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Choc toxique, mycose, cancer : les risques méconnus des protections hygiéniques

8 juin
3 min de lecture

Brûlures, démangeaisons, infections, voire cancer de la vulve : le choix d'une serviette hygiénique ou d'un tampon n'a rien d'anodin. Jean-Doloreste Lajoie, gynécologue obstétricien, explique à Enquet'Action les critères d'une protection de qualité, les risques méconnus liés à une mauvaise utilisation, et pointe l'absence criante de normes en Haïti.




ENQUET'ACTION (EA) : Quels sont les critères à considérer pour parler de serviettes hygiéniques ou de tampons de bonne qualité ?


Jean-Doloreste Lajoie (JL) : Ce sont celles qui ne provoquent pas de réactions allergiques chez leurs utilisatrices. Il faut que ce soient des serviettes qui créent un environnement idéal pour le vagin. Par environnement idéal, je veux parler d'un environnement sans sensation de brûlure ni de démangeaison. Les serviettes hygiéniques fabriquées à base de coton naturel sont les plus recommandées, puisque l'organisme humain est moins susceptible de développer des réactions allergiques aux produits fabriqués à partir de coton naturel.


Pour ce qui est de la capacité d'absorption, cela dépend de la personne qui a ses règles, étant donné que le flux menstruel varie d'une personne à l'autre. Mais, de toute façon, il faut que la serviette utilisée ait une bonne capacité d'absorption.


EA : Vous avez parlé de réactions allergiques, de sensations de brûlure et de démangeaisons. Quels autres problèmes de santé peuvent être liés à l'utilisation de serviettes hygiéniques ou de tampons ?


JL : Des problèmes d'infection. Il peut notamment s'agir d'une infection à staphylocoque doré, qui peut être due à l'utilisation de tampons. Lorsque le tampon reste trop longtemps à l'intérieur du vagin, on observe une multiplication des staphylocoques dans l'organisme. Précisons que les staphylocoques sont des bactéries. Une fois multipliées, elles libèrent des toxines qui entraînent un choc toxique, nuisant au bon fonctionnement de l'organisme.


La deuxième infection à prendre en considération est la mycose vaginale. Elle peut être favorisée par l'utilisation de serviettes hygiéniques de mauvaise qualité. Ces dernières peuvent provoquer des sensations de brûlure et de l'humidité autour de la vulve [l'ensemble des parties externes de l'appareil génital de la femme], ce qui constitue un environnement favorable au développement d'une mycose.


Enfin, il y a le lichen scléro-atrophique vulvaire, une pathologie caractérisée par l'amincissement des grandes et des petites lèvres. C'est une affection beaucoup plus rare, qui peut apparaître comme l'un des effets secondaires des réactions allergiques dues à l'utilisation de serviettes hygiéniques de mauvaise qualité. Il s'agit d'une maladie auto-immune, ce qui signifie que l'organisme de la personne affectée produit des anticorps qui s'attaquent à sa propre vulve. Sans intervention médicale, cela peut conduire au développement d'un cancer de la vulve.


EA : Comment expliquer que les autorités sanitaires accordent si peu d'attention à un produit d'usage courant qui peut être à l'origine de tels problèmes de santé ?


JL : Il faut préciser qu'en Haïti, il y a une absence de normes en ce qui a trait à l'utilisation des serviettes hygiéniques. Les femmes et les adolescentes les utilisent en fonction du peu de connaissances qu'elles ont, et selon ce qu'elles ressentent. Ce n'est pas le cas dans certains pays, où même la fréquence de changement de la serviette relève d'une sorte de norme nationale.


Dans certains pays, il est recommandé de ne pas dépasser huit heures sans changer de serviette. Dans d'autres, la limite maximale est de six heures. De nos jours, les fréquences de changement recommandées sont plutôt revues à la baisse — c'est pourquoi de nombreux pays conseillent désormais de ne pas dépasser six heures.



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