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Journalistes : pourquoi transcrire vos entrevues ?

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

L’exercice que je déteste le plus dans la pratique du métier de journaliste est celui qui consiste à transcrire les entrevues réalisées pour le compte d’un reportage ou d’une enquête. Cet exercice, pour le moins chronophage, est contrariant, voire décourageant. Pour certains, c’est une pratique désuète. Mais pour d’autres, elle reste d’actualité.


Dommage qu’elle soit peu ou presque pas présente dans le journalisme d’actualité, où les journalistes prennent des notes pour aller vite. Une transcription, appelée aussi retranscription, peut vous coûter des journées entières. Parfois, il importe de faire une transcription doublée d’une traduction avec minutie pour ne pas trahir la pensée des personnes interrogées. Il s’agit alors d’une transcription mot pour mot.


Le hic, c’est que, lorsque vous terminerez votre transcription, vous serez ravi de constater la mine d’informations dont vous disposez. Beaucoup plus que ce que vous aviez imaginé. En résumé, l’exercice est lassant mais payant. Même s’il existe des logiciels et applications comme Cogi, Rev, Dragon ou Transcribe permettant de réaliser des transcriptions, je conseille toujours à mes confrères et consœurs de les faire à la main. Car les transcriptions proposées sont imparfaites et pas toujours exactes.



Par Milo Milfort


Voici les 9 raisons de faire [manuellement] votre transcription :


1. Maîtriser le sujet


Imaginez que vous menez une enquête et que vous avez rencontré plus d’une douzaine de personnes. Si vous prenez la peine de réaliser toutes les transcriptions, vous devenez automatiquement un spécialiste miniature du domaine. À force d’écouter et de réécouter, vous parvenez à maîtriser tout ce que dit l’interviewé(e). Vous êtes alors légitime à intervenir aux côtés d’expertes ou d’experts capables d’aborder la question. C’est pour cela qu’on voit souvent des journalistes invités sur des plateaux après avoir pris le temps d’investiguer un sujet à fond. L’enquête est une école ! Elle vous forme avec le temps sur des thématiques importantes et immenses. Après des années d’expérience, vous serez capable de parler de tellement de sujets que parfois on risque de vous attribuer une spécialisation que vous n’avez pas.


2. Trier le bon grain de l’ivraie


La réalisation de la transcription vous permet de souligner les segments importants à considérer dans l’écriture de l’article. Ce travail vous donne déjà une idée de ce que vous aurez comme article ou travail final.


3. Développer sa capacité de mémorisation


La transcription est un excellent exercice de mémorisation. Mémoriser des segments de phrases à transcrire est un atout qui peut vous être utile toute votre vie. Vous commencez avec des mots, puis une phrase, ensuite deux, et encore plus avec le temps. Mais cela vient avec l’expérience.


4. Rattraper des détails


« Le diable est dans les détails », dit l’adage. Pour un journaliste d’investigation, le détail est capital. Son cumul vous permet parfois de découvrir des histoires inédites. La transcription vous aide à rattraper des détails évoqués par une source lors d’une entrevue. Ces détails peuvent vous mettre sur des pistes à explorer, vous pousser vers d’autres horizons et vous amener à rencontrer des personnalités maîtrisant la question.


5. Une mine d’informations et de données


Les transcriptions vous permettent de bâtir un plan d’article d’enquête hors pair. Elles vous donnent sous les yeux toutes vos données. Si vous les imprimez, vous pourrez élaborer un excellent plan suivi d’un article solide. Dans mon travail d’édition, il m’arrive souvent d’exiger les transcriptions des journalistes, car il est courant qu’ils négligent l’essentiel au profit du superficiel. Et c’est malheureusement souvent le cas !


6. Un article en plus du reportage


Chaque transcription est un contenu potentiel pour un article que vous pouvez publier seul. Au sein d’Enquet’Action, il nous arrive de réaliser plusieurs entrevues pour un dossier. Ainsi, chacune de ces entrevues est publiée sous format questions-réponses. Cela permet de mettre à profit des éléments d’information qui ne figuraient pas dans l’article principal. Il nous arrive même que l’entrevue fasse plus de bruit que le dossier réalisé.


7. Preuve tangible et irréfutable


Il nous arrive de publier des reportages et de voir des sources affirmer que nous avons transformé leurs propos. La transcription constitue alors une preuve tangible pour montrer à la source ce qu’elle disait exactement – avec le son à l’appui. Il est conseillé de toujours conserver ces enregistrements, au cas où. Un journaliste professionnel ne jette jamais des enregistrements pouvant être utiles des années plus tard.


8. Contenu pour d’autres articles


Si vous comptez faire une série d’articles sur la thématique que vous travaillez, la transcription sera un excellent partenaire d’écriture. L’écriture finale de l’article deviendra un jeu d’enfant, car vous aurez en face de vous toutes vos données – les unes plus importantes que les autres. Une entrevue est un condensé de sujets et de problématiques abordées. Chaque élément soulevé par un intervenant, à force d’être enrichi par d’autres propos sur le même aspect, vous permet de produire des articles à n’en plus finir.


9. Un bon matériel pour le multimédia


Si vous travaillez dans le multimédia, les transcriptions sont essentielles. Elles permettent de réaliser des sous-titres, très prisés dans le journalisme multimédia actuel. Elles vous inscrivent également dans une dynamique inclusive.


En guise de conclusion


Avant de conclure, il est fondamental de rappeler que la transcription ne vous dispense pas de l’obligation de prendre des notes lors d’une entrevue. Cela vous permet de rebondir sur une question fondamentale, d’éclaircir des données et chiffres, ou d’exiger des précisions de la personne interrogée. Mais surtout, cela vous donne des éléments au cas où vous perdez le son, ou si l’enregistrement s’est arrêté sans que vous le sachiez.


Somme toute, lorsque vous faites votre (re)transcription, assurez-vous de tout bien transcrire. Révisez, révisez encore, révisez toujours – car il m’est arrivé d’écrire des choses étranges, loin des propos soulignés par l’interviewé, et qui n’existent nulle part. Nicolas Boileau le dit : « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage, polissez-le et repolissez sans cesse… Ajoutez quelquefois et souvent effacez ! ». En somme, il faut s’assurer que la transcription est totalement fidèle pour ne pas trahir la pensée de l’interviewé, ce qui pourrait nuire à la réputation du journaliste.

 

 

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