opportunité avec ces dessins pour pouvoir aider ma famille et rendre tout le monde heureux », assure-t-il.

Pour l’instant, Alex ne peut même pas retourner à l’école. Les récents affrontements entre les coalitions armées G9 et GPEP au Bel-Air obligent. Affrontements qui, selon le Réseau national de Défense des droits Humains (RNDDH), ont fait plus de 70 morts et 50 disparus. Certaines personnes ont été brûlées vives avec leurs maisons au cours de ce conflit. Certains rescapés de Delmas 24, de la rue Tiremasse, de Solino ont rejoint ceux de Bel-Air pour former ce camp de fortune, à Poste-Marchand, où Alex vit avec sa famille.


Certes, l’adolescent est un peu éloigné des atrocités de son quartier d’origine, mais les images continuent de le hanter au point où c’est devenu l’objet de ses inspirations.


Jeff Mackenley GARCON


Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.



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