L’année 2025, la 7e année consécutive de récession économique en Haïti, selon la Banque Centrale
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Le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, au cours de sa participation à l’émission « Grands Rendez-vous économique », a révélé que le pays a connu en 2025 la 7e année de croissance négative consécutive, rappelant que la dernière remontait à la période d’embargo dans les années 1990, tout en soulignant qu’une reprise économique est possible vers 2030 si les problèmes majeurs comme l’insécurité sont adressés.

CP: BRH
« L’année 2025 a conclu la 7e année consécutive de contraction du Produit Intérieur Brut (PIB). Cela représente, sur les 7 dernières années, une contraction de 16 %, donc assez importante. Mais ce n’est pas la plus grande période de contraction que l’économie a connue », a déclaré le gouverneur de la Banque Centrale, Ronald Gabriel.
Il faut remonter à la période d’embargo en 1991-1992 jusqu’à 1994 pour retrouver la dernière fois qu’une telle série s’est produite. L’économie s’était contractée à ce moment-là de manière cumulée de plus de 22 %, soit 22,5 %, mais dans une période plus courte. Tout de suite après, il y a eu un rebond, puisque de 1996 à 2000 l’économie a crû de manière cumulée de 23 %, avec un taux particulièrement élevé en 1996 où l’on avait atteint 9,9 %, a fait savoir le fonctionnaire.
Par contraction du PIB, les économistes entendent la diminution de l’activité économique d’un pays, signifiant que la production de biens et services baisse, entraînant une hausse du chômage et une diminution des dépenses des ménages et des entreprises. C’est synonyme de récession, voire de dépression quand elle est prolongée et s’avère sévère.
La dernière fois que l’économie d’Haïti a connu une croissance remonte à 2018 avec 1,7 %. La dégringolade a débuté en 2019 avec -1,7 %, puis -3,3 % en 2020. En 2025, la croissance est de -2,7 % alors qu’il était prévu -3,1 %. Pour l’année 2026, Haïti espère une croissance de +0,3 %. « Donc, cela veut dire que la situation actuelle est exacerbée par la crise socio-politique et la crise sécuritaire, mais les signes de déséquilibre avaient commencé bien avant », a expliqué le gouverneur.
« Cela montre que l’économie haïtienne est en train de croître et d’évoluer en dessous de son potentiel. Ces chocs affectent justement la mise en œuvre de la politique monétaire, étant donné qu’on a besoin d’un environnement stable et propice pour le déroulement des affaires », a ajouté Ronald Gabriel.
Vers une éventuelle reprise ?
L’adversité de l’environnement impacte l’économie qui est contractée. « Quand on regarde au niveau sectoriel, on se rend compte que tous les secteurs ont été frappés de manière sévère par la crise socio-politique. Effectivement, l’agriculture s’est dégradée de manière considérable », a fait remarquer l’économiste.
Le secteur agricole, qui comptait historiquement pour plus de 40 % dans la valeur ajoutée globale, représente désormais moins de 17 %. L’insécurité entraîne aussi une réduction des espaces et des zones de production. Cela contribue à maintenir relativement élevé le poids des importations dans le panier de consommation, avec des effets sur la stabilité des échanges, se plaint le chef de la Banque Centrale.
« L’agriculture, la construction, le secteur industriel, aucun secteur n’a été épargné – à part le secteur bancaire », souligne-t-il.
Des efforts sont envisagés pour retrouver en 2030 un rythme de croissance d’au moins 4 % par an. Le gouverneur croit dur comme fer que c’est faisable : « Oui, je pense que c’est quelque chose de faisable. L’économie croît en dessous de son potentiel, donc elle n’avance pas – mais évolue puisque nous avons un taux de croissance négatif. Elle évolue en dessous de son potentiel », a dit Ronald Gabriel.
Pour s’expliquer, il revient sur ce qui s’est passé dans les années 1990 : « Après trois années de contraction du PIB qui est arrivé jusqu’à 18 %, tout de suite après, en 1996, nous avons connu une croissance de 9,9 %. Et les trois années subséquentes, nous avions continué de croître à des taux de 4,7 % et 4,2 %, puis jusqu’en 2000 quand on a crû de 0,9 %. »
« Évidemment, un environnement est nécessaire pour créer la croissance. Il faut la sécurité et la stabilité. Il faut que tous les acteurs – politiques et institutionnels – combinent leurs efforts pour trouver un modus operandi afin de remettre l’économie sur les rails de la croissance », encourage le responsable en chef de la BRH.
Pour lui, c’est aussi une façon d’adresser les problèmes de l’insécurité, puisque le banditisme a ses origines dans la pauvreté et le manque de création de richesse.
« C’est possible, si tous les acteurs mettent ensemble leurs efforts pour faire avancer l’économie. La coordination est importante. Il ne faut pas que les efforts soient dispersés. La mutualisation des efforts est essentielle. Il faudrait aussi que les partenaires techniques et financiers s’alignent sur les priorités du gouvernement – et non l’inverse », conclut le gouverneur de la Banque Centrale.









