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Des ex-présidents et parlementaires gangsters ou chefs de gangs en Haïti ?

L’ancien président haïtien Michel Joseph Martelly, et les ex-parlementaires Youri Latortue et Prophane Victor sont accusés dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU d’être des financeurs et promoteurs de gangs armés en Haïti, un pays en proie à une crise sécuritaire sans précédent depuis au moins cinq ans.


« L’influence des politiciens et des acteurs financiers sur les activités des gangs est de nature systémique. Les politiciens et les élites économiques qui souhaitent obtenir des votes ou protéger leurs biens paient généralement les gangs en nature ou en espèce, une pratique qui a progressivement enrichi les gangs et leur a donné plus de pouvoir », a révélé le rapport du Groupe d’experts créé par la résolution 2653 (2022) du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU).


Le Groupe d’experts dit s’intéresser à plusieurs acteurs économiques et politiques qui ont créé ou financé des gangs, y compris au moyen de fondations, et entend poursuivre ses enquêtes.


À en croire le document, certains acteurs économiques utilisent des gangs pour assurer la sécurité de leurs entreprises ou saboter leurs concurrents, tandis que l’élite politique les finance pour mobiliser ou contrôler les électeurs. Ces deux dernières années, les gangs ont trouvé le moyen de financer leurs activités de manière autonome : pillages, enlèvements, détournements de camions contre rançon et racket des usagers de la route.


Martelly président gangster ?


« Michel Martelly, qui a été président de 2011 à 2016, s’est servi des gangs pour étendre son influence dans les quartiers afin de faire avancer son agenda politique, contribuant ainsi à un héritage d’insécurité dont les effets se font encore sentir », peut-on lire dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU.


M. Martelly a financé plusieurs gangs, tels que Base 257, Village de Dieu, Ti Bois et Grand Ravine, notamment en leur fournissant des fonds ou des armes à feu, poursuit le document de plus de 150 pages. « M. Martelly a créé la Base 257, qui a été financée et armée au fil du temps pour empêcher les manifestations contre le pouvoir à Pétion-Ville, notamment à partir de 2014. Ce gang est régulièrement mêlé à des meurtres, des enlèvements, des vols et au trafic de drogue », ont fait remarquer les experts.


L’ex-président est également passé par des intermédiaires, notamment des fondations ou des membres de sa garde rapprochée, pour établir des relations et négocier avec d’autres gangs. Ainsi, Arnel Joseph, l’ancien chef du gang de Village de Dieu, a déclaré qu’il s’entretenait régulièrement avec un intermédiaire travaillant dans l’unité de protection rapprochée de M. Martelly, ajoutant que cet intermédiaire lui donnait des armes à feu et d’importantes sommes d’argent.


Dans une vidéo, Ti Lapli, l’un des chefs actuels de Grand Ravine, explique que l’ancien Président a remis à Tèt Kale (ancien chef de Grand Ravine) un fusil Galil 5,56 mm appartenant à la police et un fusil de même type à Chrisla, chef du gang Ti Bois. Après l’assassinat de Tèt Kale, Ti Lapli a récupéré l’arme.


Un député fondateur de gang?


De 2016 à 2020, Prophane Victor a été député de Petite Rivière, dans le département de l’Artibonite, une région où les niveaux de violence et de contrôle des gangs sont en augmentation. Pour assurer son élection en 2016 et son contrôle sur la région, M. Victor a commencé à armer des jeunes de Petite Rivière, qui ont ensuite formé le gang Gran Grif, actuellement le plus important du département de l’Artibonite et principal responsable des violations des droits humains, y compris de violences sexuelles.


« M. Victor a continué à soutenir Gran Grif jusqu’en 2020, date à laquelle le gang et lui se sont brouillés à la suite de promesses non tenues faites pendant la période électorale. Depuis, il soutient des gangs rivaux et des groupes d’autodéfense dans la région », soulignent les experts. Outre les éléments de preuve recueillis par le Groupe d’experts, Victor fait l’objet de sanctions par le Canada depuis juin 2023.


Utiliser les gangs pour contrôler la politique


Youri Latortue, originaire des Gonaïves, ancien Président du Sénat de 2017 à 2018, exerce un contrôle considérable sur la vie politique et économique du département de l’Artibonite, notamment par le recours à des gangs, comme Raboteau, qu’il finance et arme.


« M. Latortue avait également financé le gang Kokorat sans Ras, un groupe extrêmement violent du département de l’Artibonite, en collusion avec Raboteau. M. Latortue a eu recours à des gangs pour assurer sa protection rapprochée et détruire des biens », peut-on lire dans le rapport.


Outre les éléments de preuves recueillis par le Groupe d’experts, M. Latortue fait l’objet de sanctions imposées par le Canada et les États-Unis pour aide aux gangs. Le Groupe d’experts a récemment reçu une vidéo dans laquelle Barbecue, un chef de gang, déclare que M. Latortue lui avait remis 30 000 dollars.

Milo Milfort

Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF.


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